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Nicolas Maury Militant PCF Istres






 



Paul Thomas & Pauline Winter | contact : tribunepaulpauline@gmail.com
Plusieurs cadres, nationaux et locaux, jeunes et moins jeunes, ont signé ce texte. Leur identité sera dévoilée le moment venu. S’ils ne désirent pas à ce jour afficher leur nom c’est pour ne pas être assimilés à « une tendance ».

[Note personnelle] Je ne connais pas les contributeurs de cette tribune, ni les cadres locaux signataires, ni ne suis rédacteur de cette dernière.


"Merci pour ce moment !" (tribune anonyme pour le 38ème congrès du PCF)
La déception quant à nos récentes piètres performances est un sentiment partagé dans notre Parti. Il y a peu, trente-quatre « jeunes cadres » n’ont pas manqué de le faire savoir dans un texte intitulé « C’est le moment ! ». L’objet de notre contribution est de répondre à ce texte qui n’est rien d’autre qu’une opération politique.

Les auteurs et autrices de « C’est le moment ! » prétendent secouer la maison communiste et offrir une perspective politique aux militants et militantes. Toutefois, avant de prétendre vouloir secouer quiconque, le sage s’évertue en premier lieu à identifier adéquatement le problème. Question de méthode.

Or, l’analyse des rédacteurs de « C’est le moment ! » est de courte vue en s’arrêtant simplement aux symptômes d’un problème bien plus profond. Le problème du communisme en France n’est pas seulement d’ordre communicationnel, organisationnel ou générationnel.

Croire que le Parti Communiste Français deviendrait une force de premier rang en se contentant de transposer ou d’imiter des méthodes de communication, comme on nous y invite en substance, est une lourde erreur. Une erreur qui nous entraînerait dans un nouveau cycle d’échecs. Notre problème ne date pas non plus des dernières élections présidentielles et législatives.

Il faut aller le chercher dans le reflux progressif du communisme qui s’amorce dans les années 1970, s’approfondit dans les années 1980 jusqu’à la débandade finale de 1991. Cette période coïncide avec le recul général du mouvement communiste international, des Partis communistes inscrits dans leur contexte national et surtout de la pensée communiste.

C’est pourquoi nous nous opposons à cette contribution qui affirme « nous avons les clefs de compréhension et les solutions » - autrement dit, nous avons les idées, « y a plus qu'à ». Nous pensons justement l’inverse.

Sans théorie émancipatrice, pas de mouvement émancipateur

Nos échecs politiques sont le fruit de la faiblesse de nos idées et de leur décalage par rapport à l’état idéologique de la société ainsi que des aspirations des Français et des Françaises. Les axes programmatiques que nous portons, nos slogans, nos indignations, en un mot, notre voix, sont inaudibles car souvent ils n'ont aucun sens pour quiconque n'est pas un militant ou une militante communiste.

Nous avons une grande difficulté à être en prise avec les enjeux contemporains de notre société. Nos analyses n'ont aucune résonance. Elles ne font pas trembler les puissants et ne laissent pas espérer les plus faibles.

Le fait d'avoir organisé les « États généraux du Progrès social » est de ce point de vue assez éloquent. C'était un événement sans résonance dont certains signataires de la contribution « C’est le moment ! » étaient les tristes organisateurs.

Comment expliquer nos difficultés ? Elles sont avant tout le fait de notre pauvreté théorique. Or, n’oublions pas cette leçon de l’histoire : sans théorie émancipatrice, pas de mouvement émancipateur. De notre théorie découle notre créativité et par là même notre audace, mais aussi notre projet et notre organisation. Engels lui-même considérait la théorie comme l’un des trois espaces au sein duquel doit être mené la guerre.

C’est notre pauvreté théorique qui nous empêche de penser, par exemple, l’émergence de nouveaux outils telle que l’application Uber dans une perspective communiste. En effet, nous la rejetons spontanément et sans coup férir. Pourtant, cette application ne répond-elle pas à un besoin de plus en plus fondamental de mobilité ? N’a-t-elle pas pu servir à de nombreuses femmes ou à de nombreux banlieusards éloignés des grands centres urbains ? Sommes-nous donc devenus incapables de penser conjointement l'avancée sociale et la prédation capitaliste ?

Nous nous faisons les grands défenseurs du service public. La défense est une position statique et conservatrice. Ne serait-il pas plus approprié de penser les transformations nécessaires des services publics en fonction des besoins modernes ?

Inversement, nos adversaires et nos concurrents surent mobiliser un électorat sur des idées fortes. Quoi qu’on en pense sur le fond, la victoire de Benoit Hamon à la primaire socialiste n’est pas étrangère au fait qu’il ait su se positionner sur l’idée de « revenu universel ». Cette proposition a alors raisonné pour beaucoup comme l’écho venu d’un gong d’espoir. L’espoir d’une libération des chaînes d’un travail contraint.

Par où commencer ?

