"Sovintern", comment Moscou structure-t-il ses soutiens internationaux sur sa gauche ?
Perspective communiste
Le dirigeant du parti Russie Juste, Sergueï Mironov, a annoncé la création d'un réseau international appelé « Sovintern », qui, sous le slogan « Socialisme 2.0 », vise à fédérer plus de 100 partis et mouvements de gauche issus de 70 pays.
Derrière le Sovintern, le Kremlin qui organise ses soutiens internationaux sur sa gauche.
Article et traduction Nico Maury
Derrière l'initiative de « Sovintern », on trouve le parti Russie Juste et Sergueï Mironov, des hommes politiques et des structures qui sont directement contrôlés par le Kremlin.
Russie Juste, un auxiliaire du Kremlin
Le parti Russie Juste, fondé en 2006 par la fusion de plusieurs organisations, dont Rodina (extrême droite), le Parti russe de la vie (social-libéral) et le Parti des retraités (centre-droit), se positionne comme une force de centre-gauche d'orientation social-démocrate, prônant la justice sociale et un patriotisme russe. Ce parti, inféodé à Russie Unie de Vladimir Poutine, a été fondé pour détacher une partie de l'électorat russe du vote communiste.
Ses dirigeants sont Sergueï Mironov, ancien président du Conseil de la fédération, et Alexandre Babakov, premier vice-président de la Douma d'État. Mironov a apporté son soutien à Vladimir Poutine à plusieurs reprises lors d'élections, tandis que Babakov est un oligarque influent.
Le parti Russie juste est d'une loyauté totale envers le Kremlin, soutien actif de la politique de Poutine et de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine. Il joue le rôle d'une aile gauche contrôlée qui ne représente pas une réelle menace pour le pouvoir, mais aide au contraire l'administration présidentielle à conserver son électorat social. Cette relation étroite avec le Kremlin lui permet de se maintenir au Parlement tout en limitant son indépendance.
Russie Juste est un instrument de la politique du Kremlin. C'est dans ce cadre-là qu'une initiative internationale d’envergure – et a fortiori une initiative visant à créer un réseau mondial – est mise en œuvre sans l’aval direct du Kremlin. Cela indique que le « Sovintern » n’est pas un projet indépendant, mais bien un élément de la stratégie d’État russe.
Bien que présenté comme une initiative novatrice de « socialisme 2.0 », ce projet ne doit pas être perçu comme une plateforme idéologique, mais plutôt comme un outil politique et informationnel de la politique étrangère russe. Il s'inscrit dans un arsenal plus vaste d'instruments hybrides du Kremlin.
L'initiative de créer le Sovintern témoigne de la volonté de Moscou de consolider ses soutiens de gauche internationaux sous son influence politique. La Russie cherche à se repositionner comme un centre alternatif à gauche pour les pays et les partis qui s'opposent aux États-Unis et à l'Union européenne.
Jouer sur l'image de l'Union soviétique et du Komintern
Parmi les co-initiateurs figurent neuf organisations : le Parti ouvrier de Grande-Bretagne, l'Union des socialistes démocrates (RDC), le Parti du progrès et du socialisme (Maroc), le Parti des socialistes de la République de Moldavie, le Front sandiniste de libération nationale (Nicaragua), le Mouvement des socialistes de Serbie, le Parti communiste américain (ACP), le mouvement « Tunisie en avant » et le Parti socialiste Russie Juste.
Le projet est présenté comme une alternative moderne au capitalisme, fondée sur les « acquis de la civilisation soviétique ». Le premier forum Sovintern se tient à Moscou du 25 au 29 avril.
Malgré son discours sur le « socialisme renouvelé », s'inspire du modèle soviétique de l'Internationale communiste (Komintern et Kominform). Plus de 100 partis issus de 70 pays témoignent d'une volonté de créer une plateforme de grande envergure.
Pour le parti Russie juste, le projet Sovintern sert également à renforcer son influence politique intérieure. Le parti cherche à démontrer son utilité aux autorités en se positionnant comme un vecteur du « soft power » russe et de sa diplomatie sur la scène internationale. D'ailleurs, il est important de noter que le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) ne participe pas à l'initiative. Cette non-participation a été critiquée par le délégué du très pro-Poutine Parti communiste américain (ACP).
Structurer ses soutiens internationaux tant à l'extrême droite qu'à la gauche
L’initiative russe du « Sovintern » est l’adaptation d’une stratégie pour renforcer l'influence de Moscou à gauche et pas que sur l'extrême droite.
En s'inspirant de l’héritage du Komintern, le « Sovintern » ne reflète pas seulement une tentative d’unir les partis de gauche, mais un effort stratégique plus vaste du Kremlin visant à reconstruire une infrastructure politique internationale capable d’exercer une influence sur les plans idéologique,
L’initiative moderne « Sovintern » n'est en rien une reconstitution réelle de l'Internationale communiste. Bien que présentée comme un « socialisme 2.0 », sa véritable fonction consiste à créer un réseau transnational permettant à Moscou d’amplifier les discours, d’influencer le discours politique et de cultiver son influence au sein des systèmes politiques étrangers.
Contrairement au Komintern originel, la Russie actuelle est toutefois dépourvue d’un projet idéologique global cohérent. La Russie est une puissance capitaliste et impérialiste, elle organise son bloc impérialiste.
L'Internationale communiste soviétique opérait dans un cadre idéologique clairement défini, centré sur la révolution prolétarienne mondiale. À l'inverse, l'approche russe moderne est pragmatique et opportuniste, utilisant le marketing idéologique principalement comme un outil pour mobiliser les griefs existants contre les États-Unis et l'Union européenne, le bloc impérialiste occidental.
