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Le PCF ne s'est pas renforcé lors des élections municipales, il continue de s'affaiblir dans les villes

Perspective communiste

Le premier tour des élections municipales était positif pour le PCF, mais le second tour ne confirme pas la dynamique de reconquête. Pire, le PCF recule dans les villes.

Le PCF glisse dangereusement. Il devient une force d'appoint de la social-démocratie dans toutes ses formes, un parti de plus en plus proche du Parti radical-socialiste que du Parti communiste.

Au final le Parti communiste français continue de perdre ses bastions historiques dans les anciennes régions industrielles et minières du pays. Le déclin du PCF n'est toujours pas enrayé et il faut remettre en question le fonctionnement du parti, son rôle et mettre un terme à des décennies de liquidation politique.

Exit l'enthousiasme du premier tour et les annonces triomphales du second tour après la belle victoire de Nîmes. La réalité est plus sombre : le PCF s'affaiblit.

Si l'abstention joue contre nos élus sortants et nous prive de reconquête, une vague silencieuse frappe les communes : celle du Rassemblement national. Disserter sur la soi-disant progression de LFI, contenue en réalité dans les grands ensembles urbains, c'est faire le choix de se voiler la face sur deux problèmes :

1- Le RN est désormais en capacité de gagner des villes communistes qui, jusqu'alors, résistaient à ce vote ; l'exemple le plus parlant est celui de Vierzon.

2- L'absence de dynamique du PCF. Il sauve ses meubles parce que l'union à gauche (généralement sans LFI) est faite. Cette union permet d'ailleurs au PS et aux écologistes de sauver les meubles et d'infliger des défaites symboliques à la droite (Paris, Lyon, Marseille, Nîmes...). "La révolution, c'est comme une bicyclette : quand elle n'avance pas, elle tombe", disait Che Guevara, le PCF est tombé depuis belle lurette.

Le Parti communiste français (et apparentés) à l'issue des élections municipales dirigera 102 communes de plus de 3 500 habitants.

Le premier tour des élections municipales a montré un certain enthousiasme avec de nombreuses élections-réélections. Il faut cependant relativiser les résultats du PCF au vu du second tour et de la consolidation des données.

Le PCF gagne 10 communes de plus de 3500 habitants et en perd 40. On remarque que deux grands ensembles se dessinent : les grandes communes, où le PCF résiste mieux mais s'affaiblit (2 gains, 5 pertes) et les communes moyennes, où le PCF s'effondre (8 gains, 35 pertes).

Pour analyser les résultats du PC lors de ce scrutin, il faut regarder deux gros ensembles : les grandes communes (+ de 20 000 habitants) et les communes moyennes (3 500 -> 20 000 habitants) .

Dans les communes de plus de 20 000 habitants, le Parti communiste français, et ses maires apparentés, étaient 26. À l'issue du scrutin, ce nombre tombe à 23. Plusieurs communes tombent entre les mains de LFI, comme Vénissieux dans le Rhône, dernière municipalité communiste du département, et à La Courneuve, par la médiocrité politique de l'ancien maire et de l'actuelle direction fédérale du 93 avec son "accord de Munich" LFI/PCF.

Gains : 2

Nîmes (30) -> gain sur la droite
Aubagne (13) -> gain sur la droite

Communes conservées : 21

Montreuil (93)
Nanterre (92)
Vitry-sur-Seine (94)
Ivry-sur-Seine (94)
Villejuif (94)
Bobigny (93)
Fontenay-sous-Bois (94)
Sevran (93)
Gennevilliers (92)
Martigues (13)
Noisy-le-Sec (93)
Bagneux (92)
Stains (93)
Tremblay-en-France (93)
Saint-Martin-d'Hères (38)
Échirolles (38)
Malakoff (92)
Saint-Étienne-du-Rouvray (76)
Dieppe (76)
Grigny (91)
Mitry-Mory (77)

Pertes : 5

Vénissieux (69) -> Perte au profit de LFI
Corbeil-Essonne (91) -> Perte au profit de la droite
La Courneuve (93) -> Perte au profit de LFI
Champs-sur-Marne -> Perte au profit de la droite
Vierzon -> Perte au profit du RN

Avec 79 maires communistes et apparentés dans les communes de 3 500 à 20 000 habitants, le PCF réalise des scores décevants. Le PCF s'affaiblit dans les communes moyennes, essentielles à son maillage territorial. Dans les anciennes régions industrielles et minières du nord et de l'est, la dégringolade est significative.

