Toute la géographie pétrolière est soulevée par une même colère, une même détermination. Les petites manœuvres visant à opposer l’ouvrier qui conduit sa voiture à l’ouvrier qui produit le carburant ont toutes les chances de faire flop. Chacun sait très bien que les invocations utilisées pour justifier la fermeture d’un site industriel ne manqueront d’être répétées quasiment au mot près pour les autres secteurs. En période de crise économique, avec quels arguments peut-on sérieusement soutenir que l’on doive en rajouter sur les hécatombes sociales et industrielles en jetant des centaines de salariés dans les files d’attente de Pôle emploi, en dévitalisant encore le Nord-Pas-de-Calais, déjà si éprouvé par les restructurations-destructions et les délocalisations dans les pays low cost ?
Total perd-il de l’argent ? Le groupe a enregistré « seulement » 7,8 milliards d’euros de profits en 2009. C’est vrai que si l’on agite, comme le fait M. de Margerie, le record de 2008 qui culminait à 13,8 milliards, on en viendra à partager les affres de l’angoisse de mesdames et messieurs les actionnaires…. Sauf que ces derniers touchent pour 2009 les mêmes dividendes que lors de l’année record précédente. Et la crise dans tout cela ? Sans doute est-elle trop grave pour qu’on la fasse partager par tous. Cela suffit déjà bien avec les salariés de Dunkerque ! Il faut au moins être communiste pour penser à faire payer les actionnaires pour préserver le potentiel industriel ! Voilà ce que l’on doit penser dans le petit monde de la tour de la Défense. Exagération ?
Á peine. Alors que les négociations se prolongeaient hier à Paris en l’absence notable de M. de Margerie, le député PCF Alain Bocquet, tête de liste du Front de gauche qui participait à un débat télévisé avec d’autres candidats aux régionales, était bien seul à défendre l’activité de raffinage, sur le site, le travail et la dignité des hommes. La politique n’est jamais loin.