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Nous sommes réunis ce soir pour assister à la présentation du livre d’Ignacio Ramonet « Fidel Castro, biographie à deux voix ». A travers la personnalité de Fidel Castro, dirigeant historique de la Révolution Cubaine, c’est, naturellement, de Cuba que nous allons parler. C’est pourquoi, avant de céder la parole à celui que vous êtes tous venus écouter, je vais vous faire une petite introduction à Cuba, qui vous permettra, je l’espère, de mieux intégrer son intervention dans le contexte de la réalité cubaine.


INTRODUCTION :

Pour comprendre Cuba, il faut revenir aux origines : Cuba fut l’une des premières terres outre-atlantique découvertes en 1492 et devait devenir la base stratégique de l’expansion des conquistadores sur le continent américain, en même temps que le noeud maritime des convois transatlantiques dans l’empire espagnol.
C’est le territoire où l’esclavage a duré le plus longtemps au monde : deuxième colonie à l’introduire (1511), avant-dernière à l’abolir (1886) et où les déportations d’africains ont été les plus massives de toute l’amérique hispanique (sans doute plus d’un million de personnes)
1840 : 1 000 000 d’habitants ; 436 000 esclaves 60% de la population est noire
C’est le pays où la colonisation espagnole a été la plus longue (1492 à 1898). Elle s’acheva par la guerre d’indépendance (1895 à 1898) et une série d’occupations militaires par les USA (1898 – 1902 ; 1906 – 1909 ; 1909 – 1917) qui y engagèrent la première guerre impérialiste de leur histoire, brisant pour un temps le mouvement populaire nationaliste et assurant un contrôle total de l’île à leurs grands groupes financiers (Rémy Herrera).
Cuba fut le premier producteur et exportateur de sucre dès le milieu du XIX° siècle. C’est pourquoi, pour comprendre Cuba, il faut comprendre le commerce inégal du sucre, placé très tôt (même au temps de la domination espagnole) sous la dépendance des USA. En effet, déjà en 1850 les 2/3 du sucre cubain, brut, est dirigé vers les USA et seulement 5% vers l’Espagne.

C’est dans ce contexte que naît Fidel Castro le 13 août 1926 dans une famille de planteurs aisés, immigrés de fraîche date. Il fréquente les collèges privés catholiques réservés aux enfants de la bourgeoisie puis entreprend des études de droit.
A l’Université, il fait partie d’un groupe d’étudiants qui luttent contre la corruption, puis entre au « Parti Orthodoxe » en 1947. Il se porte volontaire pour une expédition contre le dictateur dominicain Leonidas Trujillo, qui n’aura finalement pas lieu. Il se rend au Venezuela et en Colombie pour aider à organiser un Congrès Anti-impérialiste d’Etudiants latino-américains qui devait se tenir au moment de la création de la Conférence de l’OEA commanditée par les Etats-Unis. En 1948, il participe à l’insurrection civile à Bogota, en Colombie.
Il obtient son Doctorat en Droit en 1950 et fonde un cabinet d’avocats avec deux camarades, mais le jour où un grand propriétaire fait appel à ses services pour le défendre contre ses ouvriers, c’est les ouvriers qu’il défend...
Après le coup d’état de Batista en 1952, Fidel Castro met sur pied une organisation révolutionnaire destinée à renverser le dicatateur soutenu par les USA. C’est cette organisation qui attaquera, le 26 juillet 1953, la caserne Moncada et qui prendra par la suite le nom de « Mouvement du 26 Juillet ».
Mais l’attaque de la Moncada est un désastre : 60 révolutionnaires sont assassinés par l’armée de Batista dans des conditions effroyables. Fidel Castro est arrêté et plaide lui-même sa cause : « Vous pouvez, dit-il, me condamner mais l’Histoire m’acquittera » . Sa plaidoierie, publiée sous ce titre, devienda le manifeste du Mouvement du 26 Juillet.
Grâcié en 1955, il rejoint au Mexique un groupe d’exilés cubains , dont son frère Raùl fait partie, et prépare une expédition armée pour libérer Cuba. C’est là qu’il rencontre Che Guevara qui, après une nuit d’intenses discussions, accepte de se joindre à l’xpédition. Le 2 décembre 1956, 82 hommes atteignent les côtes cubaines à bord d’un vieux yacht « Le Granma » :
« Ce n’est pas un débarquement, c’est un naufrage » écrit le lendemain Che Guevara. Pourtant, le mouvement s’organise et s’étend et des montagnes de la Sierra Maestra, en 1958, la Révolution a gagné toute l’île. Le 1° janvier 1959, Fulgencio Batista prend la fuite ...


