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Nicolas Maury Militant PCF Istres






 


Examinons l'évolution des deux anciens partis marxistes-léninistes du monde islamique : Le Parti démocratique populaire d'Afghanistan (PDPA) et le Parti socialiste yéménite (YSP). Développement historique de ces partis et la manière dont ils se sont adaptés aux nouvelles circonstances du monde de l'après-guerre froide. Article et traduction Nico Maury / Rappel de la première partie ICI


La faucille et le Minaret: Il était une fois les communistes du Yémen et d'Afghanistan entre 1967 et 1992 (seconde partie)
Pénétration des idées du parti dans la société

Après la création de la RPDY en 1970, le régime a fait de la restructuration des rapports sociaux dans le Sud une une priorité absolue. La direction du FLN représente essentiellement une bourgeoisie provinciale. Beaucoup sont des enseignants et des fonctionnaires de l'ancien régime colonial.

Bien que l'accent ait été mis sur les «masses laborieuses», les travailleurs et les paysans étaient dirigés par des intellectuels révolutionnaires, il y avait peu de prolétariat dans le pays. En effet, la plupart de ceux qui constituaient le prolétariat, étaient dans la seule grande ville dans le sud du Yémen, Aden, et venaient en grande partie du Nord. Même s'il y avait une paysannerie en Hadramawt et dans les régions cotonnières de Lahj et Abyan, la grande majorité des résidents des régions rurales étaient des petits propriétaires tribaux qui n'étaient pas du tout favorable au nouveau régime révolutionnaire à Aden.

Le port d'Aden en 1960
Le port d'Aden en 1960
Le nouveau régime de la RPDY va assez rapidement socialiser l'économie. De nombreuses entreprises (en particulier celles des étrangers) ont été nationalisées, cela dès 1969, et il y a eu une redistribution généralisée des terres (près de la moitié des terres arables a été redistribué à 27.000 familles pauvres entre 1970 et 1973). Cependant, la socialisation de l'économie au Yémen a eu des coûts importants. Les réformes économiques introduites dans les années 1970 ont causé des perturbations sociales importantes dans la campagne et une baisse de la production alimentaire dans les années 1980, rendant le régime de plus en plus dépendante des denrées alimentaires importées.

En outre, il y avait une résistance à la socialisation de la société agraire. Selon Dresch (Dresch, A History of Modern Yemen, p. 121. ), près d'un quart de la population du sud a fui le pays à la suite des réformes du début des années 1970.

Néanmoins, les mesures introduites par le FLN (et, après 1978 par le YSP) ont transformé la structure sociale en retirant du pouvoir aux petits sultans des clans privilégiés, et aux clercs. Grâce à une série de soulèvements spontanés et souvent violents, le pouvoir a été saisi par la base des paysans, des pêcheurs et des ouvriers. La réforme agraire et les coopératives de commercialisation ont apporté une importante redistribution de la richesse.

Un autre élément important des premières mesures prises par le régime de la RPDY fut l'intégration de l'islam par le parti dans l'Etat socialiste. Avant l'indépendance, l'Islam représentait l'idéologie de légitimation principale de l'ordre social et de l'État. Le régime de la RPDY a adopté une approche relativement prudente, il fallait accueillir l'Islam, en insistant notamment sur les points communs qu'elle a avec le socialisme (en particulier l'engagement de l'égalitarisme et la justice sociale). Dans la constitution de la RPDY de 1970, l'islam est reconnu comme la religion du pays et il garantit sa protection dans la mesure où elle est conforme à la Constitution. L'enseignement de l'Islam est requis dans le cadre du programme d'éducation public. (Fred Halliday, “The Peoples Democratic Republic of Yemen: the Cuban path in Arabia” in G. White, R. Murray and C.White, eds.,Revolutionary Socialist Development in the Third World (Brighton: Wheatsheaf Books, 1983); Fred Halliday, Revolution and Foreign Policy: The Case of South Yemen 1967-1987(Cambridge: Cambridge University Press, 1990). )

La RPDY tente de promouvoir l'Islam pour son potentiel révolutionnaire. En effet, selon Abd al-Fattah Ismail, chef et idéologue du parti et successeur de Salim Rubayyi en tant que Président de la RPDY:

