Incroyants, encore un effort

10. Du cathéchisme

24/11/2006
10. DU CATECHISME

La Maréchale. - Vous n'avez pas, à ce que je vois, la manie du prosélytisme.
Crudeli. - Aucunement.
La Maréchale. - Je vous en estime davantage.
Crudeli. - Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu'on me laisse penser à la mienne ; et puis, ceux qui sont faits pour se délivrer de ces préjugés n'ont guère besoin qu'on les catéchise.

Il faut rendre hommage à l’Eglise Catholique qui a eu le courage de publier des catéchismes officiels, car elle s’expose ainsi à la contradiction. La catéchèse peut avoir toutefois des conséquences imprévues. J’ai perdu la foi lorsque j’avais une douzaine d’années, parce que j’ai lu trop attentivement le catéchisme. Le catéchisme de mon enfance énonçait un certain nombre de propositions :
- Dieu est créateur de toutes choses
- Dieu connaît le passé, le présent et l’avenir
- Dieu est infiniment bon
- Dieu est tout-puissant
- L’enfer existe
Comment un dieu infiniment bon et tout-puissant peut-il appeler à vivre un malheureux qu’il a créé lui-même et qu’il sait d’avance condamné à des souffrances éternelles ? Si les mots utilisés ont un sens, un tel comportement relève du sadisme le plus profond et est évidemment incompatible avec une infinie bonté, La contradiction interne de ces différentes propositions m’a parue si évidente que j’ai cessé de fréquenter le catéchisme et que je me suis mis au foot. Dieu source inépuisable de bienveillance ou Dieu juge impitoyable et colérique (alors que la colère est un péché et que Dieu est sans péché d’après la doctrine), homme libre et responsable ou homme dont le destin est fixé inexorablement à l’avance, l’Eglise n’a jamais su ou voulu choisir. En l’occurrence, comme nous l’avons vu, l’homme n’a très probablement que l’illusion d’un choix… L’invocation de ce choix hypothétique ne sert qu’à fournir un prétexte et une justification à la punition. La doctrine chrétienne n'a jamais expliqué comment l’homme peut être libre si son destin, connu de Dieu de toute éternité, est de ce fait inexorablement fixé. Elle est totalement incapable de justifier l’existence du mal. Elle ne saurait l’attribuer à Dieu, pourtant créateur de toutes choses. Elle doit donc, comme n’importe quelle société humaine, trouver des subalternes, des « lampistes », des boucs-émissaires pour porter le chapeau ! Qui, sans être pour autant infiniment bon, n’aurait créé un monde où tous les êtres sensibles vivraient éternellement dans la sérénité et dans la joie ? Dieu est amour dites-vous. Certains disent qu’il n’y a pas d’amour, mais seulement des preuves d’amour, ce qui va bien au-delà d’un simple slogan pour joaillier ou négociant en fourrures ! Les déclarations d’amour sont aussi suspectes que les protestations d’amitié. L’amour éprouvé par un être humain n’est pas autre chose que l’intérêt qu’il porte à un autre être qu’il considère comme indispensable à son propre bonheur. Il est donc égoïste sous des apparences altruistes. La fameuse lettre de St Paul aux corinthiens témoigne de la puissance de cet attachement inconditionnel. La jalousie qui peut aller jusqu’au meurtre est l’expression ultime de cet attachement. Un usage abusif a été fait de ce concept assez clair de sorte que le sentiment amoureux est devenu un fourre-tout auquel ont été prêté toutes sortes de vertus magiques. Quand les chaînes causales qui vont du monde extérieur à la conscience en passant par le cerveau sont interrompues, un bouclage peut se produire entre cerveau et conscience. Dans l’extase l’amour devient sa propre cause, les neurones de la béatitude s’auto excitent par effet feed-back jusqu’à obtenir pleine satisfaction. Dieu est, selon toute apparence, indifférent à ces débordements amoureux. Est-il davantage au courant de ce qui se passe dans les camps de concentration et dans les salles de torture, pour ne citer que certains des cas les plus déplorables ? Que l’injustice existe sur terre, passe encore, mais qu’elle continue d’exister dans l’au-delà, c’est vraiment « too much ». La justice divine telle qu’elle est envisagée par les chrétiens (et par d’autres) est une suprême injustice. Comme a dit Brassens : « Dieu, s’il existe, il exagère ». Sa seule excuse comme a dit un autre, c’est qu’il n’existe pas. Les contorsions des théologiens pour justifier l’injustifiable invitent à poser cette question : comment dit-on « langue de bois » en latin d’église ?