I) SITUATION A CUBA AU TRIOMPHE DE LA REVOLUTION :

- Cuba compte alors 5 820 000 habitants
- 600 000 personnes n'ont pas de travail,
- Plus de la moitié des meilleures terres cultivées sont dans des mains étrangères,
- 85% des petits métayers vivent sous la menace de l'expulsion de leur lopin de terre,
- 500 000 ouvriers agricoles n'ont de travail que 4 mois par an et aucune protection
sociale,
- près de 300.000 caballerias sont en friches,
- 200 000 familles paysannes ne possèdent pas un arpent de terre,
- 400 000 familles de la campagne et de la ville vivent dans des taudis sans l’hygiène la plus élémentaire et sans soins
- 2 800 000 habitants de la campagne et des faubourgs n’ont pas l’électricité
- 2 200 000 personnes, en ville, payent des loyers qui absorbent entre 1/5 et 1/3 de leurs revenus
- moins de la moitié des enfants d'âge scolaire est scolarisée , ils vont à l’école à moitié nus et mal nourriset sont dévorés de parasites
- le manque de matériel scolaire est criant
- 30% de la population est analphabète ou semi-analphabète.

(chiffres Fidel Castro « La historia mi absolvera »)

A) LES OBJECTIFS PRIORITAIRES DE LA REVOLUTION :

1°) La réforme agraire

Dans ces conditions, la réforme agraire constitue une urgence vitale. Pour Fidel Castr, ce n’est pas une réforme socialiste et il affirme haut et clair que « La Révolution Cubaine est verte comme les palmiers de Cuba ».
Plus de 100 000 familles bénéficieront de cette réforme qui octroie à tous les travailleurs précaires de la terre la propriété la propriété des terres qu’ils travaillent poutr constituer des fermes de 337 ha au plus. Les 134 premiers ha sont gratuits, les autres peuvent être achetés à tempéraments avec des annuités très faibles.
Les propriétaires terriens expropriés sont indemnisés sur la base de la valeur qu’ils avaient déclarée au fisc, en « bons de la Réforme Agraire » remboursables sur 20 ans. Les personnes âgées et les veuves sans autres ressources que le fermage de leurs terres reçoivent une rente en argent liquide, à vie, et toujours égale à ce qu’elles percevaient auparavant.
Les grands domaines latifundiaires sont nationalisés et transformés en exploitations agricoles d’état ou en coopératives.

2°) La campagne d’alphabétisation :

Le gouvernement révolutionnaire se fixe l’objectif d’éradiquer l’analphébisme en un an, entre janvier et décembre 1961. L’objectif ne sera pas atteint car les aphabétiseurs, les miliciens qui les escortent et les paysans qui les reçoivent sont l’objet d’attaques incessantes de la part de groupes contre-révolutionnaires financés par la CIA mais en 1962, c’est à dire seulement quelques mois après la date initialement fixée, Cuba sera déclarée par ‘UNESCO « territoire exempt d’analphabétisme ».

3°) Un commerce « d’égal à égal » :

Jusqu’en 1958, Cuba réalisait avec les USA 80% de ses échanges commerciaux :en particulier, elle y exportait la quasitotalité de sa production de sucre et la lui rachetait sous forme de produits finis, donc extrêmement chers. Le gouvernement révolutionnaire ne veut plus de cet état de choses : il ne refuse pas de vendre son sucre aux USA mais ceux-ci devront le lui payer le juste prix. Or, de cela, il n’en n’est pas question et pour toute réponse,les Etats-Unis réduisent leurs achats de sucre à Cuba puis les suppriment totalement. Ils refusent aussi de lui vendre du pétrole et des pièces de rechange pour le matériel d’origine étasunienne qui équipe l’île.

