Afrique et Moyen-Orient
09/05/2008 12:30

Combats au Liban: le Hezbollah gagne du terrain


Faisant craindre la dérive du Liban vers une nouvelle guerre civile, des combats de rue à l'arme automatique et aux roquettes entre partisans de l'opposition et ceux de la majorité secouaient vendredi pour le troisième jour consécutif l'ouest de Beyrouth.



Signe de l'escalade, une roquette a touché le mur d'enceinte de la résidence de Saad Hariri, un pilier de la majorité parlementaire antisyrienne dans l'ouest de Beyrouth sans faire de victime, selon son entourage.

Et outre l'aéroport international de Beyrouth quasi-paralysé, le port de la capitale libanaise a cessé toute activité en raison des combats, selon un responsable des autorités portuaires.

L'Arabie saoudite, qui appuie le gouvernement de Fouad Siniora issu de la majorité, a appelé à une réunion d'urgence des ministres arabes des Affaires étrangères sur le Liban.

Les combats, sans précédent depuis la fin de la guerre civile en 1990 et qui avaient fait la veille sept morts et des dizaines de blessés, ont continué malgré des appels au retour au calme de la communauté internationale et un déploiement massif de l'armée libanaise sur le terrain.

Ils opposent hommes armés de mouvements chiites de l'opposition emmenée par le Hezbollah et soutenue par la Syrie et l'Iran, et des partisans du Courant du Futur, le parti du sunnite Saad Hariri, fils de l'ancien Premier ministre assassiné en 2005, Rafic Hariri.

Selon un journaliste de l'AFP et des témoins, les partisans armés de l'opposition gagnent du terrain et contrôlent désormais plusieurs quartiers considérés jusque-là comme des bastions de la formation de Saad Hariri dans l'ouest de Beyrouth où se concentrent les affrontements.

Le Hezbollah a aussi forcé, par des menaces, tous les médias --trois télévisions, un journal, une radio-- appartenant à la famille de Saad Hariri, à fermer, selon un responsable du groupe médiatique.

Entretemps de violents affrontements avaient lieu dans le quartier de Hamra entre les deux camps, et des tirs d'armes automatiques et de roquettes de type RPG étaient entendus dans la capitale.

Plusieurs hommes armés étaient visibles dans les rues et sur les balcons des immeubles, alors que les quartiers où se déroulaient les combats étaient quasi-déserts.

Le trafic aérien était toujours quasi-paralysé, l'opposition ayant bloqué la route menant à l'aéroport international de Beyrouth depuis mercredi à l'occasion d'une grève sur des revendications sociales, transformée par le Hezbollah en un mouvement de désobéissance civile qui a dégénéré en heurts.

Ces heurts se sont intensifiés après un discours jeudi du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah qui a assimilé à une "déclaration de guerre" des décisions du gouvernement contre un réseau de télécommunications installé par son mouvement à travers le pays.

La presse libanaise et arabe s'alarmait d'un retour à la guerre civile qui avait dévasté le Liban de 1975 à 1990, craintes ravivées par la grave crise politique dans laquelle était plongé le Liban depuis novembre 2006, la majorité et l'opposition n'arrivant pas à s'entendre sur un partage du pouvoir.

Cette crise a empêché l'élection d'un président de la République, poste vacant depuis novembre 2007. La majorité accuse la Syrie, ex-puissance tutélaire, et l'Iran de bloquer une solution via leurs alliés, tandis que l'opposition reproche à la coalition au pouvoir d'être inféodée à Washington.

"Beyrouth-Ouest plonge dans la guerre des rues", titre le quotidien francophone "L'Orient Le Jour". "Pour la République toute entière, c'est tout autant, désormais une question de vie ou de mort".

Pour le journal Al-Mostaqbal de la famille Hariri, "le siège de Beyrouth continue après la tentative de coup d'Etat menée par le Hezbollah".

"Le Hezbollah: le coup d'Etat. Le Liban était hier au bord de la guerre civile", écrit le journal arabe Asharq al-Awsat.

Et le journal Al-Anouar, proche de la majorité dont est issu le gouvernement de FOuad Siniora, titre "Nasrallah a décidé: soit le gouvernement se rétracte, soit c'est la guerre".

Nasrallah a exigé jeudi, pour sortir de la crise, que le gouvernement revienne sur ses décisions d'enquêter sur le réseau de télécommunications et de limoger le chef de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth présenté comme un proche du Hezbollah. Il a aussi réclamé qu'il accepte un dialogue national.

M. Hariri a fait une contre-proposition prévoyant que les "décisions (liées au réseau) seront mises à la disposition de l'armée", l'élection immédiate du chef de l'armée Michel Sleimane comme président de la République et l'ouverture d'un dialogue national qui sera dirigé par ce dernier.

L'opposition a rejeté en bloc cette initiative, selon la télévision du Hezbollah.

Source: yahoo news

Arame Diène








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