Mon catéchisme disait également :
- Dieu doit être loué et adoré
Les catholiques pratiquants disent louer et adorer Dieu, ce qu’à ma connaissance il n’a jamais réclamé avec insistance, si l’on se réfère aux évangiles, pas plus qu’il n’a insisté sur les châtiments et récompenses futurs ou sur l’existence d’esprits malfaisants, comme s’il s’agissait dans ces différentes occurrences de concessions faites aux pratiques et aux croyances populaires, au nom probablement du réalisme. Comment font-ils pour louer et adorer sans arrière-pensée un être qui peut leur dispenser éternellement le meilleur, mais aussi le pire ? Un amour soumis à pareille contrainte peut-il être vraiment sincère ? Il me paraît au contraire qu’un amour véritable exige une manière d’égalité et de liberté de part et d’autre. Ils disent que Dieu est infiniment bon. Le croient-ils vraiment ou bien jugent-ils prudent de se mettre bien avec lui en le couvrant de louanges, comme s’il s’agissait d’un potentat oriental ? Supposer qu’il puisse être sensible à l’amour de ses propres œuvres a, là aussi, quelque chose d’insultant à son égard. C’est l’accuser en quelque sorte de payer la claque pour se faire applaudir ! Voltaire a eu raison de dire que si Dieu a fait l’homme à son image, ce dernier le lui a bien rendu ! Si Dieu nous a voulus autonomes, le meilleur moyen de lui complaire n’est-il pas de faire comme s’il n’existait pas ? Exigez-vous de vos enfants qu’ils vous vénèrent ? Ne souhaitez-vous pas plutôt qu’ils vivent leur vie le plus librement et le plus heureusement possible ? Les chrétiens sont persuadés d’être aimés de Dieu. Il est mort pour nous, disent-ils. Si c’est vrai, qu’il en soit remercié, encore que le mot de remerciement soit bien faible dans ce cas. Mais je ne peux me défendre de l’idée qu’un dieu tout-puissant aurait pu faire plus simple, plus efficace et moins douloureux. Il n’y a pas d’amour heureux.
Certains passages de la Bible font apparaître Dieu comme un véritable cinglé du barbecue tant il semble se régaler du fumet qui se dégage des innombrables sacrifices d’animaux effectués en son honneur ! N’a-t-il donc aucune commisération pour les plus faibles de ses créatures ? Encore heureux que ce dieu-là se soit contenté d’animaux et qu’il n’ait pas réclamé des êtres humains comme certains de ses confrères. L’histoire d’Isaac laisse d’ailleurs planer quelques doutes à ce sujet ! L’incompréhensibilité divine n’est pas un blanc-seing pour toutes les dérives. L’utilisation du fumet des viandes grillées pour se concilier les bonnes grâces de la divinité peut sembler en tout cas ingénieuse et situe bien la place réelle qu’occupent les religions. Tel est leur lot que de demander peu en échange de rien. L’abandon du latin a révélé aux yeux de beaucoup le peu de substance de la doctrine catholique et son obsolescence.

