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Histoire du mouvement social et communiste

« Le plan est prêt monsieur le vice-président. Nous attendons votre feu vert. » Allen Dulles, le chef de la CIA, annonçait ainsi à Richard Nixon en 1960 le possible déclenchement de l’invasion de Cuba


Il y a cinquante ans, le 17 avril 1961,  La Baie des cochons où le fiasco yankee
Depuis plusieurs semaines, le service action de la centrale nord-américaine avait mis au point l’opération : recrutement d’émigrés cubains, collaboration avec la Mafia, préparation de bombardements par des appareils camouflés et stationnés au Nicaragua.

Le président Eisenhower mit en garde Nixon, candidat à sa succession : « Laissons passer l’élection. Vous aurez ainsi les mains libres. » Richard Nixon perdit le scrutin d’un fil (quelques dizaines de milliers de voix) au profit de John F. Kennedy. La CIA programma le débarquement pour le 17 avril 1961. Kennedy approuva.

Washington avait pris la décision d’en finir avec « l’épisode Castro ». Au début de la victoire des barbudos, Nixon confiait à ses proches : « Ce Fidel, nous allons le mettre dans notre poche. C’est un idéaliste, pas un communiste. Nous en ferons notre potiche, comme les autres. » Au fil des semaines, le discours anti impérialiste du leader cubain enflait chaque jour davantage. Surtout, la révolution engageait une nouvelle politique agraire, récupérait les terres possédées par des grandes sociétés étrangères pour la plupart nord-américaines. C’est connu. Dès qu’on tape dans leurs caisses, les multinationales US et leurs hommes lige voient rouge. Et comme les nouvelles autorités de La Havane tissaient – en pleine guerre froide - des liens avec Moscou, la rage s’empara de l’élite politico-économique nord-américaine.

Les Etats-Unis décidèrent le blocus de l’île : le tristement célèbre embargo pénalisant dans le même mouvement les entreprises européennes et mondiales souhaitant maintenir une relation économique avec Cuba. Tous les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et La Havane furent annulés, les relations diplomatiques rompues par Eisenhower qui confiaient à ses conseillers : « Ce connard de Nixon n’a rien vu venir, à la CIA de jouer ». Les préparatifs du débarquement à Playa Larga et Playa Giron au fond et à l’entrée orientale de la baie des cochons, à 200 kilomètres au sud-est de La Havane furent menés tambour battant. Et c’est J. Kennedy qui récupéra – pas très content du cadeau, dit-on - l’affaire et donna le feu vert pour une lamentable opération.

Le débarquement fut précédé d’une campagne d’intoxication. L’opinion internationale devait être convaincue que le peuple cubain, écrasé par la dictature de Fidel Castro, se révoltait, prenait les armes et demandait de l’aide internationale. Miami n’était pas loin. Faire démarrer l’expédition depuis cette ville repère de la mafia et de toute la pègre liée à l’ancien régime ne convenait pas aux chefs de la CIA. « Cela la foutrait mal », affirmait à ses collaborateurs Allen Dulles qui choisit le Nicaragua comme base de départ. Le dictateur local, Somoza, n’avait rien à refuser à ses protecteurs yankees.

Le samedi 15 avril au matin, six bombardiers US B26 repeints aux couleurs cubaines, en violation des conventions internationales, décollent du Nicaragua et se lancent contre les aéroports de La Havane et de Santiago. La plupart des vieux coucous de l’armée cubaine sont détruits au sol. Seuls neuf appareils n’ont pas été atteints. Ils joueront un rôle décisif dans les combats. Un des pilotes patriotes, Roberto, me racontera plus tard à La Havane sa bataille « jusqu’à épuisement ». «J’étais en vol d’entraînement lorsque les B26 déversèrent leurs bombes sur l’aéroport de La Havane où je devais me poser. Je n’avais pratiquement plus de carburant. Il fallait absolument atterrir. Les yankees ne savaient pas qu’une base de repli avait été installée quelques semaines auparavant, notre service embryonnaire de renseignements ayant mis en garde contre une possible opération aérienne. Quarante huit heures après, lors du débarquement des mercenaires nous avons pris notre revanche. Je peux te dire qu’ils ont dégusté. »

17 avril 1961, 1h15. La brigade 2506 débarque en deux endroits à Playa Larga et Playa Giron. Au large, des bâtiments de guerre US assurent la coordination et la logistique. Une fois la tête de pont installé, des barges doivent déposer d’autres hommes, de l’armement lourd et du matériel de transmission. Objectif : couper l’ile en deux, puis avec l’aide ou la passivité de la population l’envoi d’un corps expéditionnaire constitué de Marines US. La base nord-américaine installée à Guantanamo en alerte maximale devait procéder, selon le plan de la CIA, au contrôle de toute la partie orientale de l’île. C’était sans compter sur la mobilisation du peuple cubain.

Fidel Castro prend personnellement la direction de la riposte. Il lance un appel à la radio : « Venez défendre votre révolution. Et il ajoute : » Ce que les impérialistes ne peuvent nous pardonner, c’est d’avoir fait triompher une révolution socialiste juste sous le nez des Etats-Unis. »

Quelques vieux chars russes T-34 et surtout une armée de volontaires vont mettre fin à l’agression. Des camions déversent des milliers d’hommes et de femmes venus des quatre coins du pays porteurs d’un armement hétéroclite. C’est une masse humaine qui obligea les mercenaires à déposer les armes. Sur les 1600 hommes de la brigade, 1500 furent fait prisonniers au bout de 72 heures.

