Perspective Com
Le raz le bol des salariés de la filière automobile

Nicolas Maury

Des milliers de salariés de la filière automobile ont exprimé leur exaspération devant les plans sociaux et le chômage partiel lors d'une manifestation devant l'ancienne Bourse de Paris

«150.000 emplois supprimés dans la filière automobile, le pognon aux actionnaires, tout ça au nom de la crise, on ne peut le tolérer», répétait au micro un responsable CGT. «Y’en a ras-le-bol de ces guignols qui licencient et empochent les profits», reprenait la foule de salariés, souvent en tenue de travail, venus de Renault Le Mans ou Cléon, Peugeot-Citroën Aulnay, Ford Blanquefort mais aussi des sous-traitants Freescale Toulouse, Delphi et Valeo.

Quelques dizaines de manifestants ont pénétré symboliquement dans l'enceinte du palais Brongniart, "symbole des actionnaires et du monde de la finance", pour y taguer des murs. Venus pour la plupart d'entreprises "en lutte", à l'appel de syndicats CGT locaux, les manifestants étaient au nombre de 6.000, selon les organisateurs et de 2.700 selon la police.

"On en a ras-le-bol ! La classe ouvrière en a assez de s'en prendre plein les dents", a dit Xavier Matthieu, délégué CGT de l'entreprise Continental, devenue emblématique des mouvements de révolte de ces derniers mois face aux plans sociaux. Outre les "Conti", le cortège comptait dans ses rangs des salariés de Renault, Goodyear, Michelin ou New Fabris, notamment.


Des participants ont assuré que cette mobilisation avait été imposée par la base, insatisfaite de la stratégie des confédérations syndicales. "C'est une lutte de 'rouges' qui veulent une autre alternative syndicale, on a l'impression que personne ne nous aide", a dit à Reuters Manu Georget, délégué syndical d'EGP à Dreux (Eure-et-Loir), filiale de Philips. Dénonçant les subventions accordées "aux gens qui se sont enrichis sur le dos de la crise", le dirigeant d'extrême gauche a estimé que les salariés de l'automobile étaient "pris pour des yo-yo", passant "du chômage partiel imposé aux heures supplémentaires imposées".

Xavier Reynauld, délégué syndical de Renault Le Mans, a réfuté l'idée selon laquelle cette manifestation était dirigée contre la direction de la CGT. "Cette initiative a été lancée par la CGT depuis le début de l'année, ça fait un moment que nous y travaillons", a-t-il dit tandis que les manifestants scandaient "tous ensemble" ou fustigeaient les "patrons-voyous." Xavier Reynauld a souligné que 150.000 emplois avaient été supprimés dans la filière automobile, dont 9.000 chez Renault.

Les «Conti», dont l’usine de pneumatiques de Clairoix (Oise) est désormais fermée, étaient venus en force réclamer l’«arrêt des poursuites» contre leurs six camarades condamnés à trois à cinq mois de prison avec sursis pour des dégradations commises à la sous-préfecture de Compiègne le 21 avril.

Pour Xavier Mathieu, l’emblématique leader de leur lutte, «on aimerait que nos confédérations fassent quelque chose, la classe ouvrière en a marre d’en prendre plein la gueule».

Même défiance parmi les autres manifestants: «c’est la base des Goodyear qui est à l’origine de ce rassemblement. On en a marre de ces trois journées par an de manifestations intersyndicales et des négociations des confédérations avec le Medef», selon Jérôme Beauvais, ouvrier à l’usine de pneumatiques Goodyear d’Amiens-Nord, où 820 suppressions d’emplois sont prévues.

Ses collègues ont tagué sur une colonne du palais de la Bourse «Goodyear en force».

De nombreux manifestants ont dénoncé une volonté de criminaliser l'action syndicale après la récente condamnation de six ouvriers de Continental pour le saccage de la préfecture de Compiègne, dans l'Oise. D'autres manifestants ont évoqué les suicides chez Renault, au moment où France Télécom est confronté à une vague de 23 suicides depuis février 2008.


Commentaires (0)
Nouveau commentaire :