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Aprés le 48ème congrés de la CGT

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Le congrès confédéral de la CGT a confirmé les craintes que nourrissaient les militants CGT de lutte. Ficelé pendant sa préparation par la désignation de nombreux délégués acquis à la direction et inconnus de leurs mandants supposés, verrouillé pendant sa tenue par le filtrage sans précédent des intervenants et des amendements, le congrès a validé la plupart des orientations qu’entend donner l’état-major CGT à la confédération :

- il a validé l'absence totale des notions de classes sociales, de lutte de classe, d’exploitation, de mondialisation capitaliste, d’impérialisme, de propriété collective. Il a validé aussi la curieuse conception de l’indépendance syndicale au nom de laquelle l’équipe confédérale n’a rien fait durant la campagne du référendum et au nom de laquelle elle a appelé sans débat à voter Chirac en 2002 !

- Les documents adoptés ne font d’ailleurs aucun retour sur le NON de classe du 29 mai et les débats qui ont traversé la confédé

- Ils confirment la stratégie du syndicalisme rassemblé qui est pourtant responsable en grande partie des nombreuses défaites subies ces dernières années (retraites, sécu, SNCM, RTM…).

- Ils confirment aussi l’ancrage dans la CES, c’est-à-dire de l’engagement de la CGT dans une construction européenne qui brise l’indépendance nationale et la souveraineté populaire. Dans le même temps, la direction de la CGT n’a de cesse de faire la promotion du dirigeant de la CES John Monks. Ancien dirigeant de la confédération des syndicats britanniques devenu conseiller de Tony Blair, Monks est l’homme qui, avant de co-rédiger la constitution européenne avec Giscard, a fait avaler au mouvement syndical britannique la pilule des décisions gouvernementales les plus détestées par le salariat (privatisation des services publics, maintien des lois antisyndicales de Thatcher…).

- Le congrès a par ailleurs validé la construction d’une CES mondiale en collaboration avec la CISL anti-communiste et la CMT cléricale, concurrente de la FSM. Or, les orientations de la CISL et de la CMT ont toujours été claires : casser le syndicalisme de classe.

- La CGT sort de son congrès sans un mot sur la défense de l’emploi, la défense de la sécu de 45, les retraites par répartition et les 37,5 annuités, la décentralisation et la casse de l’Education Nationale… et les revendications réelles des salariés sont balayées au profit de la Sécurité Sociale Professionnelle c’est-à-dire, on l’a vu tout à l’heure, un système de garantie individuelle transférable d’entreprise en entreprise, ce qui signifie tout simplement la fin des statuts et des conventions collectives, jugées « désuètes » par le vice-président de la CGT au Conseil Economique et Social !

- Enfin, le nouveau système de cotisation contrôlé par la confédé a été adopté conduisant tout droit à la mise au pas les syndicats et organisations contestataires, sur le modèle de ce que la CFDT a mis en place à la fin des années 70 pour amorcer son recentrage….
Au final, le bilan est terrifiant et renie totalement le riche héritage de la grande CGT de Frachon et Séguy.

Certes, des résistances se sont faites entendre durant le congrès à l’initiative de syndicats de la Chimie, de l’agroalimentaire ou de la métallurgie et certaines mesures ont été repoussées comme le seuil de 20 syndiqués pour constituer un syndicat. De même, le Duigou (54ème), Thibault (50ème) ou Dumas (48ème) figurent parmi les plus mal élus des 54 membres de la nouvelle Commission Exécutive.

Mais ce congrès est indéniablement une victoire des tenants de la collaboration de classe qui ne cachent pas leur volonté de continuer. Ainsi, s’exprimant sur le rejet du mot « compromis » par les congressistes, Maryse Dumas explique : « les mots ont leur histoire. Certains délégués sont favorables à la démarche de négociation, mais pas au «compromis.» C'était la première fois que le terme était employé dans un document d'orientation. Il a fait débat. Au prochain congrès, il choquera moins.»

Cette cédétisation accélérée de la CGT va peser de plus en plus négativement sur les luttes et leur issue. C’est aujourd’hui un enjeu vital pour les travailleurs que le syndicalisme de lutte de classe parvienne à disputer le terrain aux tenants de la conciliation Capital-Travail, à partir des revendications réelles des travailleurs sur les salaires, la défense de l’emploi, des statuts et des conventions collectives, le refus de la précarité, des délocalisations et de la chasse aux immigrés, la défense des services publics, le retour sur les contre-réformes précédentes (retraites, sécu,…). Il est vital pour le mouvement populaire de défendre et de promouvoir le syndicalisme de classe, moderne et réaliste parce qu’en prise avec les réalités d’un système capitaliste profondément régressif et réactionnaire.

En ce sens, il est souhaitable et nécessaire que les groupes, syndicats, militants... qui se sont manifestés ces derniers temps pour affirmer leur volonté de faire renaître le syndicalisme de lutte de classe puissent tirer ensemble les enseignements du congrès CGT et évaluer ses conséquences sur le syndicalisme en France et sur les luttes futures du mouvement social.


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