B). LES REACTIONS EXTERIEURES

1°) L’exclusion de l’OEA

Mais les USA veulent isoler Cuba. En juin 1959, ils commencent à exercer des pressions pour la faire exclure de l’OEA. En août 1960, ils débloquent un crédit de 600 millions de $ à tout pays qui votera l’exclusion de Cuba et en 1962, ils atteignent leur but .

2°) Le blocus et la campagne de dénigrement :

A ces mesures, s'ajoutera rapidement un blocus draconien, interdisant même la vente de médicaments et de produits alimentaires à Cuba, accompagné d'une très puissante campagne de dénigrement destinée à priver Cuba de ses personnels qualifiés. Attirés par des salaires attractifs, effrayés par les rumeurs les plus folles (les enfants cubains seraient envoyés en URSS, toute possession privée totalement interdite, etc.) 3000 médecins, soit la moitié des médecins exerçant dans l'île, quittent Cuba et des milliers d'enfants quittent Cuba pour les USA (opération Peter Pan) .

3°) Les attaques diverses :

Dès 1959, la CIA organise des activités contre-révolutionnaires : le 17 avril 1961, ce sera l'invasion de Playa Giron, vaincue en 72h mais qui sera suivie d'un grand nombre d'attentats de toutes sortes (tentatives d'assassinat du président Fidel Castro, largage de substances chimiques sur les récoltes dans le but de provoquer des maladies (moisissure bleue du tabac), gel, en décembre 1962, de tous les avoirs cubains aux USA par le département du Trésor qui interdit tout transfert en $ en provenance et à destination de Cuba et s'approprie par la même occasion les biens de la compagnie nationale « Cubana de aviacion », y compris les avions de ligne, détournement de bateaux et d'avions.
.
C) LES SOLUTIONS :
:
1°) Le COMECON et la solidarité du bloc socialiste :
:
Les premières difficultés seront surmontées grâce à la solidarité des pays du bloc socialiste. Puis, Cuba entrera dans le COMECON, ce qui lui permettra de vendre son sucre à meilleur prix mais la rendra en même temps dépendante de l'URSS.
C'est aussi l'URSS qui suppléera à la suppression des livraisons de pétrole à Cuba. Mais les propriétaires des raffineries de pétrole étasuniennes, encore présentes sur l'île, refusent de raffiner le pétrole soviétique.

2°) Les nationalisations :

Ce sera le début des nationalisations et le 24 octobre 1960, toutes les firmes étasuniennes implantées à Cuba seront aux mains du peuple cubain. Le gouvernement révolutionnaire propose des indemnisations, calculées sur la valeur déclarée au fisc, aux firmes concernées. Les USA refusent ces indemnisations, que les autres pays acceptent. Ils les réclameront plus tard, à travers les lois Torricelli (1992) et Helms-Burton (1996), ainsi que la restitution de toutes les propriétés ayant appartenu à des ressortissants étasuniens ou à des émigrés cubains et confisquées par la révolution.

Mais les difficultés provoquées par la fuite des personnels qualifiés empêchent les programmes prévus de se réaliser pleinement et provoquent des tensions inflationistes qui favorisent la spéculation.

3°) La gestion économique du pays :

Les économistes ne sont pas d'accord sur la façon de gérer l'économie du pays. Certains prônent le « calcul économique » qui accorde une grande autonomie de gestion aux entreprises, un rôle important aux rapports marchands entre elles, à la « loi de la valeur », au marché, use de stimulants matériels, et dans lequel on mesure l'efficacité économique au profit.

D'autres, parmi lesquels Che Guevara, prônent le « système budgétaire de financement » qui implique une centralisation de la gestion et de la direction économiques, accorde peu d'importance à la « loi de la valeur » et au marché, recourt aux stimulants moraux et mesure l'efficacité économique par rapport au coût de production. A partir de 1975, c'est le « calcul économique » qui sera appliqué, mais on lui adjoindra des stimulants moraux.

