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Pour régler le problème du logement, le Venezuela nationalise les cimentiers

Nicolas Maury

Un nouveau pas vers le socialisme: "C'est notre peuple qui va résoudre ce problème, pas les sociétés privées"

Le gouvernement d'Hugo Chavez poursuit pas à pas l'étatisation de l'économie vénézuélienne. Au fil des ans, il a nationalisé l'électricité, les télécommunications et le principal aciériste et il a contraint les grandes compagnies pétrolières étrangères à devenir des actionnaires minoritaires dans la production du brut de l'Orénoque. L'Etat vient maintenant de prendre le contrôle de l'industrie du ciment, qu'il détient désormais à 90 %.

Trois sociétés étrangères occupaient ce secteur. Le groupe mexicain Cemex, troisième cimentier mondial, assurait 50 % de la production. Le français Lafarge et le suisse Holcim se partageaient le reste. En avril, M. Chavez a annoncé son intention de mettre la main sur les cimenteries. En juin, il a signé le décret de nationalisation, assorti d'une promesse d'indemnisation.

Lafarge et Holcim se sont entendus avec Caracas, au terme d'un accord de cession rendu public le 18 août. Le groupe français recevra 267 millions de dollars (182 millions d'euros) et ne conservera que 5 % de la nouvelle entreprise publique. Le cimentier suisse cède 85 % de sa filiale, pour 552 millions de dollars. Avec Cemex, cela s'est mal passé. Le groupe mexicain a contesté les calculs du gouvernement. Il demande 1,3 milliard de dollars, le double de l'estimation de la valeur de sa filiale faite par Caracas qui pense lui attribuer 650 millions de dollars seulement.

Faute d'accord, Cemex a été exproprié sans compensation. Jugeant "illégale" cette nationalisation, le groupe a dit vouloir présenter une demande d'arbitrage international. Dernier rebondissement : M. Chavez a accepté le 23 août de rouvrir les négociations avec l'entreprise, à la demande du président mexicain, Felipe Calderon. Mais il a fustigé une nouvelle fois les dirigeants "très arrogants" de Cemex.

La nationalisation du ciment, qualifiée par M. Chavez de "nouveau pas vers le socialisme", est un dossier très politique. Pour la justifier, le président avait accumulé les griefs à l'égard des trois compagnies. Il leur reprochait de privilégier l'exportation au détriment du marché local. Les cimentiers ont répondu que 60 % de leur production était écoulée au Venezuela.

M. Chavez accuse Cemex de "piller" la richesse nationale en vendant "le ciment le plus cher au monde", et, sans apporter de preuves précises, d'avoir pollué l'environnement et rendu "malades" des enfants vénézuéliens. Refusant de répondre à ces accusations, Cemex affirme, sur son site Internet, et détails à l'appui, utiliser "la technologie la plus moderne" pour protéger l'environnement.

Le fond du problème réside dans la grave crise du logement dont souffre le Venezuela. L'offre n'y répond qu'à la moitié des besoins annuels, qui augmentent vite. La pénurie de logements est estimée à 1,8 million. M. Chavez a promis de "produire la plus grande quantité de ciment possible et de l'envoyer dans les quartiers pauvres", ajoutant : "C'est notre peuple qui va résoudre ce problème, pas les sociétés privées."


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