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Nicolas Maury Militant PCF Istres






 



Histoire du mouvement social et communiste

Notre journal a soixante-douze ans Sans vouloir refaire l’histoire à la lumière des enjeux d’aujourd’hui ni sombrer dans une vision nostalgique du passé, on peut dire que la Terre a marqué la paysannerie française et pris toute sa part dans les luttes et les initiatives pour que vive un monde rural riche de sa diversité, dynamique et solidaire, ouvert sur le monde. Bref aperçu d’une longue histoire


La Terre, une page d’histoire de la France rurale
LES ORIGINES, LA NAISSANCE ET LA RESISTANCE

« Hebdomadaire communiste de défense des paysans de France », La Terre, dont le premier numéro paraît le 30 janvier 1937, est issu du grand mouvement de luttes sociales et de la victoire électorale du Front populaire. Mais il n’aurait pas vu le jour sans la ténacité de Waldeck Rochet et de quelques autres dirigeants communistes issus du monde rural. Car l’alliance d’une partie importante de la paysannerie avec la « classe ouvrière » et son adhésion aux idées progressistes de la gauche du Front populaire n’avaient rien d’évident. Pas plus que la création, par le Parti communiste français, d’un hebdomadaire national dont la manchette du premier numéro indiquait : « Paysan, voici ton journal ! » Hormis dans quelques bastions de la paysannerie laïque et rouge situés dans le Sud-Ouest, le Périgord-Limousin, le Midi ou la Bretagne, la paysannerie a rarement été au diapason des luttes ouvrières et urbaines. Si elle a joué un rôle majeur dans la Révolution française de 1789, elle a ensuite plutôt voté Louis Napoléon Bonaparte que Ledru-Rollin en 1848, et soutenu Thiers que les Communards en 1871 !

La Terre, une page d’histoire de la France rurale
Mais l’ampleur de la crise économique et sociale des années 30 a mis un sérieux coup de canif dans le contrat social de la IIIe République qui faisait des petits propriétaires paysans le symbole d’une France qui travaille et qui épargne. La mévente des produits agricoles, la multiplication des saisies et des expulsions de fermiers et métayers ont fait grandir la colère contre les gros propriétaires fonciers. Si les chemises vertes de Dorgères, leader populiste des agrariens corporatistes et fascisants ont tenu le haut du pavé dans certaines régions rurales, les revendications et les actions pour le pain et la paix ont rencontré un large écho dans le pays. Dès sa victoire, la majorité de gauche à l’Assemblée nationale adopte des mesures qui changent la vie de ceux qui travaillent : semaine de 40 heures, congés payés, mais aussi l’Office du blé, le Statut viticole qui viennent corriger la chute des cours des céréales et du vin. Véritables parias de la terre, les ouvriers agricoles voient aussi leur situation s’améliorer. L’espérance est grande dans les campagnes, et la « pause » sociale d’un gouvernement reculant au bout de quelques mois devant les forces de l’argent appelle un nouvel élan du mouvement social. Le PCF, qui a beaucoup progressé en voix et en élus à la ville mais aussi à la campagne, adopte dès l’automne 1936 le projet de création de la Terre. Le journal va défendre les travailleurs de la terre, sans corporatisme, qu’ils soient ouvriers agricoles, fermiers ou métayers, petits propriétaires exploitants. Ainsi, dans un article du 19 janvier 1938 intitulé « Protégeons la propriété familiale, le journal suggère l’exonération des droits successoraux et des prêts d’installation susceptibles de faciliter l’accès à la propriété. Il revendique la création d’un système d’assurance contre les calamités, le bénéfice pour les paysans des lois sociales (assurance maladie, retraite...). Il porte aussi la revendication du Statut du fermage et du métayage qui sera adopté en avril 1946. Interdit en 1939, reparu au grand jour en 1944, la Terre est confectionné et diffusé pendant l’occupation. Le journal appelle à lutter contre les réquisitions allemandes de bétail et de produits alimentaires. Il encourage et met en valeur les actes de résistance, dénonce les méfaits et la démagogie de la Corporation paysanne créée par Pétain, joue un rôle important pour rassembler les paysans dans la lutte contre l’occupant. En témoigne la publication de l’« Appel du PCF aux paysans de France » en octobre 1942.