Le PCF perd le tiers de son maillage de villes moyennes du Nord-Pas-de-Calais, perd les portes du Luxembourg. Vu les résultats, les sénateurs de Meurthe-et-Moselle, Dordogne et Côtes-d'Armor sont sérieusement en danger.

Il remporte 8 nouvelles communes :

Héricourt (70)
Nangis (77)
Vizille (38)
Gond-Pontouvre (16)
Dechy (59)
Béthoncourt (25)
Varennes-sur-Seine (77)
Fontvieille (13)

Il conserve 71 communes :

Gentilly (94)
Chevilly-Larue (94)
Bonneuil-sur-Marne (94)
Limay (78)
Avion (62)
Saran (45)
Saint-Amand-les-Eaux (59)
Port-de-Bouc (13)
Montataire (60)
Tergnier (02)
Tarnos (40)
Châlette-sur-Loing (45)
Oissel (76)
Raismes (59)
Septèmes-les-Vallons (13)
Méricourt (62)
Ploufragan (22)
Boulazac Isle Manoire (24)
Allonnes (72)
Fosses (95)
Cabestany (66)
Sallaumines (62)
Gonfreville-l'Orcher (76)
Wingles (62)
Aulnoye-Aymeries (59)
Rouvroy (62)
Unieux (42)
La Salvetat-Saint-Gilles (31)
Onnaing (59)
Talange (57)
Jarny (54)
La Ricamarie (42)
Aussonne (31)
Contes (06)
Fresnes-sur-Escaut (59)
Le Péage-de-Roussillon (38)
Magnanville (78)
Louvroil (59)
Noves (13)
Trith-Saint-Léger (59)
Sains-en-Gohelle (62)
Ensuès-la-Redonne (13)
Flines-lez-Raches (59)
Bohain-en-Vermandois (02)
Le Rove (13)
Dives-sur-Mer (14)
Saint-Étienne-au-Mont (62)
Saint-Martin-de-Valgalgues (30)
La Grand-Combe (30)
Saint-Germain-du-Puy (18)
Guesnain (59)
Auchy-les-Mines (62)
Salaise-sur-Sanne (38)
Thourotte (60)
Rousson (30)
Carnoules (83)
Le Tréport (76)
Camon (80)
Désertines (03)
Serémange-Erzange (57)
Brionne (27)
Giberville (14)
Gravigny (27)
Hussigny-Godbrange (54)
Ribécourt-Dreslincourt (60)
Alénya (66)
Roeulx (59)
Blanzat (63)
Avesnes-les-Aubert (59)
Clamecy (58)
Saint-Julien-les-Rosiers (30)

Il perd 35 communes :

Rive-de-Gier (42)
Fleury-Mérogis (91)
Somain (59)
Lillers (62)
Pierrelaye (95)
Douchy-les-Mines (59)
Villerupt (54)
Elne (66)
Mont-Saint-Martin (54)
Varennes-Vauzelles (58)
Escaudain (59)
Roquevaire (13)
Entraigues-sur-la-Sorgue (84)
Harfleur (76)
Billy-Montigny (62)
Courcelles-lès-Lens (62)
Trélissac (24)
Audun-le-Tiche (57)
Notre-Dame-de-Bondeville (76)
Grenay (62)
La Bouilladisse (13)
Ondres (40)
Eu (76)
Algrange (57)
La Cadière-d'Azur (83)
Château-Arnoux-Saint-Auban (04)
Angres (62)
Plouha (22)
Annay (62)
Écrouves (54)
Haisnes (62)
Pont-Péan (35)
Courpière (63)
Les Mées (04)
Hasnon (59)

Il faut noter que le PCF ne parvient pas à conquérir/reconquérir les communes de Villetaneuse, du Blanc-Mesnil, de Saint-Pierre-des-Corps, de Montargis, de Fougères, de Hagondange, d'Arles, de Sète, d'Alès, de Givors, de Bezons, de Fontaine, de Champigny-sur-Marne, de Joinville, de Nogent-sur-Oise, de Moulins, de Villeneuve-Saint-Georges, de Villepinte, de Gardanne, de Bédarieux, et du Havre.

Sans surprise, dans le Rhône, le PCF disparait du paysage politique après la perte de sa dernière commune, Vénissieux. Le Rhône a une situation spécifique, aussi dégueulasse que dans le 93, marquée par des décennies de guerres internes et de succession de dirigeants incompétents.