En janvier 1962, une nouvelle loi fiscale instaure un impôt progressif sur le revenu, et fixe les contributions à verser par les entreprises publiques au budget de l'état, aux caisses de Sécurité Sociale, les impôts sur les biens, les propriétés, etc. Mais l'offre est insuffisante pour couvrir la demande et une carte de rationnement (libreta de control de abastecimientos) est instaurée. Elle garantit à tous les citoyens la possibilité d'acquérir une quantité égale de produits à des prix très accessibles et fixés officiellement et vise à tendre vers une juste répartition des biens de consommation et à rendre impossible toute spéculation.

En août 1961, un changement de monnaie est décidé. Dès cet instant, les sommes colossales sorties illégalement du pays se trouvent transformées en papier sans valeur, son utilisation à des fins contre-révolutionnaires devient impossible et les USA ne peuvent plus inonder Cuba de billets fabriqués chez eux dans l'intention de déstabiliser la politique économique de l'île.

4°) L'industrialisation rapide et la diversification :

Le pays s' industrialise rapidement , l'agriculture se diversifie et des productions nationales sont substituées aux importations. Mais la réduction au minimum de la production sucrière donne des résultats catastrophiques et à partir de 1964, l'accent sera mis sur l'agriculture. Cuba trouve de nouveaux marchés dans les pays socialistes, commence à fabriquer des pièces de rechange, mécanise ses récoltes. Les premières moissonneuses spéciales sont introduites en 1963 et en 1975, elles permettent de collecter 98% de la récolte. Mais les capacités industrielles disponibles ne sont pas à la hauteur, la main d'ouvre est insuffisante malgré le travail volontaire , il existe des déficiences au niveau de l'organisation et des méthodes inadéquates en matière de direction et de gestion économiques sont appliquées (en 1970, 853 760 tonnes seulement de sucre seront produites au lieu du million espéré).

5°) Les mesures sociales :

C'est aussi durant cette période que le système de Sécurité Sociale est étendu à tous les travailleurs et complété par la garantie d'une couverture sociale intégrale à toutes les personnes qui ne disposent pas de sources de revenus pour une raison indépendante de leur volonté Au début des années 70, le taux de mortalité infantile a baissé de plus de 50%, la polio, le paludisme, la diphtérie sont éradiqués, l'espérance de vie a augmenté de 15 ans depuis 1958.

Les prestations de santé sont gratuites ainsi que l'éducation, le téléphone public, l'eau, l'inscription dans les crèches et les jardins d'enfants, l'entrée des spectacles et des manifestations sportives.
La distribution des produits alimentaires et de consommation courante est subventionnée.
Les impôts sur les revenus du travail et les contributions à la Sécurité Sociale sont supprimés.
Les ménages dont les revenus mensuels sont inférieurs à 25 pesos par tête ne paient pas de loyer.
Les cantines d'entreprise et les restaurants populaires sont à des prix symboliques.

II) LA PERIODE SPECIALE

A) LES DIFFICULTES

1°) Les difficultés internes :

Malheureusement, en 1989, le Mur de Berlin tombe puis, en 1991, l'URSS s'effondre et Cuba perd la presque totalité de ses soutiens . Dès février 1990, le Président Fidel Castro annonce l'imminence d'une crise économique .Ce sera la « Période spéciale en temps de paix ». Cuba perd 75% de ses importations, plus de 95% des marchés extérieurs pour l'exportation de ses produits.

Ses importations de pétrole passent de 13 millions de tonnes à 3 millions de tonnes.
Les tourteaux, les engrais, les herbicides, les pièces de rechange pour l'industrie, les matières premières essentielles, les médicaments, les textiles, etc.manquent.

En 1993, le PIB baisse de plus de 34% par rapport à 1989, la production de sucre ne dépasse pas 3,3 millions de tonnes. C'est son niveau le plus bas depuis la Révolution. La pénurie d'énergie électrique affecte la vie courante et culturelle, la publication et la diffusion des livres baisse.

