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Espace post-soviétique (URSS)

Interview accordée à RIA Novosti par Leonid Gratch, député communiste du parlement ukrainien


L’autonomie de la Crimée a sauvé les relations entre l’Ukraine et la Russie
Dans une interview accordéeà RIA Novosti, l'homme politique se souvient de la préparation du référendum et explique la raison pour laquelle l’Ukraine a réussi à conserver la Crimée.

Le référendum sur le rétablissement de la république socialiste soviétique autonome de Crimée (RSSAC) il y a 20 ans a permis de préserver la paix en Crimée, affirme Leonid Gratch, député communiste du parlement ukrainien, qui était à la tête du groupe de spécialistes travaillant sur le premier mécanisme de l’histoire de l’URSS de manifestation de la volonté du peuple lors de la préparation du référendum.

Nota bene: après l’effondrement de l’URSS et l’interdiction du PCUS, Leonid Gratch a participé à la création du Parti communiste d’Ukraine (PCU), a dirigé le comité régional du PCU en Crimée pendant plus de 17 ans, et a été président du parlement criméen de 1998 à 2002. Il y a environ un mois, le député a été exclu du PCU en raison de différends avec la direction du parti. Cependant il demeure le plus influent représentant de l’idéologie communiste en Crimée.

-Monsieur Gratch, d'où venait l’initiative d’organiser le référendum, de la Crimée, de Kiev ou de Moscou? En 1990, qui a voulu rétablir le statut autonome de la Crimée et pourquoi?

C’était une idée de la Crimée, l’initiative appartenait au comité régional de Crimée du PCUS. Au départ, en avril 1990, le décret sur le référendum a été adopté par le plénum du comité régional du PCUS, puis le 12 novembre ce décret a été adopté par le soviet régional. Nous n’étions pas des prophètes et ne pouvions pas prévoir que l’Union soviétique s’effondrerait. Nous étions motivés par les changements intervenus dans la situation interethnique en Crimée en raison du retour des Tatars de Crimée. Il paraissait clair qu’ils avaient non seulement l'intention de s’installer en Crimée, mais également de rétablir leurs droits particuliers. Les Tatars de Crimée ont exigé de rétablir en Crimée leur autonomie ethnique, or on ne pouvait pas l’admettre. L’autonomie devait devenir une maison pour tous les peuples.

-Comment les dirigeants ukrainiens et soviétiques ont-ils interprété l’initiative de la Crimée?

Indifférence totale, ni aide, ni interdictions. A la fin de 1990, les autorités de Moscou ne s’intéressaient plus à rien, sauf à leur propre sort. Et à l’époque Kiev ne s'intéressait que de très loin à la Crimée. Tous ont adopté une position attentiste. Avant d’organiser le référendum, nous devions comprendre comment procéder. En tant que second secrétaire du comité régional du PCUS, responsable du personnel, de l’idéologie, des relations interethniques et président de la commission du soviet régional de Crimée pour les relations interethniques, j’ai réussi à réunir autour de moi un groupe de compagnons d’idées, de créer une ossature, un générateur d’idée.

-La question du référendum n’est pas formulée de manière logique: il y est question du "rétablissement" de la république de Crimée en tant que "participant au Traité de l’union." Cependant, la république de Crimée qui a existé de 1924 à 1945, faisait partie de la RSFSR (République socialiste fédérative soviétique de Russie)et ne participait pas au traité sur la formation de l’URSS. Pourquoi cette formulation a-t-elle été précisément choisie, qu'est-ce que cela sous-entendait?

L’auteur de cette phrase est Leonid Kravtchouk, président du Soviet suprême de la république ukrainienne de l’époque. A cette période il cherchait à passer du communisme au nationalisme, et l’idée du référendum en Crimée ne le réjouissait pas particulièrement. Kravtchouk est arrivé en Crimée à la veille de la réunion du soviet régional. Le soir, lors d'un dîner, Kravtchouk a essayé de me convaincre que le référendum n’était pas nécessaire. Il disait garantir le statut de l’autonomie "en supplément." Il était soutenu par le président du soviet régional de Crimée, Nikolaï Bagrov. Nous nous sommes quittés sans pouvoir nous mettre d’accord.