Sur les tâches immédiates du PCF

Tout est politique et comme rien ne tombe du ciel, il faut commencer par une autocritique. Comprendre que le PCF arrive au terme de sa vie et que si le 40ᵉ congrès ne renverse pas la vapeur et ses dirigeants incompétents, l'aventure de 1920 sera finie.

Très clairement, il apparaît que nous avons été les forces d'appoint. Rien de plus. Penser que nous avons participé aux grandes victoires de la gauche dans les grandes villes relève a minima de la méthode Coué.

Il n'y a naturellement aucune voie simple, aucune solution facile et surtout aucun modèle à copier, cependant nous pouvons tracer quelques pistes :

Dans le temps court, le PCF doit acter une série de mesures d'urgentes :

Il faut mettre le paquet sur le sauvetage des sections ; Mettre le paquet sur la formation, la politique de cadre et leurs déploiements vers les lieux identifiés comme stratégiques ; Réorienter le travail du Conseil national vers les questions essentielles.

Si aujourd'hui le PCF n'est ni un parti d'avant-garde, ni un parti de masse, cela s'explique par des choix politiques et une attrition très forte de ses membres. Il est devenu un parti "classique" du système et un parti de notables, de retraités, de cadres de la fonction publique territoriale.

Un parti d'avant-garde plutôt qu'un parti de masse

Un autre facteur propre à la société néolibérale actuelle, l'individualisme a pénétré les esprits et ne permet plus de justifier des organisations de masse. Aujourd'hui l'organisation politique est plus informelle (mouvements, collectifs thématiques…) et centrée autour de petits groupes menant des campagnes d'agit-prop. Il serait illusoire de croire que le PCF peut redevenir une organisation de masse dans les conditions actuelles.

Il faut donc faire le choix du parti d'avant-garde qui agit avec une base militante conscientisée et formée aux pratiques révolutionnaires. Cela signifie mettre un terme au modèle actuel du PCF.

Les directions doivent être dirigées par d’authentiques militants révolutionnaires, issus du prolétariat, disciplinés dans le cadre du centralisme démocratique. Il ne s'agit ni d'une retraite politique, ni d'une planque, ni d'un strapontin pour une carrière politique, ni d'une reconnaissance pour bons et loyaux services, mais d'un engagement pour un idéal et le parti qui le porte.

Ce qui peut être fait rapidement :

Le Parti communiste doit suivre une ligne de masse, c'est-à-dire une méthode visant à dépasser la contradiction entre l’autonomie idéologique du parti et la nécessité d’un lien étroit avec les masses. Ce qui permet de lutter contre l’aventurisme et le suivisme. Ainsi pour citer Mao Zedong, il faut "partir des masses pour retourner aux masses".

La formation des militants doit devenir impérative et être obligatoire. Des écoles spécifiques doivent être reconstruites.

Le Parti communiste doit retourner au marxisme-léninisme. Seule ligne idéologique qui permette de répondre aux objectifs du socialisme.

Les statuts doivent être changés pour répondre aux besoins de démocratie et d’organisation.

Rétablir l'exclusion pour dissidence. Les opportunistes, les aventuriers, les tribunes de membres du CN dénonçant des choses ou appelant à faire d'autres choses révèlent la faillite du modèle démocratique du PCF. Le pluralisme des idées ne doit pas permettre aux opportunistes d'agir contre l'avis de la majorité des adhérents du PCF. "Liberté de critique et unité d'action", écrivait Lénine dans la Volna nᵒ 22, le 20 mai 1906.

Replacer l'élu communiste comme un membre du PCF, qui n'est pas au-dessus des règles du PCF, ni au-dessus de sa section et de ses membres. Les barons locaux ne doivent plus se comporter comme des potentats, mais doivent redevenir des militants communistes. Ils doivent leurs positions uniquement grâce à la force du militantisme et au soutien du PCF.

Rétablir un centralisme démocratique qui place le communiste au cœur des décisions politiques. Pour cela un vaste travail de redéploiement de l'appareil militant doit être effectué, et avec les moyens nécessaires. Cette question est centrale, la démocratie interne ne peut se calquer sur les institutions bourgeoises, mais doit se calquer sur un modèle de démocratie populaire. Le modèle actuel, celui issu de la mutation, est dépassé, obsolète et hautement antidémocratique. Il doit être changé.