« Islam a été exposé à des distorsions extrêmes et des falsifications. Dans les époques abbasside et Ummayid, les forces aristocratiques ont pu détourner l'Islam de ses objectifs et de ses concepts autres que celui pour lequel il était venu. Ils l'ont fait pour servir leurs intérêts et se servir des trônes, des royaumes, et du califat héréditaire, qui n'avait rien à voir avec l'islam. L'Islam, est essentiellement une révolution, elle a été transformée par les forces féodales et aristocratiques, ils ont dépouillé l'Islam de son essence révolutionnaire et l'ont détourné pour servir d'autres objectifs » (Nida ‘al-Watan, June 1978, pp 22-23 quoted in Ismael and Ismael, The People’s Democratic Republic of Yemen, p. 165. )
 
Un troisième élément participe à la pénétration du parti dans la société, la mise en place d'une organisation de masse : Le YSP (fondée après l'exécution de Salim Rubayyi en 1978) est créé avec des cellules dans les circonscriptions à la fois géographiques et fonctionnelles (telles que les usines, les coopératives et dans l'armée). Il y a environ 26.000 membres du Parti en 1977 et environ 3,5% de la population en 1983. Parmi ces membres la plus grande proportion sont des «employés de bureau » (36% des membres du parti). Seulement 26% des membres sont inscrit en tant que travailleurs et seulement 14,6% de paysans. (Ismael and Ismael, The People’s Democratic Republic of Yemen, pp. 40-41. )

En dépit de ces efforts, le régime a eu peu d'effet réel sur la société en RPDY. En partie, cela est dû à la guerre entre les factions au sein du FLN et du YSP, rendant le régime de plus en plus dépendant de l'armée. En outre, dans les années 1980, l'effort de socialisation du Yémen a diminué, et le régime a survécu en grande partie parce qu'il a accepté de décentralisée la société vers les tribus et l'armée. Néanmoins, le régime a réussi à fidéliser de nombreux éléments tribaux via cette stratégie, en grande partie par l'octroi d'un pouvoir important aux chefs locaux du parti (qui étaient souvent aussi des chefs de tribus locales) dans des provinces comme Hadramawt.

Kaboul - 1970
Kaboul - 1970
En Afghanistan, comme au Yémen, le régime communiste a également tenté une révolution par le haut. Comme ce fut le cas, à la fois au Yémen et en Afghanistan les marxistes étaient issues des classes les plus hautes bénéficiant d'un système éducatif basé dans la capitale. Beaucoup étaient des militaires ou des professionnels urbains, inspirés par l'idée qu'il était nécessaire de transformer le pays en vue de rattraper le reste du monde aussi rapidement que possible.

Le PDPA était en grande partie limitée à une minorité instruite dans les zones urbaines. En règle générale, les perceptions et les valeurs de ce groupe se sont affrontés avec ceux de la grande majorité des conservateurs, les Afghans ruraux. Le parti a été affaiblie par des rivalités internes. Deux ans après sa création en Janvier 1965, le PDPA se scinde en deux factions : la faction radicale du Khalq, dirigé par Taraki, et la faction Parcham plus modérée, dirigée par Karmal. L'aile Khalqist du parti était composé principalement de Pachtounes issues des classes non-élitiques. Les partisans de Parcham inclus d'autres groupes ethniques et ont tendance à provenir des classes supérieures occidentalisées. (Anthony Arnold, Afghanistan’s Two-Party Communism: Parcham and Khalq (Stanford: Hoover Institution Press, 1983). )

Étudiantes à Kaboul en 1980
Étudiantes à Kaboul en 1980
Lorsque le PDPA prend le pouvoir en Avril 1978, elle a relativement peu de membres actifs, en dépit de l'aide soviétique. Différentes estimations ont été fournies, mais on estime ses membres entre 55.000 et 18.000. Dans tous les cas, l'adhésion au PDPA représenté moins de 1% de la population afghane totale. En outre, il est estimé que, tout au plus, le PDPA avait le soutien actif de seulement 3 à 5% de la population totale.

Dès son arrivée au pouvoir après la Révolution de Saur en 1978, le régime représente avec équilibre les différentes factions du PDPA. Le cabinet initial semblait être soigneusement construit entre Khalqists et Parchamis: Taraki a été choisi comme premier ministre, Karmal est nommé Vice-Premier Ministre et le Khalqist Hafizullah Amin a été nommé ministre des Affaires étrangères.

