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Le PCF fête 68 : la volonté de transformer le monde

Nicolas Maury

L’évocation médiatique des événements de mai-juin 1968 a débuté. Les journées du 10 au 13 mai en constituent un moment charnière. Le 13 mai 1968, il y a quarante ans jour pour jour, la France connaît une grève générale mémorable qui va s’enraciner dans tout le pays en quelques jours

Le PCF fête 68 : la volonté de transformer le monde
Dix millions de salariés au plus fort de l’action vont engranger une spectaculaire moisson revendicative et provoquer une secousse politique pour plusieurs décennies. Toute la nuit du 10 au 11 mai, la violente répression policière lancée contre le mouvement étudiant vient de mettre en état de siège le Quartier latin.

A l’initiative de la CGT et de son secrétaire général Georges Séguy, la riposte du 13 mai, en faisant converger ouvriers et étudiants, va faire changer de nature et d’échelle les événements de l’époque.

Le pouvoir gaulliste n’a plus seulement face à lui une jeunesse étudiante impatiente de changer d’époque mais la France salariée tout entière. L’affrontement de classe devient direct. C’est dès lors une tout autre histoire qui commence et qui va donner aux événements une résonance politique et sociale toute particulière.

Manifestement quarante ans après, la France n’a pas oublié la portée de ces événements. Dans une enquête d’opinion CSA publiée dans le journal L’Humanité, révolte étudiante et grève ouvrière restent aux yeux des sondés intimement liée alors que tant de récits édulcorés s’ingénient à les opposer et surtout 68 demeure indubitablement associé à une période d’espoir social. Un espoir qui fait tant défaut aujourd’hui. L’an dernier, Sarkozy affichait sa volonté de liquider l’héritage de 68. Depuis son élection, sa politique s’y emploie tout autant qu’à brouiller les repères. Mais le paradoxe est là. La déclaration de guerre du nouveau président a plutôt réveillé la mémoire de 68 qu’elle n’a réussi à l’enterrer. Le bilan social des événements se déforme certes ici ou là, il est parfois plus marqué dans les esprits par les conquêtes qui suivirent que par la réalité des conquêtes obtenues en mai et juin. Mais la mémoire reste vive, elle ne s’efface pas, loin s’en faut. Neuf sondés sur dix de moins de trente ans gardent une image positive des événements ; seule la catégorie ouvriers, avec 93%, dépasse légèrement ce pourcentage. Pour les jeunes générations, 68 reste un repère pour demain. C’est un obstacle de taille sur la route du pouvoir en place.

L’évocation de mai-juin va aujourd’hui à la rencontre d’un puissant désir de changement à nouveau très présent dans le pays, de très fortes attentes sociales dans la plupart des catégories de la population. Que 62% des Français estiment probable la réédition d’un mouvement social de cette ampleur, que 41% des Français, 58% des ouvriers et 53% des employés le souhaitent en dit long sur la profondeur de la colère sociale mais aussi de la recherche politique qui travaille le pays.

« Lliquidons 68 ! » dit Sarkozy ; et Daniel Cohn-Bendit titre son dernier livre « Oublions 68 » !

Pour sa part, le PCF lance son pavé dans le marais du consensus lénifiant avec un « Vive 68 ! » aux arêtes bien aïgues.

Loin de la commémoration officielle aux accents d’enterrement de première classe, le PCF retient de la révolte étudiante et de la plus grande grève ouvrière de l’histoire de France le souffle toujours actuel de la volonté de transformer le monde. Il fête un anniversaire qui tourne vers l’avenir. Comme en 68, la société supporte de plus en plus mal les dominations qui l’enserrent. Le travail est synonyme de souffrance quand il devrait libérer. Le besoin de partage est barré par les logiques de privatisation des marchés. Les relations humaines dans le village planétaire sont pourries par les guerres économiques. Les ressources et les richesses servent la croissance financière contre le développement durable des hommes et des territoires. Penser un autre monde, pour les communistes, voilà toujours l’urgence et le rêve sans cesse reconductible de 68.


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