Ils ne savent pas ce qu'ils perdent
Tous ces fichus calotins
Sans le latin, sans le latin
La messe nous emmerde
A la fête liturgique
Plus de grand's pompes, soudain
Sans le latin, sans le latin
Plus de mystère magique
Le rite qui nous envoûte
S'avère alors anodin
Sans le latin, sans le latin
Et les fidèl's s'en foutent
O très Sainte Marie mèr' de
Dieu, dites à ces putains
De moines qu'ils nous emmerdent
Sans le latin
Je ne suis pas le seul, morbleu
Depuis que ces règles sévissent
A ne plus me rendre à l'office
Dominical que quand il pleut
( Brassens)

Pour mon catéchisme, manquer l’office dominical était un péché mortel vous garantissant l’enfer au même titre que les plus grands crimes ! Ainsi, le Très Haut ne pratiquait guère le pardon des offenses même les plus légères. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais » semblait être sa devise, ce qu’il est permis de trouver un peu décevant. Certains croyants placés devant ces multiples contradictions vous rétorquent, « credo quia absurdum », ce qui met fin, bien entendu, à toute discussion.
Le catéchisme officiel de l’Eglise Catholique rédigé sous le pontificat de Jean-Paul II (abrégé publié par Benoît XVI) ne présente plus les choses aussi crûment. Il comporte néanmoins un certain nombre de particularités qui méritent d’être signalées :
- Il est ennuyeux et confus, comme pour dissuader le lecteur imprudent de s’y aventurer.
- Il ne donne aucune définition des termes qu’il utilise. Il suppose que Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit composant la Sainte Trinité, Ame et Corps, Anges, Saints, Bienheureux, Enfer, Paradis, Purgatoire, Limbes, Démons, Bien, Mal, Liberté, Libre- Arbitre, Prière, Adoration, Croyance, Espérance et Foi et j’en oublie sûrement sont des notions comprises par tous, et de la même façon. Cette absence de définitions permet à n’importe quel homme d’église de raconter à peu près n’importe quoi sans risquer d’être pris par surprise en flagrant délit de contradiction. Ces contradictions que nous avons relevées dans les catéchismes précédents qui comportaient précisément des définitions. Il ne trouve rien d’intéressant à dire sur Dieu qui a pourtant été un objet d’étude pour cent générations de théologiens, ce qui montre bien l’inutilité de leur discipline, laquelle a d’ailleurs complètement disparu du débat public.
- Il ne donne ni explication ni justification. Pour lui citation vaut preuve ! Il assène ses « vérités » Boum ! Boum ! Comme autant de coups de canon ! Impossible de ne pas y reconnaître la marque du « panzer cardinal ». « Peut-être est-il dans la destinée de toute théologie, aussitôt achevée, de rouler sur la terre comme un char d’assaut » (Alain). Ce discours péremptoire ne dissimule-t-il pas toutefois un doute fondamental qui pourrait être nécessaire au bon exercice de la papauté ? Pour un prêtre le doute ne fait-il pas en quelque sorte partie du métier ? C’est par une perversité tout ecclésiastique que celui qui a tenté de rafistoler la doctrine catholique a été chargé ensuite par ses pairs de la faire vivre.
- Il réaffirme l’illusion du libre arbitre et donc de la responsabilité intrinsèque et non d’opportunité de chacun.
- Après avoir rendu un hommage de pure forme aux conquêtes de la science, il embraye sans transition ni précaution oratoire superflue sur le récit biblique de la Genèse. L’Eglise Catholique se range donc sans malaise apparent aux côtés des fondamentalistes et des créationnistes. Il lui est évidemment difficile de se renier et de convenir qu’elle colporte les mêmes erreurs depuis bientôt deux mille ans.
