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Nicolas Maury Militant PCF Istres






 


Actualités et informations

Vendredi 17 Août 2007

Des archives, « les bijoux de famille », ont été rendu publiques il y a quelques semaines par la célèbre agence. Vingt ans d’histoire d’activités illégales et de coups tordus.


La CIA agence du crime d'Etat
« Je peux déclarer, et sous serment si nécessaire, que la CIA na jamais effectué d'assassinat politique ni na jamais provoqué ou suggéré que de tels assassinats aient lieu. Peut-être suis-je trop sensible, mais j'ose espérer que vous porterez cela à la connaissance de vos lecteurs. » Cette affirmation se trouve dans une lettre adressée le 29 janvier 1972 à Lloyd Sherar, directeur du magazine de Los Angeles Parade, par William Colby, alors directeur exécutif et chef des opérations de la CIA.

Il avait été précédemment, pour le compte de la CIA l'organisateur de l'opération Phénix, un gigantesque programme terroriste d'assassinats politiques de civils vietnamiens soupçonnés d'être des « communistes », qui coûta la vie à au moins quarante mille personnes. La lettre de Colby, ses différents brouillons et l'échange de correspondances avec le directeur de Parade, dont un journaliste avait osé écrire que la CIA « a utilisé l’ assassinat politique comme une arme » constituent les derniers documents dune série officiellement appelée « les bijoux de famille » de la CIA. Ces fiches ont été rendues publiques le 26 juin dernier par l'actuel directeur de la CIA, Michael V. Hayden, quinze ans après la demande déposée au nom de la loi sur la liberté d'information par le centre de recherches indépendant, « National Security Archive ».

LES RÉVÉLATIONS DE « GORGE PROFONDE »

Les « bijoux de famille » rassemblent, selon ses initiateurs, des notes de synthèse toutes marquées du tampon « secret–regard uniquement »– « des récapitulatifs d'actions menées par le passé » (de mars 1959 à mai 1973 – NDLR) qui « entrent en conflit avec les dispositions de la loi sur la sécurité nationale de 1947 » et « gardent un potentiel d ’affolement actif », si elles étaient rendues publiques, affirme une note datée du 16 mai 1973 du directeur de la sécurité de l'Agence Howard J. Osborne. Il s'agissait par conséquent de maintenir au fond du placard des secrets totalement impubliables. On était alors en pleine crise de destitution du président Richard Nixon, pris la main dans le sac après l'arrestation, le 17 juin 1972 de cinq « plombiers », des agents de la CIA qu'il avait envoyés cambrioler le siège du Parti démocrate dans l'immeuble du Watergate, à Washington. Révélations après révélations dans la presse, avec de mystérieuses sources comme ce fantôme surnommé « Gorge profonde », le délire policier et la paranoïa de surveillance planétaire d'un régime englué dans la guerre du Vietnam furent l'objet de commissions d'enquêtes du Congrès américain, contraint d'agir face à une opinion par les révélations quotidiennes d'horreurs commises en son nom par le pouvoir. L'histoire des actions des services et polices secrets est, par définition, celle de l'illégalité et du crime, commis au nom de la raison d'État. On a pour habitude de stigmatiser les régimes autoritaires, précisément du fait de l'omniprésence dans le système de gouvernement des polices secrètes et autres escadrons de la mort. Mais lorsqu il s'agit de régimes prétendant, au nom de démocratie, tuer, torturer, violer, renverser des gouvernements démocratiquement élus, le scandale est d ’autant plus révoltant.