Le journal le paie cher. S’ajoutant aux nombreux diffuseurs clandestins arrêtés, torturés ou déportés, l’équipe parisienne est décimée, le rédacteur en chef François Mioch, de même que Solange, secrétaire de la rédaction meurent en déportation. A la Libération, en 1944, la Terre est le seul journal national agricole autorisé à reparaître, les autres s’étant vautré dans la collaboration. Il prend alors une part importante dans le combat pour une reconstruction progressiste de la France. En popularisant les avancées scientifiques et techniques, en montrant que les conquêtes sociales sont un atout décisif du progrès économique, en contribuant à l’évolution des mœurs et des modes de vie à la campagne... En dénonçant aussi la droite revancharde qui avait refusé de prolonger la session parlementaire, pour empêcher le vote de l’extension du droit à la retraite des vieux paysans et artisans du pays. Dans son édition du 18 avril 1946, la Terre se félicite que cette manœuvre ait échoué. croissance économique et mutations du monde rural

L’adoption du Statut du fermage et du métayage en 1946 est un événement considérable. Au-delà d’une répartition plus juste des fruits du travail paysan, le nouveau statut du fermage va être un cadre favorable à la modernisation du travail des agriculteurs. En réduisant la précarité de leur condition, il va leur permettre de faire des projets d’avenir, d’investir, de se former aux techniques nouvelles, de participer au développement du mouvement coopératif et mutualiste. Une lutte engagée par le PCF et la Terre depuis une quinzaine d’années est enfin victorieuse. Waldeck Rochet y a pris une part stratégique. Dans l’édition du 4 avril 1946 qui annonce l’adoption du Statut du fermage et du métayage par l’Assemblée nationale, le directeur de La Terre souligne également « Le rôle des coopératives et des syndicats dans la répartition. » La Terre apportera une aide constante aux agriculteurs pour les informer sur leurs droits, sur les progrès des techniques agricoles, sur l’intérêt d’adhérer aux Coopératives de matériel agricole (CUMA) ou de s’associer au sein des Groupement agricoles d’exploitation collective (GAEC). Le journal soutiendra en permanence la revendication d’une juste rémunération du travail par les prix de production face aux importations massives, au monopole des industriels de l’agroalimentaire, aux pratiques du négoce et de la grande distribution. Deux exemples : en août 1953, alors que les viticulteurs en colère manifestent contre la chute des cours, la Terre proposait l’arrêt des importations inutiles, la garantie d’un prix plancher et la priorité de vente pour les petits et moyens viticulteurs, les plus en difficulté. Le 12 octobre 1953 est encore dans la mémoire des anciens. Les cours de la viande se sont littéralement effondrés. Des milliers de barrages sur les routes, des centaines de milliers d’éleveurs qui manifestent dans 18 départements du Centre et de l’Ouest. Le « Comité de Guéret » se crée rassemblant des FDSEA hostiles à la politique du gouvernement et à la direction nationale du syndicat qui entrave le mouvement. Le gouvernement recule avec la création de la Société d’intervention du bétail et des viandes (SIBEV) qui permettra de faire remonter les cours, avec l’installation d’un prix plancher qui déclenche l’intervention. C’est la première grande victoire paysanne depuis les conquêtes de la Libération.

Les gains de productivité du travail agricole réalisés après la Seconde Guerre mondiale sont impressionnants. Ils vont être le principal moteur des mutations du monde rural et des évolutions qui vont bouleverser le rapport des agriculteurs à leur métier et à leur environnement. Selon l’économiste Paul Bairoch, ce niveau de productivité aurait été multiplié par 7,5 % durant les quatre décennies d’après-guerre, soit 1,5 fois plus que pendant les 8 ou 9 millénaires qui séparent « l’invention » de l’agriculture de la Seconde Guerre mondiale. Alors que la crise et l’exode rural provoqués par l’extension de la révolution industrielle dans le dernier quart du XIXe siècle, avaient vidé les campagnes de leurs populations non agricoles, ce sont les paysans et leurs enfants qui vont prendre le chemin de la ville pendant les décennies de croissance économique de l’après guerre. Ceux qui restent travailler la terre deviennent des agriculteurs engagés toujours plus dans la course aux rendements, au remembrement, à l’agrandissement des exploitations. Le monde rural connaît alors un grand chambardement, qui va s’accélérer encore avec la construction européenne.