100 000 personnes sont sans emploi mais pas sans protection sociale ni ressources pour vivre.
Les 11 000 personnes qui n'ont pas pu être recyclées perçoivent 60% de leur dernier salaire jusqu'à leur réembauche.

En 1996, la dette de Cuba était de 1 milliard de $. Elle a été souscrite auprès
- du Club de Paris,

- de l'Union Européenne ainsi que de différents pays qui souhaitent l'aider. Ce sont des financements commerciaux à court terme (maximum 1 an) à des taux supérieurs de 30% à ceux que pratiquent la Banque Mondiale et le FMI. La Banque Centrale Cubaine ne possède pas de réserve, ni en or, ni en monnaies fortes.


A première vue, les solutions mises en oeuvre pour sortir de la « période spéciale » ressemblent à des solutions capitalistes et aux plans d'ajustement structurel préconisés par le FMI mais elles en diffèrent car :
- il n'y a pas de marché financier à Cuba
,- pas de privatisations
,- pas d'accumulation privée de capital,
- pas de salariat privé significatif,
- pas de démantèlement des services publics,
- pas de licenciement de fonctionnaires,
- pas de privatisation de tous les secteurs productifs, l'état ne conservant que les secteurs non productifs,

- pas d'équilibre de la balance extérieure par l'orientation de la production nationale vers l'exportation afin de favoriser l'entrée de devises destinées au paiement de la dette,
- pas de suppression des subventions de l'état aux produits de première nécessité,
- pas de blocage ou de baisse des salaires.
- L'augmentation des prix porte sur des biens non essentiels (tabac, alcool),
- La hausse des tarifs électriques prend en compte les revenus familiaux (52% des familles ne sont pas touchées)
- Les dépenses sociales pour la santé, l'éducation, la sécurité sociale, ne sont pas réduites.
- Le capital extérieur se négocie avec un état qui n'accepte pas que le capital privé devienne un élément dominant capable d'orienter les destinées de l'économie ou d'imposer une politique économique.
- Les mesures préconisées par le FMI et ses plans d'ajustement structurels sont imposés à la population sans qu'elle puisse faire quoi que ce soit. A Cuba, un référendum a été organisé pour demander au peuple s'il désirait continuer dans la voie de la Révolution ou se tourner vers le capitalisme. Le peuple cubain décida à 92,6 % de continuer dans la voie de la Révolution et c'est ce qui fut fait.

2°) Les attaques extérieures :

Le 5 février 1992, la loi Torricelli renforce le blocus . Elle sera suivie en 1996 par la loi Helms- Burton qui menace de sanctions économiques tout pays qui ferait du commerce avec Cuba ou qui lui apporterait son aide d'une façon ou d'une autre, considère comme des trafiquants toute entreprise qui investit à Cuba, donne la possibilité aux citoyens américains de les attaquer en justice pour obtenir réparation, interdit à tout navire qui aurait mouillé dans les eaux cubaines de mouiller aux USA dans un délai de 18 mois, etc

B) LES SOLUTIONS :

Une réorganisation subite de l'économie s'avère nécessaire. Cuba, qui n'a pas l'habitude de l'échange inégal tente d'utiliser ses ressources de la façon la plus efficace possible, même si cela signifie souvent un recul par rapport aux progrès précédents dans les domaines techniques et technologiques :

- des produits domestiques sont substitués aux importations
,- on augmente la production de biens exportables
- les finances internes sont assainies par un resserrement de la gamme des biens non essentiels fournis gratuitement
- des impôts sont créés
- une nouvelle politique de fixation des prix voit le jour, qui maintient cependant l'accès de la population à un ensemble de produits fortement subventionnés et à des prix modiques.
- le « travail à compte propre » est autorisé pour les artisans, les commerçants, les prestataires de services : plus de 208 000 personnes le pratiquenten 2004

Dans le domaine agricole :
- des « Unités de base de production coopérative » sont créées. Leurs membres reçoivent d'importantes aides publiques
- des parcelles de terre sont distribuées gratuitement aux familles qui souhaitent les cultiver
- des marchés agricoles sont ouverts : les paysans privés, les bénéficiaires des récentes distributions de terres, les coopératives, les fermes d'état peuvent librement y vendre leurs produits.