UNE AGENCE NÉE DE LA GUERRE FROIDE

Les États-Unis, fondés sur le principe du moins de gouvernement possible, n'avaient pas de services de renseigne- ment central jusqu'en 1947, année au cours de laquelle fut votée la loi sur la sécurité nationale (National Security Act), créant tout à la fois un secrétariat (ministère) à la Défense, un état-major inter- armes et l'Agence centrale de renseignement – CIA. Ce service n'avait, selon la loi, que le droit de « regrouper et dévaluer » le renseigne- ment. Il lui était, intrinsèquement, interdit d'espionner les citoyens américains. Les législateurs états-uniens étaient en effet très réticents. David Wise cite l'interpellation du secrétaire à la Marine, James Forrestal par Clarence J. Brown, un élu républicain de l'Ohio en août 1947 : « Jusqu-où iront l'autorité et les compétences de cette CIA ? Il s'agit dune véritable rupture avec ce que nous avons fait dans le passé aux États-Unis. Je souhaite certes un service de renseignement militaire à l'étranger le meilleur possible, mais je ne suis pas intéressé à la création, ici aux États-Unis, de quelque agence que ce soit, sous quelque président que ce soit, (…) et tout simplement autoriser [ce dernier] à avoir une Gestapo à lui, sil a envie d'en avoir une. »

Le texte législatif – toujours en vigueur – précise que l'agence de renseignement « n'aura ni pouvoir de police et d'inculpation judiciaire, ni fonction de sécurité intérieure ». Mais une clause passée inaperçue à l'époque, a ouvert la voie à la légitimation de toutes les exactions : la CIA pouvait être appelée à fournir aux institutions de renseignement et d'investigation déjà existantes, telles le FBI (Bureau fédéral d'investigation) par exemple, « des services supplémentaires d'intérêt commun ». Pire, elle avait été habilitée à protéger « les méthodes et sources de renseignement de toute divulgation non autorisée ». En fait, l'implication intérieure de la CIA en a fait dès les premières années une véritable police politique secrète incontrôlable, selon le principe du « pas vu, pas pris ». Écoutes téléphoniques, ouverture de courrier, interrogatoires clandestins, menaces en tous genres, chantages et effraction de domiciles de citoyens « suspects d'activités antigouvernementales », étaient dès les années 1950 devenus lune des activités centrales de l'Agence, toujours sous l'autorité directe des présidents successifs des États-Unis. Rivale du FBI, la CIA se retrouvait aux côtés de la police d'état avec une même obsession : l'anticommunisme et la chasse à tout ce qui pourrait paraître subversif, comme par exemple le syndicalisme – déjà souvent noyauté par un assemblage nauséabond de mafieux, d'agents doubles ou triples et de dirigeants corrompus comme par exemple Jimmy Hoffa le patron du syndicat des camionneurs – ou encore, à partir des années 1960, la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains et celle contre la guerre du Vietnam. Les « bijoux de famille », ce sont plus de 700 photocopies numérotées et souvent presque illisibles – au moins une centaine ne sont que des pages blanches ou occultées – d'un vrac composé de notes diverses sans ordre apparent, de bordereaux d'envoi, de pièces sans queue ni tête comme celles portant sur un obscur différend financier – environ 15000 dollars – avec le FBI, ou encore sur le nombre de timbres à payer pour l'envoi de lettres du président Johnson.

L'ÉTAT, TORTIONNAIRE ET TERRORISTE LÉGAL

Ce sont des documents fastidieux à lire, tant leur style est cimenté dans la langue de bois bureaucratique. Mais un travail de décryptage et de recoupement, notamment avec les révélations des commissions d'enquête parlementaires du dé- but des années soixante-dix – constituées après la révélation du Watergate – permet de cerner le caractère véritablement criminel de l'agence de renseignements. Et c'est dans ce sens que les « bijoux » sont en réalité des déchets ultimes à partir des- quels on peut reconstituer une histoire de l'infamie. Aujourd'hui, sous la férule de l'oligarchie au pou- voir à Washington, l'état est devenu légalement policier, tortionnaire et terroriste, avec son Patriot Act liberticide, ses prisons secrètes de la CIA et sa prétendue « guerre durable contre le terrorisme ». Et pourtant aucune commission parlementaire d'enquête na été réclamée à ce jour. C'est la raison pour laquelle, les « bijoux de famille » nous rappellent aussi le courageux combat, dans les années soixante-dix, de citoyens et d'élus états- uniens contre l'arbitraire.

Nicolas Maury
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