Perspective Com
Appel aux communistes

Georges Hage

Appel aux communistes lancé par Georges Hage, député du Nord , doyen du groupe communiste, président-fondateur du Collectif National Unitaire des Communistes, avec le soutien du Pôle de Renaissance Communiste en France, de la Gauche Communiste du PCF, de la section de Douai du PCF, et de communistes signataires à titre individuel.

Appel aux communistes
Cher(e) camarade,

« C’est la chute finale… » ! titrent les journaux à propos du score piteux obtenu par M.-G. Buffet. Après les 3,37% de Hue en 2002, le score marginal de M.G. Buffet confirme ce que j’affirmais en 95, date à laquelle je fus le seul député communiste à refuser l’entrée du PCF dans le gouvernement maastrichtien de Jospin : la mutation, c’est-à-dire le ralliement du PCF à l’idéologie social-démocrate, détruit le PCF, elle désarme les travailleurs et ouvre la voie à la pire réaction !

Le désastreux résultat de M.G.Buffet survient dans une situation politique très préoccupante, que risque encore d’aggraver le résultat final de l’élection :

- ignorant le 29 mai 2005, les principaux « présidentiables » veulent imposer au peuple la constitution supranationale rejetée par le suffrage universel : cela signifierait la fin de l’indépendance nationale et avec elle, de tout espoir d’engager à court ou à moyen terme la transformation révolutionnaire de notre pays ;

- le résultat du 22 avril donne des ailes au fasciste Le Pen, comme à son émule Sarkozy de Nagy-Bocsa, l’homme de Bush, de la croisade anticommuniste européenne, de l’Etat policier et du MEDEF ;

- la dérive à droite de la social-démocratie s’accélère avec Royal, une admiratrice de Blair que les électeurs socialistes ont eu du mal à distinguer du réactionnaire Bayrou ;

- la « gauche antilibérale » a étalé son impuissance à proposer une alternative anti-Maastricht ;

Tout cela a pour arrière-plan la chasse aux sorcières continentale lancée par le « Parlement » européen contre les communistes (interdiction de la JC tchèque, loi de lustration en Pologne, interdits professionnels en ex-RDA, incarcération de camarades dans les pays baltes, campagne des néo-fascistes italiens pour interdire les organisations communistes en Europe !) ;

-autour de J. Bové et des « refondateurs » se profile une opération politicienne dans le but de créer sur les ruines du PCF un petit Parti social-démocrate de gauche, analogue au « parti de gauche » allemand et à l’ancien PSU français ;

Mais le peuple travailleur et la jeunesse n’ont que faire d’une variante « rénovée » de la social-démocratie ; pour stopper la fascisation et la dissolution de la France républicaine dans l’Union Européenne du capital, les travailleurs ont besoin d’un vrai parti communiste ; sans cela, impossible de combattre le capitalisme et l’impérialisme, de sortir la France de l’Union Européenne de Maastricht, impossible de construire une nouvelle République sociale, souveraine et fraternelle, impossible de relancer la lutte pour le socialisme et le communisme.

L’engagement communiste en France est donc à un tournant : sa continuité dépend désormais des militants, et non de la direction faillie du PCF ; c’est pourquoi j’en appelle à tous les militants, à toutes les structures qui ont eu le mérite de refuser la mutation, au sein du PCF ou à l’extérieur. C’est la chute finale, proclament nos ennemis ? Eh bien… Groupons-nous dès demain pour reconstruire le parti qui fait défaut pour construire la résistance et l’alternative populaire !

Pour que ce regroupement urgent et vital ne parte pas de rien, je vous soumets les idées suivantes qui devraient toutes faire sens à mes yeux pour de véritables militants communistes.

I- Oui, à condition de militer franchement pour lui, le communisme demeure le sens de l’histoire !

Tout d’abord parce que malgré l’anticommunisme qu’elles déversent, les forces du capital ne peuvent empêcher la lutte des classes de se poursuivre et de se durcir en France, en Europe et dans le reste du monde.

