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Chroniques
13/03/2008 - 04:22

Tchad : Djasnabaille interviewé pour la paix


Lorsque Amath Mahamat Yacoub-Dabio m’a appris qu’Abderamane Djasnabaille, secrétaire d'Etat à l'Intérieur et proche du président Déby, accordait une interview à Editoweb Magazine, nous avons pensé, à la rédaction, que s’engagerait une négociation quant aux questions que nous aurions le droit de poser ainsi qu’aux sujets à aborder.



Ecoutez cet article: NaN Mo

Tchad : Djasnabaille interviewé pour la paix
Le Ministre Djasnabaille n'a rien exigé. Ses premiers mots ont été :
-    Je suis membre du gouvernement et chef de parti (Union des forces vives - ndlr). Je suis prêt à répondre.
Djasnabaille connaissait-il nos prises de position en faveur des forces de l'opposition armée tchadienne? Nos veillées pendants les combats? Et nos larmes qui ne coulaient pas à cause de cette terrible impuissance des gens de plumes qui ne meurent pas?  

C'est un oui que nous avons eu en réponse.

Il s'est alors installé un climat insolite entre le franco-arabe que je suis, amoureux du Sahara, convaincu de l'existence d'une seule et même Nation saharienne, et l'homme du Président Déby, celui-là même qui, après avoir pris le pouvoir par la force, a modifié la constitution dans le but d'être réélu à l'infini, défiant ainsi l'opposition politique et écrasant déjà les aspirations démocratiques du peuple tchadien.


Le jour de l'interview était un lundi un peu spécial : la pluie menaçait Istres et les rebelles du Ouaddaï, autour du Colonel Tounissi, du Général Fizani, et de Monsieur Adouma Hassabalah, créaient leur propre mouvement politique en un désaveu du général Nouri.

Amath Mahamat Yacoub m'appelle deux fois, non pas pour préparer l'interview, mais plus prosaïquement l'enregistrement sonore de mes questions et des réponses du ministre.
Djasnabaille a-t-il été surpris par l'accolement, à mon nom arabe d'un nom italien? A-t-il noté que mes formules de politesse ont été prononcées en arabe? A-t-il, dans ses réponses, tenu compte de mes voyages au Sahara, de ma connaissance du Tchad et, tout particulièrement, des peuples du Ouaddaï? Peut-être pourrai-je, en d'autres temps et en d'autres lieux, lui demander.


Le ministre appelle sur mon mobile phone et, très maladroitement, je lui demande à brûle-pourpoint quel est le gage de paix que le Président Déby pourrait donner à l'opposition armée tchadienne.
L'homme n'esquive pas et répond :
-    Je suis ce gage de paix: c'est moi qui vous téléphone.
Dans la salle de rédaction, la tension monte et je cherche, dans les regards, des signes d'encouragement. Je n'y trouve que des appels à la prudence.
-    Dois-je considérer, Monsieur le Ministre, que vous vous rendez?
Eclats de rire de deux hommes qui ne s'affrontent pas mais se jaugent.
Réponse adroite de l'homme politique :
-    A la presse, cher ami, je me suis toujours rendu.

Sur une autre ligne, le téléphone sonne. Amath veut des nouvelles des opposants politiques tchadiens que certains éléments proches du Président Déby persécutent à N'djamena.

Lâchement, je décide qu'il est inopportun de rompre le climat qui se tisse entre les deux hommes. Soudain, le ministre de Déby et moi étions assis à l'ombre illusoire d'un pick-up Toyota, buvant le thé, faisant fi des roquettes et des rafales de kalachnikov qui pleuvaient au loin. A quelques centaines de mètres, les pick-up des rebelles et ceux du gouvernement se faisaient face puis fonçaient les uns sur les autres en tirant pour se heurter et tournoyer dans des nuages de sable et de fumée. «Tu meurs ou je meurs!»
Tradition ancestrale de combats d'un autre temps, livrés par ceux qui voulaient sauver leur honneur, leur dignité ou tout simplement leur cheptel.