En conclusion, le « Sovintern » n'est pas l'Internationale communiste et le slogan de « socialisme 2.0 » ne vise pas à organiser la libération des peuples du colonialisme et de l'impérialisme.
Derrière le « Sovintern » se cache l'impérialisme russe et son nationalisme. Il est important de rappeler que Vladimir Poutine n'est pas communiste et que la Russie n'est pas l'URSS.
Russie Juste, un auxiliaire du Kremlin
Le parti Russie Juste, fondé en 2006 par la fusion de plusieurs organisations, dont Rodina (extrême droite), le Parti russe de la vie (social-libéral) et le Parti des retraités (centre-droit), se positionne comme une force de centre-gauche d'orientation social-démocrate, prônant la justice sociale et un patriotisme russe. Ce parti, inféodé à Russie Unie de Vladimir Poutine, a été fondé pour détacher une partie de l'électorat russe du vote communiste.
Ses dirigeants sont Sergueï Mironov, ancien président du Conseil de la fédération, et Alexandre Babakov, premier vice-président de la Douma d'État. Mironov a apporté son soutien à Vladimir Poutine à plusieurs reprises lors d'élections, tandis que Babakov est un oligarque influent.
Le parti Russie juste est d'une loyauté totale envers le Kremlin, soutien actif de la politique de Poutine et de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine. Il joue le rôle d'une aile gauche contrôlée qui ne représente pas une réelle menace pour le pouvoir, mais aide au contraire l'administration présidentielle à conserver son électorat social. Cette relation étroite avec le Kremlin lui permet de se maintenir au Parlement tout en limitant son indépendance.
Russie Juste est un instrument de la politique du Kremlin. C'est dans ce cadre-là qu'une initiative internationale d’envergure – et a fortiori une initiative visant à créer un réseau mondial – est mise en œuvre sans l’aval direct du Kremlin. Cela indique que le « Sovintern » n’est pas un projet indépendant, mais bien un élément de la stratégie d’État russe.
Bien que présenté comme une initiative novatrice de « socialisme 2.0 », ce projet ne doit pas être perçu comme une plateforme idéologique, mais plutôt comme un outil politique et informationnel de la politique étrangère russe. Il s'inscrit dans un arsenal plus vaste d'instruments hybrides du Kremlin.
L'initiative de créer le Sovintern témoigne de la volonté de Moscou de consolider ses soutiens de gauche internationaux sous son influence politique. La Russie cherche à se repositionner comme un centre alternatif à gauche pour les pays et les partis qui s'opposent aux États-Unis et à l'Union européenne.
Jouer sur l'image de l'Union soviétique et du Komintern
Parmi les co-initiateurs figurent neuf organisations : le Parti ouvrier de Grande-Bretagne, l'Union des socialistes démocrates (RDC), le Parti du progrès et du socialisme (Maroc), le Parti des socialistes de la République de Moldavie, le Front sandiniste de libération nationale (Nicaragua), le Mouvement des socialistes de Serbie, le Parti communiste américain (ACP), le mouvement « Tunisie en avant » et le Parti socialiste Russie Juste.
Le projet est présenté comme une alternative moderne au capitalisme, fondée sur les « acquis de la civilisation soviétique ». Le premier forum Sovintern se tient à Moscou du 25 au 29 avril.
Malgré son discours sur le « socialisme renouvelé », s'inspire du modèle soviétique de l'Internationale communiste (Komintern et Kominform). Plus de 100 partis issus de 70 pays témoignent d'une volonté de créer une plateforme de grande envergure.
Pour le parti Russie juste, le projet Sovintern sert également à renforcer son influence politique intérieure. Le parti cherche à démontrer son utilité aux autorités en se positionnant comme un vecteur du « soft power » russe et de sa diplomatie sur la scène internationale. D'ailleurs, il est important de noter que le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) ne participe pas à l'initiative. Cette non-participation a été critiquée par le délégué du très pro-Poutine Parti communiste américain (ACP).
Structurer ses soutiens internationaux tant à l'extrême droite qu'à la gauche
L’initiative russe du « Sovintern » est l’adaptation d’une stratégie pour renforcer l'influence de Moscou à gauche et pas que sur l'extrême droite.
En s'inspirant de l’héritage du Komintern, le « Sovintern » ne reflète pas seulement une tentative d’unir les partis de gauche, mais un effort stratégique plus vaste du Kremlin visant à reconstruire une infrastructure politique internationale capable d’exercer une influence sur les plans idéologique,
L’initiative moderne « Sovintern » n'est en rien une reconstitution réelle de l'Internationale communiste. Bien que présentée comme un « socialisme 2.0 », sa véritable fonction consiste à créer un réseau transnational permettant à Moscou d’amplifier les discours, d’influencer le discours politique et de cultiver son influence au sein des systèmes politiques étrangers.
Contrairement au Komintern originel, la Russie actuelle est toutefois dépourvue d’un projet idéologique global cohérent. La Russie est une puissance capitaliste et impérialiste, elle organise son bloc impérialiste.
L'Internationale communiste soviétique opérait dans un cadre idéologique clairement défini, centré sur la révolution prolétarienne mondiale. À l'inverse, l'approche russe moderne est pragmatique et opportuniste, utilisant le marketing idéologique principalement comme un outil pour mobiliser les griefs existants contre les États-Unis et l'Union européenne, le bloc impérialiste occidental.
En conclusion, le « Sovintern » n'est pas l'Internationale communiste et le slogan de « socialisme 2.0 » ne vise pas à organiser la libération des peuples du colonialisme et de l'impérialisme.
Derrière le « Sovintern » se cache l'impérialisme russe et son nationalisme. Il est important de rappeler que Vladimir Poutine n'est pas communiste et que la Russie n'est pas l'URSS.