L’europe du marché commun et de la pac

Au moment de la signature du Traité de Rome, en 1957, la Communauté économique européenne (CEE), est très largement déficitaire pour de nombreux produits agricoles. La France elle-même importe deux fois plus de produits agroalimentaires qu’elle n’en exporte. Les six premiers pays membres (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) décident de mettre en place une politique agricole commune (PAC) pour réduire les importations de la petite Europe et assurer sa souveraineté alimentaire. Jusqu’à la fin des années 1970, les pays membres vont pousser leurs agriculteurs dans la voie du productivisme et de la concentration des exploitations, tout en leur assurant des garanties de débouché et de prix. Trois principes régissent la PAC : un marché unique mettant en concurrence les producteurs de la CEE ; la préférence communautaire pour l’approvisionnement des européens ; la solidarité financière vis à vis du coût de fonctionnement d’Organisations communes de marchés assurant des prix incitatifs et stables. En France, la course à la productivité et à la concentration est « transcrite » dans la loi « d’orientation » de 1960 et « complémentaire » de 1962 qui classent les paysans français en « viables » qu’il faut encourager par des mesures incitatives et « non viables » à qui l’on accorde quelques subsides comme « l’indemnité viagère de départ » pour adoucir quelque peu la brutalité du système. La résistance s’organise comme dans les départements du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône qui refusent de fixer le niveau du couperet, ou dans les Landes avec une manifestation de 7 000 paysans à Mont-de-Marsan contre cette loi d’orientation capitaliste de l’agriculture. La liquidation de la petite paysannerie se poursuit cependant à un rythme élevé, libérant une main d’œuvre bon marché, notamment féminine, pour les nouvelles industries agroalimentaires ou de la sous-traitance industrielle qui ont besoin d’OS. Mais à Bruxelles on trouve qu’il y a toujours trop de paysans. En 1968, c’est la publication du « plan Mansholt », du nom du vice-président de la Commission européenne qui prévoit, brutalement, la disparition de cinq millions d’agriculteurs en Europe en dix ans. C’est-à-dire plus de la moitié de la population active ! Il faut croire que pour les tenants du système capitaliste, « l’ordre naturel » est trop lent ! La Terre du 12 décembre 1968 révèle à ses lecteurs les objectifs et les conséquences désastreuses qu’aurait l’application du projet d’orientation de la Politique agricole européenne. Mais ce ne sera pas le dernier mauvais coup de Bruxelles !

par Maurice Duplessis, Denis Recoquillon

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Nicolas Maury
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Perspective COMMUNISTE
Nicolas Maury
Nicolas Maury
Militant communiste, membre du Parti Communiste Français (PCF), Fédération du Rhône (69) - Secrétaire de la section de Vaulx-En-Velin. (Membre du Cairde Sinn Féin / de l'Assemblée nationale catalane / et de la CGT)

Adhérent au Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF) de 2004 à 2014 - Coordinateur de l'Union de ville Ouest-Etang-de-Berre (Istres, Fos, Martigues, Port de Bouc, Saint Mitre) de 2007 à 2009, Secrétaire à l'organisation de la Fédération des Bouches-du-Rhône du MJCF (2009-2011) et Coordinateur Fédéral du MJCF du Rhône (mars- novembre 2014), membre du Conseil National du MJCF de 2009 à 2014.

Les publications sur ce blog n'engagent pas la responsabilité de la section de Vaulx-en-Velin du PCF, mais uniquement de son auteur.

Perspectiva comunista (CAT)

Militant comunista, membre del Partit Comunista Francès (PCF), Federació de Rhône (69) - Secretari de la secció de Vaulx-en-Velin, (Membre de Cairde Sinn Féin, Assemblea Nacional Catalana i dels CGT)

En complir amb el Moviment de Joves Comunistes de França (MJCF) 2004-2014 - Coordinador de la unió de ciutats oest estany de Berre (Istres, Fos, Martigues, Port de Bouc, Sant Mitre) a partir del 2007 al 2009, Secretari d'organització de la Federació del Boques del Rhône dels MJCF (2009-2011) i Coordinador Federal dels MJCF del Rhône (de març a novembre de 2014), membre del Consell Nacional MJCF 2009-2014.

Les publicacions en aquest bloc no comprometen la responsabilitat de la secció de Vaulx-en-Velin, però només el seu autor.

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