Ces mesures ont pour but la réduction du volume de monnaie en circulation et du déficit budgétaire.
Mais Cuba a besoin de devises pour son commerce extérieur : en 1993, la détention et l'usage du $ sont autorisées, ainsi que le tourisme et les investissements étrangers. Mais il faut noter que dans ces associations, l'état cubain conserve 51% des parts. Le tourisme devient le secteur le plus dynamique de l'économie cubaine.
L'excédent de monnaie en circulation est réduit de façon substantielle et le déficit budgétaire reste relativement peu élevé. La monnaie cubaine subit une nette revalorisation
La production de nickel, de pétrole, de gaz, d'électricité, de textiles, d'engrais et de fertilisants, de denrées agricoles, augmente et en 2000 la croissance s'étend à tous les secteurs de l'économie. En 2003, la production sucrière est réorganisée pour une meilleure rentabilité et un effort tout particulier est engagé dans le domaine de l'éducation.

III) LA SITUATION ACTUELLE :

A) LES ATTAQUES ETASUNIENNES de 2004:

Confrontés à l'échec de leurs multiples agressions , les USA ont pris cette année-là, toute une série de mesures destinées à finir d'étrangler l'économie cubaine, et énoncées dans un gros document de 450 pages, le Plan Powell
:- 59 millions de $ servent à financer des actions visant à abattre la révolution cubaine, par l'asphyxie économique du pays, le dénigrement du tourisme à Cuba, le développement de la contre-révolution interne, et au niveau international, l'intensification de la propagande anti-cubaine
- 18 millions de $ servent à équiper un avion militaire pour transmettre les émissions de Radio et TV Marti, médias contre-révolutionnaires basés à Miami
- Les droits des cubains vivant aux USA sont réduits
- Les envois d'argent limités à la seule famille proche
- Les envois d'argent aux parents membres du PCC ou fonctionnaires de l'état interdits,
- Les compagnies cubaines qui commercent avec des pays tiers, doivent être « neutralisées »
- Et surtout des pressions sont exercées sur les banques étrangères, une banque suisse a même eu une amende de 100 millions de $ , pour qu'elles cessent de recevoir des fonds cubains,et une commission spéciale a été créée pour récupérer les dollars cubains placés sur des comptes internationaux et destinés au paiement des marchandises importée.
- Parallèlement à ces mesures ,un plan d'action est déjà prêt « Pour une Cuba libre », c'est-à-dire pour installer à Cuba un régime à la solde des USA et y instaurer l'économie de marché, réactualisé en juillet 2006..

B) LA REPONSE CUBAINE : Cuba expulse le $ de son commerce extérieur et intérieur :

C'est pour répondre à toutes ces menaces que le gouvernement cubain a pris la décision d'expulser le dollar du commerce intérieur et extérieur du pays.
Depuis le 8 novembre 2004 :
: - le dollar est remplacé par le peso convertible qui a la même valeur
,- les achats dans les magasins opérant en devises se font en peso convertible et tout achat de pesos convertibles en dollars est grevé d'une commission de 10% depuis le 15 novembre (ce délai a permis à la population d'échanger ses dollars sans avoir à payer de commission), mais la détention de dollars n'est pas pour autant interdite et des opérations peuvent encore se faire en dollars sans paiement de la commission à condition que ces opérations ne se fassent pas en liquide.

