L’inconnu de Tours sauve une femme dans la rue: était-il sans abri, recherché?

Henri Vario-Nouioua

A Tours, fin décembre dernier, un inconnu a sauvé la vie d’une femme atteinte d’un malaise cardiaque. La rescapée recherche aujourd’hui son sauveteur pour le remercier, celui-ci ayant pris soin de s’esquiver avant que d’être identifié.

L’inconnu de Tours sauve une femme dans la rue: était-il sans abri, recherché?
Si j’étais cette personne, je ne me révèlerais pas. Car, au fond, un autre passant aurait pu accomplir le même geste ou distraire cette femme de la douleur, lui prodiguant du réconfort avant l’arrivée des secours.
Voilà qui relativise, sans la dégrader, la portée de son geste.
En revanche, le fait de rester dans l’anonymat caractérise ce sauvetage comme celui de n’importe quel passant, expression d’une solidarité universelle, ou inconditionnelle, qui ne serait donc pas exceptionnelle.
Voilà qui confère à ce geste toute sa grandeur et nous rend quelque espoir.
Mais la réalité est toute autre et nos espérances sont battues à plates coutures dès lors que la femme lance un appel sur les ondes et que l’animateur radio s’en empare, trop heureux de diffuser autre chose qu’un « wanted ». Dommage, la radio rend à César ce qui lui appartient : l’inconnu est bien une personne d’exception et nous autres de pauvres couillons.

On peut aussi imaginer ce sauveteur, jusque là inconnu, dans quelque abri improvisé pour les sans-papiers. Nous n’en connaissons pas à Tours, peut-être se cache-t-il à Angers où, selon Ouest France du 16 nov. 2012, la préfecture a réquisitionné un gymnase de l’Armée, rue du Gal Bizot, pour accueillir la nuit les demandeurs d’asile ; un refuge avec gardien mais sans chauffage ni douche ni repas. Ou bien, plus simplement, notre inconnu est-il sous les feux de la Justice. A ce propos, nous n’avons pas eu l’opportunité de voir «A l’ombre de la République», documentaire de Stéphane Mercurio qui dresse un bilan terrible des carences financières et réformes catastrophiques. On découvre ainsi que les travaux forcés n’ont pas été tout à abolis et qu’un détenu frappé de maladie psychiatrique est privé de visites ou que d’autres sont gavés de médicaments pour être plus malléables. Ce documentaire ne vise pas spécifiquement la prison d’Angers, même si, Place du Ralliement ou ailleurs, des associations angevines, dont la Ligue des droits de l’homme, ont proposé une pétition dénonçant les conditions d’incarcération de la prison d’Angers. Il y avait même la reproduction grandeur nature d’une cellule, 9 m2, des toilettes sans rideau, des barreaux. Bien sûr, nous y sommes entrés comme tant d’autres. Et un farceur nous y a enfermés. Pas si mal: il faisait si froid dehors, un rayon de soleil filtrait à travers le mince vitrage.et le Maire, Frédéric Béatse, était, nous a-t-on dit, incognito, parmi nous. Pas si mal d’autant que, même si nous humains manquons d’intelligence, nous sommes tout de même suffisamment pragmatiques pour envisager d’abolir la prison contre des systèmes de surveillance électronique déjà existants.
Retour à notre sauveteur anonyme. Quelqu’un a-t-il pensé que, porteur d’un bracelet électronique défaillant et ayant échappé au périmètre qui lui était assigné, il n’avait aucun intérêt à se signaler ? Voilà qui suscite l’interrogation quant à la valeur du geste: le sauvetage d’un condamné a-t-il le même poids que celui d’un homme sans reproches ?
Ce n’est que quelque jours plus tard que le Guetteur du Lac de Maine nous donna la réponse. Mais je na sais pas si elle publiable. On verra bien.


Commentaires (0)
Nouveau commentaire :