Ainsi, en pleine campagne électorale, les luttes ont continué chez PSA-Aulnay, au Port autonome de Marseille, à l’Hôpital de Lens, dans l’Education nationale, dans la Métallurgie du nord, autour des enfants de sans-papiers ; et il en ira toujours plus ainsi à mesure que le MEDEF, l’UMP et l’UE détruiront le pouvoir d’achat, les acquis, l’emploi productif, les services publics, le logement social, les libertés… L’affrontement de classes, initié par les grèves de décembre 95, poursuivi par les luttes de 2003 pour les retraites, par l’insurrection victorieuse des jeunes contre le CPE, par la victoire populaire sur la constitution européenne, n’est pas derrière nous, il est DEVANT nous.

Sans cela, pourquoi la grande bourgeoisie éprouverait-elle le besoin de construire un Etat policier, de quadriller les médias, d’enfermer la France dans une Europe supranationale autoritaire ? Oui les maîtres de l’Argent ont peur du peuple de France, héritier de 1789, de la Commune, du Front populaire, de la Résistance et des mille et une luttes menées naguère par le PCF « pour le pain, la paix et la liberté » ! Il ne faut donc pas désespérer de notre peuple, même si certains travailleurs désorientés ont provisoirement fait des choix antidémocratiques. Il faut au contraire reconstruire l’outil politique communiste qui fait défaut au peuple pour tenir tête au capital et reprendre l’offensive sociale et politique !

Il faut aussi regarder au-delà des frontières : après la défaite que fut pour les peuples l’implosion du camp socialiste, les peuples retrouvent la voie de la résistance : au Moyen-Orient, les patriotes libanais, palestiniens et irakiens font échec à l’impérialisme US et à son vassal israélien ; en Amérique latine, autour de Cuba et du Venezuela bolivarien, un processus révolutionnaire continental s’oriente de plus en plus vers le socialisme !

Au moment où la re-mondialisation du capitalisme qui a suivi la fin de l’URSS n’apporte que misère, guerres, fascisme, intégrisme, exterminations, catastrophes écologiques, les communistes doivent substituer l’analyse marxiste de leur histoire à la « repentance » sans fin, pratiquée par la direction du PCF et par les refondateurs.

Oui, la Révolution d’Octobre 17 a constitué le plus grand événement pour l’émancipation humaine depuis 1789 ! Oui les héros de Stalingrad méritent la gratitude de l’humanité pour avoir écrasé le nazisme au prix de sacrifices inouïs. Oui le PCF fut l’âme de la Résistance armée française ! Oui les ministres communistes de 1945 sont à l’origine de tous les grands acquis que la droite démolit aujourd’hui : Sécu, retraites, conventions collectives, statuts, droit du travail, nationalisations…

Non, la liquidation des Etats socialistes ne fut pas une « avancée de la liberté », quels qu’aient pu être les manquements des partis au pouvoir ; et c’est un processus contre-révolutionnaire qui a eu raison des acquis sociaux et humains que regrettent les peuples de l’Est, exploités désormais par des régimes cléricaux ou par des nostalgiques d’Hitler (pays baltes) !

Cela ne signifie pas qu’il nous faudrait idéaliser la première expérience historique de construction d’une société socialis-te. Mais il faut analyser cette expérience, ses contradictions, ses déviations, mais aussi ses avancées sociales, culturelles et démocratiques, à la lumière du marxisme, du combat de classe, du socialisme sans chausser les lunettes de la pensée unique anticommuniste ! Il est odieux de faire un amalgame entre le Troisième Reich exterminateur et la République des Soviets ouvriers et paysans, comme l’impose l’histoire officielle pour banaliser l’extrême droite, criminaliser la lutte anticapitaliste et vacciner la jeunesse contre le socialisme futur ! C’est sans dogmatisme mais avec fierté que nous assumons les noms des communistes Marx et Engels, de Lénine, de Rosa Luxemburg, Clara Zetkin et Dimitrov, de Babeuf et Varlin, de Rosmer, Jeanne Labourbe, Sémard, Thorez, Duclos, Danielle Casanova et Benoît Frachon, de Gramsci et Ho Chi Minh, du Che et de Fidel ! Avec fierté également, nous évoquons les Communards, les Bolcheviks, la Révolution chinoise, la Révolution cubaine, les Brigades internationales, les FTP, comme nous assumons l’héritage progressiste des grands révolutionnaires bourgeois, les Marat, Robespierre, Saint-Just, Garibaldi, Bolivar, Zapata et autres José Marti !