Le régime a publié une série de décrets en Avril et en Mai 1978, dans lesquels l'égalité de tous les groupes ethnolinguistiques. Comme au Yémen, le régime a cherché à souligner le potentiel révolutionnaire de l'Islam, du moins au début. Taraki soutenait: «Nous voulons assainir l'islam en Afghanistan de la saleté des mauvaises traditions, superstitions et des croyances erronées. Par la suite, nous aurons un islam moderne et pure progressiste ». (Nyrop and Seekins, Afghanistan:  A Country Study, p.231. ). Les trois premiers décrets pris par le régime du PDPA sont introduit avec la phrase" Au nom de Dieu le Miséricordieux, le Compatissant "

Magasin de disques (année 60), dans un pays qui a interdit la musique en 1996
Magasin de disques (année 60), dans un pays qui a interdit la musique en 1996
Toutefois, l'approche modérée vis à vis de l'islam a été rapidement abandonnée car les Khalqists ont cherché consolider leur emprise sur le pouvoir. Peu de temps après la Révolution de Saur, l'aile Khalqist du PDPA, loyale au corps des officiers, a lancé une purge de Parchamis. Suite à un présumé complot Parchami à l'été 1978, Taraki a purgé plusieurs des principaux dirigeants de l'aile Parchami, les exilants officiellement, y compris Babrak Karmal (envoyé en Tchécoslovaquie) et Anahita Ratebzad (en Yougoslavie). D'autres, comme Sultan Ali Kishtmand et Nur Ahmad Nur, ont été arrêtés et torturés. Abdul Qadir a été renvoyé de son poste de ministre de la Défense en Août 1978. Les Parchamis dans les écoles, la fonction publique, et chez les militaires ont été licenciés et dans de nombreux cas, arrêtés et torturés. Le 19 Juillet, Taraki se vantait d'avoir supprimé les Parchamis du pays.

D'autres groupes ont été réprimées. Quatre autres groupes ont été déclarés ennemis du régime à la fin de 1978: les islamistes, les maoïstes, les Sittam i-Milli (un groupe qui avait des idées maoïstes prônant le séparatisme des tadjiks et des ouzbeks), et le social Mellat (une organisation démocratique afghane). Un début de résistance au régime commençant à la mi-1978, les islamistes, en particulier,. Taraki a déclaré la guerre contre les «barbus», c'est à dire le clergé islamique, dans un discours télévisé il annonce que «ceux qui complotent contre nous dans les ténèbres doivent être éliminés dans les ténèbres. »

Université de Kaboul
Université de Kaboul
Après l'élimination de l'opposition et l'enlèvement des restrictions posées par les Parchamis, les Khalqists ont rapidement instauré une série de mesures visant à socialiser le pays rapidement. Des décrets émis du 12 Juillet au 28 Novembre 1978 décrivent les mesures globales visant à transformer rapidement la campagne. On abolit l'usure et les prêts hypothécaires consentis avant 1973, les dettes des paysans sans terre sont effacées. Cette mesure a aliéné la plupart des élites rurales et a perturbé le système de droits et d'obligations réciproques autour duquel la vie rurale était organisé.

Un autre décret promu l'égalité des sexes, fixe un montant maximal pour la dot de la mariée, fixe l'âge minimum du mariage à 18 ans pour les hommes et 16 ans pour les femmes , et aboli les mariages forcés.

La faucille et le Minaret: Il était une fois les communistes du Yémen et d'Afghanistan entre 1967 et 1992 (seconde partie)
Un autre décret est axé sur la réforme agraire et cherche à distribuer des terres arables aux plus pauvre de la population rurale. Comme au Yémen, l'objet du décret est de favoriser le développement d'une nouvelle classe de petits propriétaires qui pourraient être organisés en coopératives et agissirent comme une base de soutien au régime. La réforme agraire a commencé en Janvier 1979, mais elle a été accueilli par une résistance généralisée qui a éclaté en insurrection ouverte. Bien que le régime cherchait à s'attaquer aux systèmes d'inégalité et à la pauvreté rurale, ses politiques symboliques étaient perçus par beaucoup comme une attaque contre l'islam. Les Afghans participerent activement à la résistance, tendance qui c'est aggravée avec la collaboration du régime avec l'Union soviétique, « athée ».

La suite de cette chronique la semaine prochaine - samedi à 8h sur ce même blog

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