A Washington, Kennedy suivait à la minute le déroulement de l’expédition. Dans le bureau ovale, le chef de la CIA, les hiérarques militaires n’en menaient pas large. L’opération s’achevait sur une déroute pitoyable. Quelques jours plus tard, ce fut la honte : les autorités cubaines laissaient la vie sauve à tous ceux qu’ils qualifiaient de « gusanos » (vermine) et les revendaient contre leur poids en médicaments et une coquette somme en dollars.

Quelques années plus tard, lors d’une cérémonie à laquelle j’assistais, Fidel Castro commentait en ces termes l’épisode de la Baie des cochons : « Tout ce qui a trait à l’épisode de Giron a été fourberie, violation flagrante du droit international, perfidie et crime. La ténébreuse CIA a dépensé des dizaines de millions de dollars pour recruter, entraîner et équiper des mercenaires : latifundiaires, bourgeois, vendus, criminels de guerre, toxicomanes, vulgaires délinquants et lumpens. Sa stratégie s’est doublée de plans d’assassinats de dirigeants de la Révolution cubaine, en vue de quoi elle n’a pas hésité à faire appel à des chefs notoires de la mafia, à des bactéries, à des explosifs et aux méthodes criminelles les plus sophistiquées. Des dizaines d’agents et des milliers d’armes ont été préalablement introduits dans notre pays, par avion ou par bateau, à toute heure du jour et de la nuit. Leurs bases d’entraînement ont été installées dans un Etat d’Amérique centrale, et les points d’embarquement et les aérodromes dans un autre. Le 15 avril 1961, par une aube tranquille et sans nuages, des bombardiers yankees peints aux insignes cubains ont attaqué les bases de nos forces aériennes, constituées par quelques rares avions, vieillots et mal en point, et par seulement une demi-douzaine de pilotes. Le représentant des Etats-Unis auprès des Nations unies y déclarait avec un cynisme sans égal que ces avions faisaient partie de nos forces aériennes qui s’étaient soulevées. Tout s’est déroulé avec le silence complice et bien souvent la collaboration de la majorité des gouvernements latino-américains, avec l’approbation et l’appui de l’Organisation des Etats américains (OEA). Jamais dans l’histoire de notre continent, on n’avait fait preuve de tant de corruption, de cynisme, de lâcheté, d’immoralité et de forfaiture pour réaliser une action militaire et politique. Voilà ce que symbolise l’attaque mercenaire de la Baie des Cochons. Aujourd’hui, on connaît en détail tous ces faits, y compris grâce aux révélations des auteurs et des participants directs. L’histoire de l’impérialisme s’écrit ainsi, sans que celui-ci et ses misérables complices, malgré les confessions opportunistes auxquelles ils se voient contraints, cherchent en quoi que ce soit à s’amender. L’expérience démontre toutefois que l’impérialisme ne peut arrêter la marche victorieuse des peuples en dépit de ces ressources fabuleuses mises au service de la réaction, de la subversion et du crime. »

L’année suivante éclatait la crise des fusées. Tous les présidents des Etats-Unis, y compris aujourd’hui Barack Obama, ont reconduit l’embargo, protégé les pires assassins et terroristes coupables de crimes comme l’explosion en plein vol d’un vol de la Cubana ou contre des hôtels touristiques. Faut-il ajouter les sabotages, les tentatives d’assassinats contre les dirigeants de la révolution, la condamnation de cinq agents cubains en mission antiterroriste, le financement des opposants, la poursuite de l’intoxication de l’opinion publique internationale avec ses relais européens, notamment en France ?

La déroute de la Baie des cochons est restée gravée dans la mémoire des chefs politiques et militaires nord-américains et de leurs descendants. La victoire remportée grâce à une mobilisation sans précédent de la population demeure un des grands moments de la révolution cubaine. Une référence pour les combats d’aujourd’hui et de demain.

Un pays sous embargo depuis plus de 50 ans. Qui dit mieux ? Une île soumise aux pires actes terroristes montés par la première puissance mondiale. Qui dit mieux ? Une nation abandonnée pendant un temps perdant 80 % de ses importations 85% de ses exportations à la mort de l’URSS ? Qui dit mieux ? Un pays du Tiers monde de douze millions d’habitants où l’espérance de vie atteint 76 ans, qui rafle les médailles d’or aux jeux olympiques, éduque et soigne gratuitement tous ses enfants, forme les meilleurs scientifiques de la région, accorde la solidarité médicale à de nombreux pays victimes de catastrophes naturelles comme Haïti. Qui dit mieux ? La révolution cubaine conserve, malgré le temps passant et toutes les difficultés, une énorme sympathie des peuples d’Amérique du Sud. Qui dit mieux ?

L’épisode de la Baie des cochons a renforcé le sentiment de conquête des Cubains. Bien entendu, une frange d’entre eux préfère les discours des sirènes venus depuis Miami, le mirage capitaliste et accepte bien volontiers « l’aide technique » des officines nord-américaines dont les budgets viennent d’être augmentés par Barack Obama. Pourtant, la grande masse des Cubains, même ceux qui expriment des critiques contre le régime, ne laisserait pas que l’on rogne leur souveraineté et leurs conquêtes sociales et sociétales. L’épisode de la Baie des cochons n’est pas étranger à cet état d’esprit.

José Fort

Nicolas Maury
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