Nous réaffirmons que l’avenir de l’humanité sera communiste ou ne sera pas : car la mondialisation capitaliste creuse l’inégalité entre le nord et le sud, elle pille la planète et dévoie le progrès scientifique ; en Occident, une poignée de super-privilégiés étale un luxe indécent pendant que des millions de travailleurs pauvres couchent dans la rue ! A l’heure où la production et les échanges, de plus en plus internationalisés, conditionnent la vie de l’humanité, il est intolérable que les grands moyens de production et de communication soient accaparés par un nombre infime de financiers. Ce n’est plus seulement pour vivre mieux que la majorité des humains a intérêt à la construction d’une société débarrassée de l’exploitation de classe : alors que le capitalisme, et sa version la plus inhumaine, le néolibéralisme, mènent l’humanité à la barbarie, la marche au communisme est la seule issue pour que l’humanité survive et se développe au 21ème siècle en maîtrisant de manière rationnelle son développement solidaire et son rapport à l’environnement pour permettre à chacun de déployer tous ses talents !

Mais cela est impossible sans révolution socialiste, sans socialisation des grands moyens de production, sans pouvoir politique des travailleurs, sans démocratie pour le plus grand nombre, sans rôle dirigeant des travailleurs dans la société !

II- pour une stratégie révolutionnaire, pour un programme de rupture progressiste avec l’ Union Européenne!

La mutation a privé le PCF de sa raison d’être en le subordonnant au PS (« union de la gauche », « gauche plurielle »), en l’arrimant à l’Union Européenne (le Parti a renié l’indépendance nationale, il s’est affilié à la Gauche européenne et prône l’illusoire « réorientation » de l’Europe capitaliste!) et en l’amenant à abandonner la référence au marxisme et à la classe ouvrière. Le résultat c’est que nombre d’ouvriers ne votent plus, se réfugient dans le vote protestataire, ou pire, soutiennent leurs pires ennemis, Sarkozy et Le Pen !

En réalité, la sacro-sainte « construction européenne » est la stratégie fondamentale du grand capital ; celui-ci veut un Etat supranational pour asservir les travailleurs, dominer les pays de l’Est et du Sud, déployer sa guerre économique contre les autres impérialismes continentaux, Japon et USA (même si l’Europe est aujourd’hui vassale des USA).

Une vraie stratégie révolutionnaire doit donc unir autour de la classe ouvrière et des salariés un large rassemblement populaire majoritaire, comme celui qui s’est réalisé pour refuser la constitution européenne et qui a bien failli battre Maastricht en 1992. Ce rassemblement doit se fixer pour but de sortir la France de l’euro et de l’Union européenne supranationale car aucune politique sociale n’est possible à moins. Cette exigence est conforme à la volonté populaire : car la masse de ceux qui votèrent non en 2005 n’ont pas seulement rejeté la constitution, que peu avaient lue ; ils ont rejeté l’intégration européenne elle-même, dans sa double dimension : casse de la nation républicaine et casse des acquis sociaux et de l’emploi.

Ce rassemblement a pour condition l’unité d’action des travailleurs salariés, dont fait partie la majorité des chômeurs, retraités et étudiants ; cela impose de construire le tous ensemble dans les luttes, de défendre le syndicalisme de classe menacé par l’euro-syndicalisme d’accompagnement, d’impulser la solidarité de classe entre ouvriers français et immigrés.

Cela commande aussi de rassembler autour des ouvriers et des travailleurs salariés l’ensemble des couches dites moyennes précarisées par la mondialisation capitaliste et par l’Europe supranationale : majorité des cadres, paysans travailleurs, artisans, petits entrepreneurs écrasés par les « donneurs d’ordre » et dépendants au « marché local » et national.