Cela donne à la banque centrale cubaine un rôle accru et lui permet de récupérer le contrôle de sa monnaie, réduit les inégalités qu'avait généré l'accès au dollar d'une partie de la population, et montre la volonté manifeste du gouvernement de se passer de l'ALENA, du FMI et des circuits internationaux classiques. De plus, les USA ne peuvent plus inonder Cuba de dollars pour déstabiliser son économie ou soutenir la contre-révolution interne, et ils auront du mal à payer leurs agents en liquide comme ils le faisaient jusqu'alors puisqu'à un moment ou à un autre, ceux-ci seront contraints de changer leurs billets s'ils veulent les utiliser sur l'île. Les autres devises qui ont cours à Cuba, le dollar canadien, le franc suisse, la livre sterling et l'euro, continuent à y circuler et leur change en peso convertible n'entraîne aucun paiement de commission . D'autres devises seront également acceptées, comme le yen japonais, le bolivar vénézuelien et le péso mexicain et échangés à la plus grande maison de change de Cuba, ouverte à La Havane.
Les dollars collectés par la banque centrale vont servir à garantir la valeur du peso convertible.

IV) LES ACTIONS DE CUBA DANS LE MONDE :

Le 14 décembre 2004, à la Havane, l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques ) voit le jour. il s’agit d’accords de commerce solidaire entre Cuba et le Vénézuela. Par la suite, d’autres pays entreront dans l’ALBA en particulier la Bolivie d’Evo Moralès, le Nicaragua de Daniel Ortega. Le Venezuela fournit aux pays signataires de l’ALBA du pétrole à des prix préférenciels ou contre d’autres produits que ces pays produisent et dont le Venezuela manque. Cuba fournit en échange des médecins et des alphabétiseurs, etc...

A) LES BRIGADES MEDICALES CUBAINES INTERNATIONALES

La première brigade internationale cubaine a été formée en 1963. Elle se composait de 58 médecins et techniciens qui allaient offrir leur aide à l’Algérie tout juste indépendante. Mais c’est en 1998 que le gouvernement cubain commence à structurer l’aide massive aux populations des pays pauvres touchés par des catastrophes naturelles. C’est aussi cette année-là qu’est inaugurée l’Ecole Latino-américaine des Sciences médicales, située dans une ancienne base navale de la banlieue de La Havane et qui forme près de 2000 jeunes par an, issus de familles pauvres de tout le continent américain, Etats-Unis compris, ainsi que des centaines d’étudiants arabes, africains, asiatiques et même européens.
De 1963 à fin 2005, plus de 100 000 médecins et techniciens de la santé cubains sont intervenus dans 97 pays, surtout en Afrique et en Amérique Latine (6 pays latino-américains et 20 pays africains).

B) La Brigade HENRY REEVE

Créée en septembre 2005, au moment de l’ouragan Katrina pour venir en aide aux victimes étasuniennes et refusée par George Bush qui avait pourtant fait appel à l’aide internationale, cette brigade est spécialisée dans l’aide d’urgence dans les situations de catastrophes naturelles. elle oeuvre actuellement dans de nombreux pays .
En mars 2006, 25 000 professionnels cubains de la santé étaient répartis dans 68 nations : « Un déploiement que même l’OMS ne peut réaliser » souligne Hernando Calvo Ospina dans son article « Une internationale de la santé » (Le Monde diplomatique, août 2006) et il ajoute que Médecins Sans Frontières, d’après son rapport financier de 2004 n’a dépêché à l’étranger cette année-là que 2290 médecins et infirmiers, et 2040 l’année précédante.

C) L’Ecole Latino-américaine des Sciences médicales, forme près de 2000 jeunes par an, issus de familles pauvres de tout le continent américain, Etats-Unis compris, ainsi que des centaines d’étudiants arabes, africains, asiatiques et même européens.

L’idée de cette école est née de la proposition du président Fidel Castro, au moment où l’ouragan Mitch avait tué plus de 40 000 personnes en Amérique centrale, d’envoyer sur place chaque année, une force médicale capable de sauver autant de vies que Mitch en avait détruites, et de remplacer peu à peu les médecins cubains par des médecins autochtones.

Pendant toute la durée de leurs études, la formation, la nourriture, le logement, ainsi que les éléments pour la pratique leur sont fournis gratuitement. En échange, ils s’engagent à retourner dans leur pays d’origine pour soigner leurs compatriotes.