Sur le chemin de retour, conscient que le lendemain Kravtchouk et Bagrov tenteraient d’influencer les députés par leur statut, j’ai décidé de profiter de la politique de "transparence" qui était crainte par les fonctionnaires. J’ai appelé le directeur de la télévision de Crimée, Anatoli Doudoura, et je lui ai demandé d’organiser une retransmission en direct de la réunion du soviet. Une station mobile de télévision a été déployée devant le bâtiment avant le début de la réunion, avec les caméras, les câbles et tous les équipements nécessaires. Pendant la réunion la question du référendum a été soulevée. J’ai fait mon compte rendu, Kravtchouk a exprimé ses arguments contre, Bagrov n'a pas dit un mot. Je vois que la salle est confuse: personne ne comprend comment voter et ce que la direction attend. En montant à la tribune pour clore la séance, j’ai joué le tout pour le tout.

Selon le règlement, la question doit être soumise au vote par le président, or j’ai dit moi-même: "qui est pour?" Les bras se sont levés, on a procédé au comptage et la "bataille" a été remportée.

La question approuvée pour le référendum a été la suivante: "Etes-vous favorable au rétablissement de la république autonome de Crimée?" Kravtchouk, comprenant qu’il avait perdu et voulant probablement sauver la face a proposé d’y apporter une rectification. Il a pris le bulletin et a ajouté à la fin "… en tant que membre du Traite de l'union." Le soviet régional a approuvé l’amendement.

-Est-ce que les avantages et les inconvénients du statut autonome ont été discutés? Les électeurs pouvaient-ils prendre connaissance des divers point de vue à ce sujet?

Le débat était très animé! Nous avons utilisé les éditions du parti, le journal Krymskaïa pravda (la vérité de la Crimée), la radio, la télévision. Les groupes de conférenciers, les scientifiques et les militans du parti (communiste) passaient leur temps dans les entreprises et rencontraient les travailleurs.

Au début, beaucoup ne comprenaient pas ce qu’est un référendum. Puis une gamme très large de points de vue s’est constituée: il y avait des partisans de l’octroi à la Crimée du statut d’une république au sein de l’Union soviétique ou d’autonomie rattachée à la Russie, et ceux qui voulaient y créer une autonomie crimo-tatare ou laisser tout comme avant, c’est-à-dire la région de Crimée au sein de l’Ukraine.

J’avais seulement 43 ans à l’époque, mais quelques jours après le référendum j’ai eu un grave infarctus, ce qui témoigne de l’intensité de ce travail et du stress émotionnel. Mais nous n’avons pas permis à Kiev de nous offrir l’autonomie. Il était facile de reprendre ce cadeau, or seul un autre référendum permettrait d’annuler les résultats du premier. Des personnes dignes de confiance m’avaient raconté que notre succès avait poussé les autorités de l’URSS à prendre la décision d’organiser en mars un référendum sur le maintien de l’Union soviétique.

-La majorité de la population de la Crimée a voté pour le maintien de l’URSS, mais en automne l’Union s’était déjà effondrée. Y avait-il à l’époque une chance de "s’accrocher" à la phrase sur le statut de la Crimée en tant que membre du Traité de l’Union et quitter l’Ukraine?

Non. Car l’Ukraine avait besoin de la Crimée, et Moscou ne voulait pas entendre parler du problème de la Crimée avant le départ de Boris Eltsine. Au début des années 1990, il ne dépendait que des autorités russes que le peuple de Crimée puisse se prononcer sur la décision de 1954 (transfert de la région de Crimée de la RSFSR à la république ukrainienne – RIA Novosti). L’unanimité de la communauté de Crimée à l’égard de cette question au début des années 1990 était absolue. Mais sans la participation de la Russie, la population de la Crimée ne pouvait pas régler ce problème, et Moscou avait d’autres chats à fouetter.