Pour fédérer le peuple travailleur, il faut associer de nouveau, comme le fit le PCF en 36 et pendant la Résistance, le drapeau tricolore au drapeau rouge. Face au drapeau bleu de l’Europe et de l’UMP, face au racisme du FN et au national-européisme des Bayrou, Strauss-Kahn et Cie, il faut à nouveau unir la Marseillaise et l’Internationale pour briser le carcan européen, élargir les acquis de 36, 45 et 68, isoler le grand capital, impulser l’Europe des luttes et mettre des dizaines de millions de Français en situation d’affronter victorieusement le grand capital franco-européen.

Ainsi la question de la révolution socialiste pourra-t-elle se poser concrètement, comme ce fut le cas partout où les communistes surent unir combat social et émancipation nationale sans céder au nationalisme bourgeois. Cela suppose d’impulser la lutte contre l’impérialisme français, notamment en Afrique, et de soutenir fraternellement les travailleurs immigrés et leurs enfants en lutte contre le racisme d’Etat des faux patriotes au pouvoir !

C’est pourquoi je soutiens le programme commun de lutte adopté par la Gauche Communiste et par le PRCF (ci-joint) qui met l’accent sur la rupture avec l’UE et sur une démocratie radicalement nouvelle centrée sur les travailleurs.

Loin de conduire au repli hexagonal, sortir de l’UE permettrait à une République sociale française de promouvoir de nouveaux traités internationaux progressistes non limités à l’Europe. Ainsi, en Amérique latine, c’est en combinant luttes nationales et luttes sociales, en sortant des traités imposés par Washington, que Cuba et le Venezuela ont créé l’Alternative bolivarienne des Amériques, fondée, non sur la concurrence libre et non faussée (la guerre économique !) mais sur l’échange équitable entre les nations libres (par ex. Cuba envoie des médecins à Caracas et Chavez alimente Cuba en « or noir »).

Quelle force nous retrouverons si nous diffusions ensemble et massivement des tracts exposant un tel programme au moment où la gauche social-démocrate et ses satellites « antilibéraux » étale son impuissance !

III-pour reconstruire un vrai parti communiste, commençons par l’action commune !

Pour cela, nous n’avons besoin ni d’un « parti des gens » à l’affût des modes idéologiques, ni d’un parti-guide omniscient, mais d’un parti d’avant-garde marxiste, lié aux travailleurs et aux jeunes, capable de dialogue, mais porteur d’une ligne nettement révolutionnaire. Ce parti ne renaîtra pas en niant les structures qui se sont créées pour résister à la liquidation du PCF. Ces structures, il ne s’agit pas de les dénigrer en les traitant de « chapelles », car elles ont continué le combat communiste au moment des reniements des états-majors. Mais pour unir les communistes que la décomposition du PCF a dispersés, il faut développer le débat idéologique, l’analyse du monde actuel et surtout, l’intervention communiste dans les luttes.

C’est pourquoi je propose, à partir des axes de principe exposés dans ce texte et sur la base du programme ci-joint, de créer une Convergence Communiste d’Action. Sa tâche serait de coordonner les militants et groupes volontaires qui s’engageraient, sur la base du consensus à :

1 -se rencontrer avant l’été dans une large table ronde;

2 -décider d’une adresse aux participants à la Fête de l’Huma et aux travailleurs qui entreront à lutte à la rentrée;

3 -mettre en place un comité de liaison qui disposerait d’un site internet pour mettre à la disposition des communistes des tracts de masse sur tous les sujets d’actualité;

4 -préparer une grande action pour le 90ème anniversaire de la Révolution d’Octobre : il faut contrer les chasseurs de sorcières qui vont s’emparer de cet anniversaire pour appeler à criminaliser le communisme en Europe ! Soutenir à fond la Jeunesse communiste tchèque!

5 -militer contre toute constitution européenne pour sortir la France de l’Union Européenne sur des bases républicaines et anticapitalistes.

6 -soutenir pleinement Cuba socialiste menacée de nouvelles sanctions par l’Union Européenne et par l’impérialisme US;

7 -tout cela étant non limitatif…

On pourrait par la suite, si tous les participants de la nouvelle convergence en sont d’accord, renforcer les liens d’organisation quand la confiance politique aura été créée par l’habitude de l’action commune.