Pour remédier à cette situation, au-delà des menus exemples donnés précédemment, sur quels aspects devons-nous engager le travail de réflexion ?
Tout communiste a été confronté dans son action militante à l’assimilation entre communisme et stalinisme. Le communisme est, en outre, souvent assimilé à d’autres idées comme celle du productivisme débridé et du désastre écologique qu’il comporte ou de l’étatisme économique. Rendre certains mots imprononçables est le terrible pouvoir de la culture dominante. La tentative de classer le communisme parmi ces mots est permanente. De notre côté, nous devons engager une bataille pour rendre son sens et son honneur à la visée communiste. Pour ce faire, nous devons répondre à trois problématiques, foyers de bien d’autres.

Notre projet général de société est fondé sur l’idée d’appropriation des moyens de production. Pour ce faire, nous avons historiquement utilisé l’État : en URSS mais aussi en France par la captation de la plus-value grâce à la Sécurité Sociale et la nationalisation des entreprises. Ces expériences constituèrent des moments indéniables de libération. Mais avons-nous autre chose à proposer pour le siècle à venir ? Comment faire du travail un temps d’épanouissement individuel, et non de contrainte, répondant à des besoins collectifs ? Notre capacité à répondre à cette question avec crédibilité déterminera notre futur en tant que Parti.

D’autre part, depuis deux siècles que Marx s’est interrogé sur l’appropriation des moyens de production, la place particulière des femmes dans la production et le rôle du racisme dans l'accumulation primitive du capitalisme, ces deux dernières questions ont été peu traitées. Les luttes féministes et antiracistes, dont nous avons parfois été le fer de lance se sont accentuées, eu égard aux contradictions toujours plus importantes du système capitaliste.

À ce propos, nos réticences à aborder, critiquer, absorber et dépasser de nouveaux concepts propres aux enjeux du racisme et du féminisme ont accouché de nombreux ratés. Depuis combien de temps balayons-nous toute nouvelle idée du revers de la main, car portée par des groupes dont nous n'aimons pas les actions ? Depuis combien de temps nous cachons-nous derrière un « universalisme » que peu peuvent définir sinon comme une manière de ne rien changer ? Pourquoi les questions relatives au racisme ne sont que murmurées du bout des lèvres lorsqu'elles font l'actualité partout ? De quoi et de qui avons-nous peur ?

Nous pourrions, au lieu de hurler sur nos valeurs bafouées quand sont proposées de nouvelles méthodes d'organisation, les passer au crible d’une réelle évaluation politique communiste. Au milieu de nombreux groupes se réclamant de la gauche notre devoir est de clarifier nos positions, de rendre lisible notre action, sans équivoque, car c'est notre attentisme qui envoie, par dizaine, de potentiels camarades ailleurs. C'est notre attentisme aussi qui pousse de nombreuses femmes, de nombreux jeunes à militer là où ils le peuvent. Désolons-nous que ce ne soit pas chez nous. Demandons-nous pourquoi.

Pour ne pas être un simple slogan creux, ce qu’il est aujourd’hui, le communisme du XXIème siècle doit répondre à ces problématiques. L’idée du communisme doit être nourrie par le dépassement de nos expériences passées et par son actualisation aux enjeux de notre société contemporaine.

Les questions de l’organisation et de la stratégie

Le deuxième point sur lequel « C’est le moment ! » nous laisse interrogatif concerne les propositions stratégique et organisationnelle. Ou plutôt l’absence complète de cap.

En matière d’organisation, voici ce que l’on peut lire : « nous devons revaloriser la place des adhérent.e.s et des structures locales pour construire des réseaux d’actions à l’échelle nationale capable de déployer des campagnes politiques fortes ». Cette phrase est affligeante de nullité. Nulle parce qu’elle ne veut rien dire et ne comporte rien de tangible. Le seul élément intelligible est la volonté de construire des « réseaux ». S’agit-il, ici, de réseaux à la sauce France Insoumise ? C’est-à-dire, des groupes reposant sur la force d’une personnalité et gérés de façon autoritaire ? Ou encore, s’agit-il des mêmes réseaux que ceux expérimentés par Robert Hue et qui ont détruit l’organisation du Parti ?

Tout cela est de l’esbroufe. Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a eu aucun dépassement d’une structuration politique calquée sur le découpage administratif du territoire en commune. A chaque commune, sa structure locale politique. Cela est vrai pour la France Insoumise comme pour En Marche. La seule différence notable, est le superactivisme de ces forces sur internet qui, de fait, transcende les frontières. Mais in fine, l’action politique sur le terrain n’est pas structurée différemment. Reste tout de même une certitude : notre organisation est trop lourde et trop lente dans la prise de décision.
Trop lente également pour permettre d’identifier et d’associer de nouveaux cadres - sans préjugé d’âge - à la direction.

Le Parti communiste doit permettre à ses militants et à ses militantes de dépasser leurs propres déterminismes sociaux et culturels. Un dépassement dont nous bénéficierons tous dans le combat que nous partageons. C’est pourquoi, une politique des cadres adossée à une solide politique de formation est indispensable pour mener à bien notre tâche.

