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Venezuela : les 100 premiers jours de Delcy Rodríguez, analyse d’une fiction politique

Perspective communiste

Le numéro d'avril 2026 de Tribuna Popular, journal officiel du Parti communiste du Venezuela, revient sur les 100 jours de Delcy Rodríguez. Ce numéro titre : 100 jours de mainmise et de tutelle impérialiste.

Je traduis l'éditorial du journal : Cent jours de gouvernement ? : analyse d’une fiction politique

On ne parle pas de « 100 jours au pouvoir ». Cent jours se sont écoulés depuis les bombardements de Caracas, l’intervention militaire américaine et l’enlèvement de Nicolás Maduro. Par une manipulation politique, Delcy Rodríguez a transformé un épisode d’agression impérialiste en un prétendu bilan de son administration.

Rodríguez s'est présentée à la nation comme une dirigeante devant rendre des comptes sur ses « cent premiers jours ». Elle l'a fait à travers un discours soigneusement préparé, utilisant des données triées sur le volet et sorties de leur contexte, afin de construire une image de stabilité, de croissance et de normalité. Elle n'a rien dit de l'intervention étrangère à l'origine de ce nouveau scénario politique. Rien non plus de son prédécesseur, toujours emprisonné à New York. L'opération militaire a été effacée du récit officiel et remplacée par une phrase répétée comme un mantra : « le début d'une nouvelle ère ».

Le discours officiel parlait de « paix », de « stabilité » et de « croissance économique soutenue ». Il insistait sur les « 20 trimestres d'expansion » revendiqués par l'économie vénézuélienne. Mais ce chiffre de croissance, sans cesse répété, ne se reflète pas dans le quotidien des travailleurs. Les salaires restent dérisoires, les pensions réduites à une misère et le coût de la vie ne cesse d'augmenter. L'inflation ne s'est pas enrayée tandis que les revenus réels continuent de chuter.

Dans le même temps, des mesures gouvernementales qui ne sont que des tentatives de réalignement politique sont présentées comme des réussites. Il s'agit notamment de la libération sélective de personnes précédemment détenues, du renforcement de l'appareil policier et de la relance d'un modèle économique désormais présenté comme « pragmatique ». Ce pragmatisme n'est rien d'autre qu'une capitulation.

Le nouveau discours officiel est dangereux et contradictoire. Ceux qui réclament la souveraineté, les droits des travailleurs et un salaire décent sont traités d'illuminés, tandis que les technocrates qui dirigent désormais l'économie – les mêmes responsables de l'effondrement – ​​sont présentés comme les seuls capables de « faire avancer le pays ». C'est le discours de la résignation, qui consiste à accepter la perte de droits comme condition de la stabilité.

Dans ce contexte, la proposition de Rodríguez d'une « augmentation responsable des revenus » vise délibérément à se substituer au débat sur les salaires. Il n'est nullement question de salaire décent ni de son indexation sur le coût d'un panier de biens essentiels, comme le prévoit la Constitution. On évoque plutôt des mécanismes discrétionnaires et des revenus non salariaux qui ne génèrent ni avantages ni protection pour les travailleurs.

La réaction à la question des retraites est encore plus brutale, le gouvernement les qualifiant d’« insoutenables ». Autrement dit, on reproche aux retraités une crise qu’ils n’ont pas provoquée. Rodríguez estime manifestement que la garantie des droits est incompatible avec la stabilité économique.

Ces 100 jours ne marquent pas le début d'une ère nouvelle. Ils symbolisent l'approfondissement d'un modèle qui mêle dépendance extérieure, austérité économique et contrôle politique. Ils représentent la consolidation d'une voie qui ne repose ni sur la souveraineté populaire ni sur les droits des travailleurs, mais plutôt sur des accords entre élites sous tutelle étrangère.

Face à la désinformation, nous devons exiger la vérité. Aucun exercice rhétorique ne saurait masquer l'évidence : il n'y a pas de croissance sans justice sociale, pas de stabilité sans souveraineté, et pas d'avenir tant que le peuple continue de payer le prix d'une crise qu'il n'a pas provoquée.

Tribune populaire


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