Voilà cher(e) camarade la démarche à la fois prudente et audacieuse que je souhaitais te soumettre. Tu pourras suivre sur les sites du PRCF et de la Gauche Communiste. Le devenir de cet appel, notamment en ce qui concerne le lieu et la date du premier rendez-vous unitaire de juin ou de juillet. Je te demande de répondre rapidement à ma proposition pour que je mesure si l’écho reçu par mon initiative vaut la peine de poursuivre… ou si le fatalisme est le plus fort.

Je t’adresse mes encouragements fraternels pour affronter en communiste la période qui s’annonce: notre peuple finira par se lever en masse, j’en suis convaincu. Si et seulement si les communistes trouvent la force de construire, de s’unir sur des principes clairs et de rompre avec le fatalisme et le cynisme ambiants !

Jusqu’à la limite de mes forces, j’aurai fait en tout cas ce qui dépend de moi pour perpétuer l’idéal qui a guidé toute mon action militante et parlementaire. Comme disait ironiquement Marx, « j’ai dit, et j’ai sauvé mon âme » !



Commentaires (2)
1. Léo le 24/04/2007 15:32
D'accord en tous points sur le constats et les défis à relever.
Il nous faut l'unité des communistes mais ça ne peut se faire que par el PCF, que tous les déçus de HUE qui affluent, c'est dans le congrès qui s'annonce qu'il nous faudra redresser fermement la barre!
2. PCF Paris 15 le 20/05/2007 21:15
Pour information

Réponse à la lettre d'appel "Groupons-nous et demain" de Georges HAGE
Réponse à la lettre d'appel "Groupons-nous et demain" reçue de notre camarade Georges HAGE, député communiste, doyen de l'Assemblée nationale.


Paris, le 14 mai 2007,

Cher camarade,

Nous avons bien reçu et lu avec grande attention le texte d’appel « Groupons-nous dès demain » que tu nous as fait parvenir entre les deux tours de l’élection présidentielle.

Cette réponse est d’abord pour nous l’occasion de te remercier pour ton incessante action militante, toujours fidèle aux idéaux communistes qui fondent notre engagement. Puisses-tu la poursuivre longtemps encore !

Ton texte comporte une analyse de la situation politique et une proposition d’organisation communiste.

Nous partageons, ce n’est guère une surprise pour nous, à quelques mots près, entièrement ton analyse. Le MEDEF et le capital espèrent s’être donné les moyens politiques d’aggraver brutalement et structurellement la politique menée depuis 20 ans à leur service.

Leur serviteur Sarkozy doit essentiellement sa victoire électorale à l’absence d’alternative à « gauche ». Celle-ci continue à peser lourdement sur les perspectives de rassemblements majoritaires contre les contre-réformes annoncées par le nouveau président.

La direction du PCF porte une part écrasante de responsabilité dans cette situation. Elle a tourné le dos aux positions fondamentales de notre parti que tu fais bien de répéter à nouveau. A l’occasion des élections, elle s’est ainsi détournée de tout le contenu qui fait l’utilité du vote communiste, notamment notre opposition totale à l’UE du capital.

Comme tu l’as écrit dans un autre texte, la candidature de Marie-George Buffet a été un OVNI politique. A proprement parler, le résultat de cette candidate de la « gauche populaire antilibérale » n’est pas celui du PCF, même s’il est abondamment utilisé pour nourrir la thèse du déclin final du Parti communiste.

En particulier par cette direction elle-même qui exclut toute autocritique ! Comme on prête la rage au chien que l’on veut tuer, elle met de plus en plus clairement à l’ordre du jour du congrès extraordinaire, qu’elle a annoncé, la question de la raison d’être même d’un parti communiste et l’intégration du PCF à une recomposition politique de la « gauche ». L’épisode des « collectifs » antilibéraux aura été une étape. La « Mutation » continue vers son but d’origine : la liquidation.

Nous sommes un certain nombre d’organisations du PCF, de groupes, de communistes à partager cette analyse, à refuser la fatalité de la disparition du Parti dans une mouvance social-démocrate, à juger que l’existence d’un parti communiste est plus indispensable que jamais pour combattre le capitalisme mondialisé.

Il n’y a pas pour nous d’engagement communiste sans parti, en France sans le Parti communiste français. La bataille essentielle pour l’existence d’un parti communiste en France, reste plus que jamais pour nous la bataille, à mener jusqu’au bout, pour le PCF.