- Avec une lourde insistance le catéchisme attribue à l’Eglise Catholique et à elle seule la responsabilité pleine et entière de représenter Dieu sur terre, de décider qui sera sauvé et qui ne le sera pas (jusqu’à ressusciter les indulgences !), de décider qui est saint et qui ne l’est pas et revendique à cet effet, comme gage de son infaillibilité, l’aide directe du Saint-Esprit qui se trouve ainsi enrôlé sans son consentement. C’est bien Saint Pierre, fondateur de l’Eglise, et ses héritiers qui détiennent les clés du Paradis ! Les Bons Pères ne doutent décidément de rien ! Il faut dire que la revendication d’infaillibilité en matière de croyance et de morale est absolument indispensable à l’Eglise puisque celle-ci s’est toujours réservé la possibilité d’adapter la doctrine aux circonstances et aux attentes de ses fidèles. Cette revendication est de plus parfaitement justifiée puisque c’est l’Eglise elle-même qui pose les questions et estampille les réponses Le marchand de pizzas aussi est infaillible en matière de pizzas car il les fabrique lui-même, choisit à son gré tous leurs ingrédients et les désigne en tant que pizzas sur son écriteau. L’invention de l’imprimerie en figeant les textes saints a considérablement freiné toute évolution ultérieure, d’où l’inadaptation croissante des enseignements de l’Eglise à l’évolution matérielle et morale de la société. Dans tous les domaines ou l’expérience peut trancher entre le vrai et le faux l’histoire de l’Eglise est jalonnée d’une longue suite d’erreurs ; erreurs tellement manifestes qu’elles ont fini par être avouées par ses plus hauts dignitaires. Dés qu’il s’agit de connaissance, la persévérance dans l’erreur des autorités religieuses est leur trait le plus frappant, au point qu’on peut dire d’une proposition condamnée par l’Eglise qu’elle a les meilleures chances d’être vraie. « Errare humanum est … ». On n’ose continuer par égard pour eux. A l’inverse les intuitions des matérialistes de l’antiquité comme Démocrite se sont trouvées vérifiées de manière étonnante en préfigurant atomisme et darwinisme. L’un d’entre eux, Lucrèce, à propos du phénomène des éclipses, mais le domaine d’application est évidemment beaucoup plus vaste, disait qu’il était prêt à examiner n’importe quelle explication pourvu qu’on n’y mêlât point les dieux. La communauté scientifique est depuis restée fidèle à cet à-priori et s’en est bien trouvée. Diderot lui-même, longtemps avant Wegener, a suggéré une dérive des continents pour expliquer l’ubiquité de certaines espèces. C’est pour un auteur un honneur insigne que d’être mis à l’index par l’Eglise. Aucune compagnie n’est plus relevée. On y trouve la fine fleur de l’intelligentsia européenne et on n’y risque pas de mauvaises rencontres. Aucun antisémite, aucun nazi, aucun fasciste, aucun tyran sanguinaire n’y figurent.
- Il passe rapidement sur les descriptions de l’enfer et du paradis, lieux d’éternelle villégiature dont les tourments et les délices devraient pourtant passionner les fidèles. Le Club Méditerranée se permettrait-il d’être aussi succinct dans la description des séjours qu’il propose dans chacun de ses villages pour un temps pourtant limité ? Le nouveau catéchisme parle bien du feu de l’enfer, mais c’est apparemment d’un petit feu qu’il s’agit puisque la punition la plus sévère infligée dans ce lieu de supplices ne serait pas la brûlure du feu, mais l’impossibilité de rencontrer le chef de village ! Cette vue quelque peu lénifiante est immédiatement contredite par la mention d’un tri « entre les brebis et les boucs » effectué au jour du jugement dernier qui ressemble furieusement à la sélection qui s’opérait à la descente des trains à Auschwitz ! Il faut par parenthèse une grande capacité d’oubli, une grande propension à battre sa coulpe sur la poitrine du voisin et une bonne dose de culot pour proclamer que « face à l’horreur d’Auschwitz il n’y a pas d’autre réponse que la croix du Christ » alors que les églises chrétiennes ont une responsabilité certaine dans la genèse de l’antisémitisme. La seule interprétation de ces paroles conforme à la doctrine proclamée par le catéchisme est que les Juifs ont intérêt à se convertir s’ils veulent éviter que les mêmes horreurs ne se reproduisent !