En matière d’organisation, nous devons insister sur un dernier point. Nous parlons de plus en plus de « domination masculine » et de « sexisme » qui sévissent dans les organisations politiques. Précisons : le patriarcat désigne les mécanismes par lesquels les hommes se rendent propriétaires des femmes et de leur travail. Il s’agit d’un mécanisme d’exploitation. Les hommes de notre organisation ont adopté ces pratiques, attitudes et comportements sexistes comme l’ont laissé voir des articles de presse. Ces pratiques ne sont pas nouvelles et plutôt que de nous terrer derrière le fait que « la société nous traverse » nous devons choisir le courage. Les procédures existent, les campagnes aussi. Toutes dorment dans les cartons et les têtes de nos camarades féministes.

Les rédacteurs de « C’est le moment ! » ne proposent rien de concrets non plus en matière de stratégie. Selon eux, entre le rassemblement et l’affirmation du Parti se trouve une voie intermédiaire. Nous aimerions bien savoir laquelle.

Aussi talentueux qu’ils puissent être, les « jeunes cadres » ne nous sortiront en réalité jamais de cette impasse en cherchant une troisième voie miraculeuse. Ces deux choix s’imposent à nous car nous sommes faibles. Si nous sommes faibles, alliance ou pas, le résultat est le même : des scores ridicules lorsque nous la jouons en solo ou notre inexistence patente dans les « rassemblements larges ».

Encore une fois, seule l’élaboration d’une analyse et d’un projet de société en phase avec les aspirations des Français et Françaises portés à la connaissance de tous par une communication spectaculaire et une organisation efficace peuvent nous permettre de rebondir. Nos modes d’action doivent être pensés librement et ils doivent se montrer plus énergiques.

Ce congrès n’est pas votre moment !

Voilà pour ce qui est du contenu politique. Arrêtons-nous maintenant sur les intentions des signataires du texte que nous ciblons : « C’est le moment ! ».
En effet, tout en fermant les yeux sur le caractère péremptoire de la démarche, on peut se demander si les auteurs du texte incriminé disent finalement autre chose que : « Nous sommes disponibles pour reprendre en main la situation ».

« C’est le moment ! » se présente comme étant la tribune « de jeunes dirigeants du PCF ». Ceux-ci s’affirment, de fait, en rupture par rapport à une ancienne génération. Ils se font porteurs de l’espoir d’un renouveau politique et d’une redynamisation de notre organisation.

Pourtant une contradiction est saillante dès le premier regard jeté sur ce texte.

En effet, près de la moitié des signataires de cette tribune (dix-sept sur trente-quatre) appartiennent au Conseil national de notre Parti. Cette instance est chargée – rappelons-le – d’impulser notre dynamique politique. Nombre de ces signataires sont, en outre, responsables de secteurs clefs comme celui du projet ou des questions européennes ou même secrétaires de fédération décisive ; certains sont directement impliqués dans le cabinet de Pierre Laurent ; d’autres, enfin, sont habitués à porter la voix communiste dans les médias.

Compte-tenu de ces profils politiques éminents, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger : qu’avez-vous donc fait durant toutes ces années ? Le constat que vous dressez des échecs du Parti communiste est indiscutablement aussi le constat de votre propre faillite.

Nous vous avons déjà éprouvé. Vous avez eu le temps de faire vos preuves. Alors, nous vous disons tout simplement non. Non, nous ne sommes pas prêts à ce que vous soyez la relève de demain. Pas plus que nous ne désirons vous voir prendre les rênes de notre Parti.

Les communistes n’ont que faire de votre petite révolution de palais. Ce moment est celui des communistes !

Nicolas Maury
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Perspective COMMUNISTE
Nicolas Maury
Nicolas Maury
Militant communiste, membre du Parti Communiste Français (PCF), Fédération du Rhône (69) - Secrétaire de la section de Vaulx-En-Velin. (Membre du Cairde Sinn Féin / de l'Assemblée nationale catalane / et de la CGT)

Adhérent au Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF) de 2004 à 2014 - Coordinateur de l'Union de ville Ouest-Etang-de-Berre (Istres, Fos, Martigues, Port de Bouc, Saint Mitre) de 2007 à 2009, Secrétaire à l'organisation de la Fédération des Bouches-du-Rhône du MJCF (2009-2011) et Coordinateur Fédéral du MJCF du Rhône (mars- novembre 2014), membre du Conseil National du MJCF de 2009 à 2014.

Les publications sur ce blog n'engagent pas la responsabilité de la section de Vaulx-en-Velin du PCF, mais uniquement de son auteur.

Perspectiva comunista (CAT)

Militant comunista, membre del Partit Comunista Francès (PCF), Federació de Rhône (69) - Secretari de la secció de Vaulx-en-Velin, (Membre de Cairde Sinn Féin, Assemblea Nacional Catalana i dels CGT)

En complir amb el Moviment de Joves Comunistes de França (MJCF) 2004-2014 - Coordinador de la unió de ciutats oest estany de Berre (Istres, Fos, Martigues, Port de Bouc, Sant Mitre) a partir del 2007 al 2009, Secretari d'organització de la Federació del Boques del Rhône dels MJCF (2009-2011) i Coordinador Federal dels MJCF del Rhône (de març a novembre de 2014), membre del Consell Nacional MJCF 2009-2014.

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