Créer les outils nécessaires (ils existent) pour permettre le débat interne au PCF et pour s'assurer que la voix des communistes soit entendue dans toutes les instances dirigeantes du Parti. Le développement des nouvelles technologies doit être enfin utilisé pour et par le PCF.

Créer une commission nationale de contrôle chargée de veiller à la légalité des actes, aux suivis des travaux du CN et des fédérations, au respect des statuts et des décisions prises lors des congrès. Ce genre de commission existe dans la majorité des partis communistes et ouvriers du monde.

Fixer un nombre maximal de mandats au Conseil national comme dans les exécutifs.

Ce qu’il faut débattre, briser les tabous sur l’organisation

Il faut déployer sur le terrain de nouvelles structures d'organisation.

Vu la situation actuelle, les structures du parti sont obsolètes et dépassées. Il faut donc revoir le fonctionnement interne.

1- Le Conseil national doit centrer son action autour de :

- La formation des militants communistes.

- L'action résolue vers les organisations de masse encore existantes comme la CGT et le Secours populaire. Nos idées doivent pénétrer les masses via des militants formés et actifs dans ces structures. Il ne s'agit pas de faire de l'entrisme à la gauchiste, mais bien de faire converger les formations du prolétariat vers les mots d'ordre du Parti communiste et de les faire participer à la construction d'une société nouvelle.

- Déployer des suivis déterminés, qui ne se contentent pas de suivre une assemblée générale ou un congrès local, mais qui co-animent des actions locales et/ou aident à la construction de nouvelles structures là où est identifié un potentiel.

- Travailler à développer un programme politique portant sur des revendications immédiates et des revendications révolutionnaires (socialisme). À côté de ça, des commissions, transparentes, débarrassées du contrôle des groupes fractionnistes, doivent travailler à produire des réflexions de haute portée pour répondre à ce double enjeu.

- Le Conseil national déploie tous les outils nécessaires pour diffuser ses idées, via des médias classiques (télévision, presse…) et modernes (internet…). Il doit se doter d'outils cohérents et pertinents. Ses porte-parole doivent être identifiés.

- De ce Conseil national doit découler un bureau politique disponible à 100 % et encore plus motivé dans l'atteinte des objectifs politiques.

2- Un nouveau maillage territorial pour répondre à l'objectif de révolution

Abandonner les comités régionaux (qui dans les faits n'existent pas), les fédérations départementales et les sections pour une structure privilégiant l'implantation locale et la souplesse : Les cellules et les rayons.

Les vieilles structures du PCF sont obsolètes et clairement plus en capacité d’irriguer tout le territoire. Il faut acter dans la situation actuelle que les communistes ne seront plus présents dans tous les endroits et que nous devons prioriser des implantations locales qui correspondent à des lieux : Les cellules redeviennent l'outil évident de ce retour des communistes dans les quartiers et les entreprises.

La cellule redevient le lieu de souveraineté des communistes, la base de l'organisation, de la collecte de la cotisation et le premier maillon du pouvoir politique que nous voulons organiser dans chaque quartier identifié, chaque entreprise, etc.

Le rayon remplace la section, la fédération et le comité régional. Il devient l'outil évident de la coordination des cellules dans un territoire et peut occuper un espace très différent en fonction des enjeux locaux. Il peut y avoir des rayons couvrant des villes, des cantons, des départements. Il est en lien avec le Conseil national, il coordonne le travail des communistes dans les cellules et met en place les campagnes décidées et s'assure que les objectifs soient atteints.

Le rayon est le lieu de mutualisation, de soutien aux organisations de base, le lieu de décentralisation de la formation des communistes.

3- Les dirigeants et la jeunesse

Le permanentât ne doit plus être la norme, les dirigeants politiques doivent rester dans les masses et dans la société. De plus, la direction d'une structure n'est pas compatible avec un mandat d'élu. L'élu est un porte-parole, un agitateur, une agitatrice, le dirigeant dédie son action à la seule organisation du Parti et au travail de diffusion des idées dans les masses.

Il faudra aussi renforcer le MJCF et l’UEC. Ces organisations en reconstruction ont des effets positifs et surtout, elles permettent de recruter les futurs cadres de l'organisation communiste et de les former dans des organisations dédiées à leurs vies. Finalement, n'est-ce pas la jeunesse qui est à l'initiative de la renaissance des partis communistes au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Inde ?

Quelques pistes sont posées pour le 40ᵉ congrès du PCF.


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