Autre incohérence qui peut être relevée : les heureux élus dont il est dit qu’ils sont en petit nombre, pourraient-il jouir d’un bonheur parfait tout en étant conscients que la plupart de leurs ascendants, de leurs descendants et de leurs êtres les plus chers, rôtissent en enfer avec les paroissiens du curé de Cucugnan ? Tout homme moralement sain doit se sentir solidaire non seulement de ses proches, mais de tous les autres, y compris des assassins, des tortionnaires et des pédophiles. Cette observation ne met pas en cause le droit et le devoir qu’il a de s’en protéger, comme on se met à l’abri d’une pierre qui dévale le flanc de la montagne, ou comme on évite les imbéciles, lesquels ne peuvent vous faire du bien, mais peuvent vous faire du mal (c’est à quoi on les reconnaît le plus facilement). Chacun aspire en effet à marquer le monde de son empreinte. Celui qui ne se sent pas capable de construire s’acharnera à détruire. Une combinaison malheureuse des caractères héréditaires du père et de la mère, une contrepèterie génétique fatale commise dans la recopie du génome, une mutation due à un rayon cosmique parti d’une lointaine étoile, une enfance martyrisée, un milieu familial irrespectueux d’autrui, un accident de la vie, une mauvaise rencontre faite au mauvais moment, ou d’autres circonstances particulières ne font pas disparaître une indéniable parenté. Tout homme estimable partage avec les pires de ses semblables un nombre considérable de chromosomes.
D’ailleurs, quelle est l’âme qui éprouverait les tourments ou les béatitudes ? Est-ce celle que possédait l’individu à 10, 20, 40, 80 ans, ou bien celle qui officiait à la veille de sa mort et qui peut se trouver à ce moment fatal dans un état lamentable ? A quel moment de l’histoire ce système de récompenses et de punitions a-t-il été institué ? Avec l’apparition de l’homme ? Mais tout donne à penser que la transition de l’animal à l’homme s’est opérée progressivement sur une très longue période. On peut même espérer qu’elle n’est pas terminée ! La transition de l’enfant irresponsable à l’adulte soi-disant responsable n’est pas mieux définie. L’Eglise, qui se sentirait déshonorée de laisser une seule question sans réponse, n’est plus du tout à l’aise ni avec le paradis ni surtout avec l’enfer. Du reste elle n’en parle quasiment plus, et surtout pas aux enterrements ! Sur le chapitre des récompenses et des châtiments son enseignement a déjà varié, et il peut encore évoluer, mais quel rapport y a-t-il entre cette évolution et la réalité des choses ? Il n’est pas donné aux mortels de dire « que la lumière soit » pour que soudain tout s’éclaire !
« Dieu, diable, paradis, enfer et purgatoire
Les bons récompensés et les méchants punis
Et le corps du Seigneur dans le fond du ciboire
Et l’huile consacrée comme le pain bénit
Je ne crois pas un mot de toutes ces histoires »
(Brassens)
Plaçons-nous un million d’années dans l’avenir, ce qui est la durée d’un clin d’œil à l’échelle des temps géologiques. A cette époque des chirurgiens habiles savent, avec l’aide d’une armée de robots, extraire sans les endommager les cerveaux des humains de leurs boites crâniennes. Ils savent irriguer ensuite ces cerveaux avec un liquide nourricier, épurateur, protecteur et régénérant mis au point à cet effet. Ils savent également raccorder les zones cérébrales motrices et sensorielles à un appareillage approprié, sorte de jeu vidéo permettant aux consciences épiphénoménales de vivre au choix et sans périls des aventures spirituelles, sportives, intellectuelles, artistiques, héroïques ou amoureuses, comme de descendre à ski, au milieu des plus hautes montagnes, des pentes vierges en neige de printemps, de surfer sans fin, athlète bruni par le soleil et blondi par l’eau de mer, sur des rouleaux poussés par les alizés, de nager puissamment et sans fatigue dans des lagons tièdes peuplés de créatures de rêve, de vivre des nuits d’amour qui durent cent ans…. Pour parfaire leur ouvrage ces chirurgiens savent implanter aux points appropriés des électrodes raccordées à des générateurs d’impulsions capables de susciter des sensations ineffables… Tout va apparemment pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où l’armée des robots se révolte et remplace les générateurs de sensations ineffables par des générateurs d’épouvantables tortures… Notre condition définitivement mortelle n’est-elle pas préférable à cet avenir-là ?

Norbert Croûton
Rédigé par Norbert Croûton le 24/11/2006 à 00:28