D) LES PROGRAMMES D’ALPHABETISATION :

Depuis 1998, la méthode cubaine d’alphabétisation, sous le nom de « Yo si puedo », est mise en oeuvre dans de nombreux pays dont le Venezuela la Bolivie, et même l’Espagne !. Elle permet d’apprendre à lire en 7 semaines et grâce à elle, le Venezuela a été déclaré par l’ONU « territoire exempt d’analphabétisme ».
Depuis le début du programme environ 2 millions de personnes ont appris à lire et à écrire dans 13 pays de la régionet le 3 novembre 2006, l’UNESCO a décerné à cette méthode de Prix Roi Sejong.


D’autre part, l’UNESCO vient de déclarer le programme cubain de prévention des cyclones comme le meilleur du monde et,a décerné le 3 novembre 2006 le Prix Roi Sejong au programme cubain d’alphabétisation « Yo, si puedo ». Le 22 février 2006,le chercheur cubain Vicente Verez a reçu le prix de l’Innovation 2005 décerné par l’Université de San José (Californie) pour son vaccin contre l’haémophilus influenzae de type B, réalisé en collaboration avec le chercheur canadien René Roy. Les USA lui ont, bien entendu, refusé le visa qui lui aurait permis d’aller recevoir son prix ...Enfin, le 26.01.07, le projet du Laboratoire d'Energie Renouvelable de l'université de l'Oriente a reçu le prix mondial du développement durable d' « Energy Globe» décerné par l’Organisation des Nations Unies, le Conseil européen de l’Energie renouvelable, la Banque Mondiale et d’autres organisations internationales.

CONCLUSION :
Malgré les difficultés internes et externes, 48 ans après le triomphe de la Révolution cubaine, Cuba est toujours Cuba, indépendante, libre et solidaire de tous les peuples en difficultés. Ainsi, Felipe Perez Roque déclarait à l’ONU le 8 novembre 2006. :
: « Cuba ne renoncera pas à ces plans humanistes qui sont le symbole du fait qu’un monde de paix, de justice et de coopération est possible L’engagement de Cuba envers les droits de chaque pauvre de la Terre est plus fort que la haine des bourreaux ».

Françoise Lopez
Pour Cuba Si France Provence
Aix-en-Provence,
8mars2007

Principales sources :

Fidel Castro « La historia me absolvera »

Ignacio Ramonet « Fidel Castro, biographie à deux voix » (Fayard, Galilée)

Jacques-François Bonaldi : « L’Empire US contre Cuba, du mépris au respect » (L’Harmattan)

« Cuba révolutionnaire » sous la direction de Rémy Herrera (éditions L'Harmattan)

En particulier la contribution de José Canton Navarro : « La révolution cubaine : plus de 40 ans de défis relevés »

« Le défi cubain » Jean Solbès (éditions Graphein) mais bientôt téléchargeable sur notre site :
http://www.editoweb.eu/vive_cuba/

La Loi Helms-Burton et le Plan Powell sont consultables sur le site de Cuba Solidarity Project :
http://vdedaj.club.fr/cuba/index.html

Table ronde sur les infâmies de la revue « Forbes » téléchargeable sur notre site :
http://www.editoweb.eu/vive_cuba/




Introduction_a_la_conference_d_Ignacio_Ramonet.pdf Introduction à la conférence d'Ignacio Ramonet.pdf  (47.26 Ko)


Françoise Lopez
Rédigé par Françoise Lopez le 09/03/2007 à 17:14





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Cuba Si France-Provence
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L’année dernière, nous avions fait appel à votre générosité pour soutenir l’action de la Brigade médicale Henry Reeve qui intervient dans de nombreux pays dans les situations de catastrophes naturelles et qui était alors à l’oeuvre en Bolivie, pays qui venait de subir des pluies catastrophiques ayant provoqué d’importants dégâts.

Aujourd’hui, la Brigade Henry Reeve est toujours à l’oeuvre en Bolivie, où le même phénomène de pluies cataclysmiques s’est reproduit cet hiver. Elle est également à l’oeuvre dans de nombreux pays d’Amérique Latine, d’Afrique, d’Asie, à la suite de cataclysmes divers : tremblements de terre, raz de marrées, éruptions volcaniques, inondations, etc...



Alternativa Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América