-Au cours des prochaines années, les compétence des autorités de la Crimée se sont amenuisées peu à peu…

L’autonomie était traitée n'importe comment. En 1992, le Soviet suprême dirigé par Nikolaï Bagrov a adopté la constitution de la Crimée, en fait la constitution d’un Etat autonome. J’ai voté contre car j’étais conscient que cela provoquerait un conflit avec Kiev. Quelques jours plus tard Kravtchouk a convoqué Bagrov à Kiev, ce dernier a fait l’aller-retour, a convoqué une session, et le Soviet suprême a annulé les dispositions principales de la constitution adoptée trois jours auparavant. La facilité du premier succès a laissé les mains libres à Kiev pour continuer de restreindre le pouvoir de l’autonomie. La frappe suivante a été portée en 1995 lorsque Koutchma a anticonstitutionnellement aboli le système présidentiel. On peut penser ce que l’on veut de Mechkov (le seul président de la Crimée en 1994-1995 – RIA Novosti) mais il a été un président légitimement élu, et la majorité de la population de Crimée le soutenait.

La confrontation entre Simferopol (capitale de la Crimée, NdlR)et Kiev a conduit à un regain de criminalité dans la péninsule: les assassinats dans les rues étaient chose courante, les gens avaient peur de quitter leurs domiciles. La Crimée a vécu dans un état d’instabilité pendant sept ans, jusqu’à ce qu’en octobre 1998 le Soviet suprême de Crimée sous ma direction adopte une nouvelle constitution.

-A votre avis, peut-on parler de l’autonomie réelle et non formelle de la Crimée? Est-ce que la Crimée possède des compétences que d’autres régions d’Ukraine n’ont pas?

Pratiquement pas. Aujourd’hui, la constitution de la Crimée est une formalité, un bout de papier. La constitution inclut par exemple une loi stipulant que tous les impôts recueillis demeurent sur le territoire et sont utilisés pour les besoins de la Crimée. Or aujourd’hui, on recueille jusqu’à 10 milliards de hryvnias (environ 930 millions d’euros) par an et seulement 1,5 milliards (environ 140 millions d’euros) restent en Crimée, le reste s'en va à Kiev. Une partie revient ensuite sous la forme de transferts. Conformément à la constitution, la Crimée a le droit de mener sa propre politique fiscale, de coopérer avec les Etats qui entretiennent des relations diplomatiques avec l’Ukraine. Mais ces lois ne sont pas respectées.

-Alors qu’est-ce que le statut d’autonomie a apporté à la Crimée?

Commençons par le fait qu’il a sauvé les relations entre l’Ukraine et la Russie. En l’absence de l’autonomie, on aurait assisté à des cataclysmes bien plus graves qu’en Abkhazie, en Ossétie du Sud et en Transnistrie, car ces régions n’ont pas le même poids géopolitique et géostratégique que la Crimée. Et car dans ces régions les contradictions sont extérieures, or après le retour des Tatars de Crimée, nous étions également confrontés aux tensions internes. L’autonomie a été le fétu de paille auquel nous nous sommes agrippés et nous nous y tenons toujours. La flotte de la mer Noire de Russie a bien sûr contribué à l’amélioration de la situation et, à mon avis, elle demeure toujours un facteur stabilisateur crucial.

Ce que le statut d’autonomie apportera à la Crimée à l’avenir dépend principalement de la Russie. Elle est capable d’établir des relations avec l’Ukraine de manière à ce que Kiev respecte le statut autonome de la Crimée, les compétences de la république et l’opinion de la population de la Crimée. Cette dernière a un lien génétique avec la Russie et elle pourrait constituer un pont entre la Russie et l’Ukraine, une force qui dirait: chers pays fraternels, vous devez être ensemble.

Propos recueillis par Dmitri Jmoutsky.

Nicolas Maury
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