Dans la salle de rédaction quelqu'un rompt le charme :
-    N'oublie pas le sort des opposants.

Je ne sais plus si c'est au deuxième ou au troisième thé que je demande à Djasnabaille s'il est prêt à, non pas négocier la paix, mais à la faire.

Son acquiescement étant entendu, je lui demande si le Président Déby est dans le même état d'esprit. Le ministre réfléchit. Par deux fois, la communication se coupe. Il rappelle. Le heurt est violent :
-    Monsieur le Ministre, les Ouaddaïens ont quitté le général Nouri: ils ne veulent plus servir de chair à canon. Êtes-vous prêt à organiser une conférence, non pas de la paix, mais de la fraternité? Et de surenchérir: quel est l'opposant avec lequel vous préféreriez négocier, où et comment?
De nouveau, le signal de mon téléphone se perd : mon pick-up s'est tu.
Puis la sonnerie retentit. Djasnabaille crie :
-    Je suis prêt à négocier et à tout faire pour la paix avec quelque membre de l'opposition que ce soit. Je vous parle et vous l'affirme, à la fois en tant que leader du Parti des forces vives que de membre du gouvernement.
Ma question est encore la même :
-    Le Président Déby est-il dans les mêmes dispositions d'esprit que vous? Quelle est, à votre avis, l'origine de la rébellion?
Djasnabaille riposte :
-    Le président Déby ne peut être dans d'autres dispositions d'esprit que celles que je vous indique. La politique du gouvernement a manqué de lisibilité; des réformes fondamentales n'ont pas pu être entreprises.
Je prends la nouvelle de plein fouet: Djasnabaille m'indique entre les lignes son désaccord avec le Premier ministre.

Pour continuer l'entretien, je lui affirme sournoisement que j'ai une dernière question :
-    Monsieur le ministre, êtes-vous prêt à rencontrer Amath Mahamat Yacoub à N'djamena et pensez-vous qu'il est crédible en tant que représentant des peuples du Ouaddaï?
Je ne vous livre pas sa réponse. Sans doute s'inscrira-t-elle dans l'Histoire. Djasnabaille a répondu, y compris en souhaitant la bienvenue au Tchad à Editoweb.eu, Dabio.net, Alwihda.info ainsi qu'à tous les medias.

A Sylvie Delhaye, qui lui a posé la question du sort des opposants, il a précisé que la commission d'enquête internationale apporterait la réponse. Une réponse à la Léon Blum qui prétendait que lorsqu'on voulait se débarrasser d'un problème, il suffisait de créer une commission.


Cet interview m'a contraint à prendre contact avec Monsieur Hafez, tout récemment nommé porte-parole de l'UFCD, le nouveau parti ouaddaïen d'opposition. Il me fallait sa position.
L'accueil a été aussi chaleureux; le thé a coulé. Entre nous, il y avait le coût exorbitant d'un appel téléphonique satellitaire et le manque de moyens provoqué par la rupture avec Nouri et les finances de Khartoum.
Ce thé-là était clair et sentait bon la liberté du Ouaddaï et l'honneur des Ouaddaïens.  


Il reste que si le gouvernement - qui vient d'engager la réalisation d'un profond fossé antichars bordé d'un mur sur 40 kilomètres autour de N'djamena - ne lance pas un signal fort en direction du Ouaddaï, le défaut d'approvisionnement que subissent les Ouaddaïens va les précipiter dans les bras de Nouri ou dans une nouvelle offensive contre la capitale. Les chars T55 puissamment armés vont-ils de nouveau rugir, distribuant la mort aux affamés?
C'est au Président Déby de prendre l'initiative. L'ex rebelle qu'il est le sait-il?  La balle est dans le camp de Djasnabaille et peut-être aussi entre les mains d'Amath Mahamat Yacoub-Dabio. Qui sait?

Cliquez ici pour écouter un extrait de l'interview audio mp3 du Ministre Djasnabaille.

Cliquez ici pour écouter le même extrait au format .wav

H. Vario-Nouioua



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