Malgré sa direction, malgré la « Mutation », le PCF continue d’exister en France dans l’inconscient collectif comme le parti de masse et de classe du monde du travail. Il est parfaitement illusoire d’imaginer « reconstruire » un parti communiste hors du PCF et de son héritage irremplaçable.

Dans un texte du début de l’année, tu insistais sur la nécessité du « ressourcement » du PCF. Nous faisons nôtre cet objectif.

Nous pensons que l’heure est à la reconquête du PCF par les militants communistes, par l’avant-garde du mouvement ouvrier.

En aucun cas, nous n’imaginons ou avons jamais imaginé « remettre sur les rails de la lutte des classes » la direction mutante. Notre préoccupation est de faire vivre et développer le PCF, nos organisations locales sur ces rails, malgré la direction. Ses contradictions, entre la légitimité d’appareil et la volonté liquidatrice, deviendront rapidement insurmontables.

Nous comprenons bien pourquoi tant de camarades ont quitté le PCF ou en ont été écartés par la « Mutation ». Aujourd’hui, nous ne pouvons nous empêcher de penser à la force que nous représenterions tous ensemble face à des directions mutantes souvent fantoches, faibles, toujours incapables de défendre leur projet destructeur devant une assemblée de « vrais » communistes.

La « reconstruction » d’un parti communiste, privé de la légitimité historique du PCF, à partir de quelques organisations locales et de quelques groupes extérieurs est tout à fait improbable. Cette « construction » n’échapperait pas davantage aux yeux des masses au discrédit que la direction du PCF pourra encore causer à l’idée communiste.

L’action communiste dans (ou autour) du PCF est aussi le gage de l’unité des communistes. Nous avons déjà dix ans d’expérience peu concluante des regroupements, coordinations, convergences et autres comités de liaison d’opposants à la « Mutation ». Le choc stérilisant des esprits de chapelle est inévitable dès lors que des groupes, si honnêtes soient-ils, mais qui se donnent une vocation nationale, se retrouvent en concurrence.

Nous nous méfions en outre comme de la peste des entreprises entristes de groupes anticommunistes qui se nourrissent de la décomposition du PCF, en particulier du soi-disant « Parti des travailleurs ». Sous des avatars toujours renouvelés, OCI, PCI, MPPT, PT, associations ou collectifs divers, des positions fluctuant selon le vent de leur opportunisme, cette organisation ne poursuit qu’un objectif : la destruction du PCF. Nous ne cessons de mettre en garde les camarades, notamment les jeunes, qui n’ont pas fait l’expérience de leur malfaisance.

Ces réflexions nous amènent à répondre aux propositions contenues dans le dernier paragraphe de ta lettre de la façon suivante :

Nous approuvons toute forme d’échange et d’entraide permettant à chacun, organisations du PCF ou groupes communistes extérieurs de développer une action communiste parallèle. C’est déjà un peu le cas. Nous pouvons mieux faire.

Nous ne sommes pas partisans de créer une structure commune ayant « un pied dedans et un pied dehors » du PCF. Quelle que soit l’estime que nous portons à nos camarades, notamment du PRCF, cette démarche serait contradictoire avec notre analyse de l’importance de la bataille du PCF.

Pour notre part, nous invitons les camarades à réinvestir massivement leur parti, le PCF et ses organisations, à faire vivre, à recréer des cellules, des sections, dans une démarche de reconquête, sur une base de lutte.

Les directions à la dérive se permettent tout avec la « mutation-liquidation ». Imposons un point de vue, une ligne d’action communistes clairs et fidèle à notre engagement !

Des dizaines d’organisations du PCF, cellules, sections, fédération(s) s’engagent dans cette démarche ou sont prêtes à le faire.

Nous pourrons rassembler beaucoup si nous résistons au processus de décomposition.

Parce que le PCF reste un grand parti à l’Histoire auquel tu as donné une contribution à bien des aspects exemplaire.

Nous t’adressons, cher camarade, cher Georges, nos salutations les plus fraternelles,

Le secrétariat de section du PCF Paris 15ème
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