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Nicolas Maury Militant PCF Istres






 



Luttes anticolonialistes et communistes en Afrique

Le 11 avril, quatre mois après le début du soulèvement populaire, la destitution du président soudanais Omar el-Bechir a mis fin à trente années de dictature. El-Bechir avait pris le pouvoir en 1989 par un coup d’État militaire. Depuis sa chute, le peuple ne relâche pas la pression. Malgré une répression sanglante...


Salwa Salman : « El-Bechir a fait du Soudan une colonie de l’Arabie saoudite » (Solidaire)
Au Soudan, le prix du pain avait triplé en un temps très court, ce qui a été la goutte de trop et a déclenché le soulèvement de la population. Depuis l’indépendance du Sud-Soudan en 2011, le pays a perdu une partie considérable de ses réserves de pétrole et, depuis, l’économie est en chute libre. Un grand et long sit-in devant le quartier général militaire à Khartoum a finalement fait en sorte que l’armée retire son soutien au président.

Née dans la région de Khartoum, la capitale du Soudan, Salwa Salman est la fille d’un militant actif au sein du Parti communiste soudanais pendant les années 1970. À l’époque, le Soudan était encore dirigé par la junte militaire de Gaafar Nimeiry. En septembre 1989, Salwa est partie pour ce qui était alors l’Union soviétique afin d’étudier la médecine. Quelques mois plus tard, son père mourait dans la prison de Khartoum. Salwa Salman habite depuis huit ans à Londres où elle est ophtalmologue. Rencontre.

Omar el-Bechir est resté trente ans au pouvoir. Quel est le bilan de cette période ?

Salwa Salman.
Le régime dictatorial d’el-Bechir a précipité le Soudan au fond du gouffre. Tous les dirigeants des syndicats, des organisations professionnelles de médecins et d’avocats mais aussi du Parti communiste ont été arrêtés. Nombre d’entre eux ont été torturés et sont morts en prison.

Les plus hauts gradés au sein des ministères, des hôpitaux et de l’armée ont été limogés et remplacés par des personnes incompétentes mais sympathisantes des Frères musulmans. Le régime voulait faire du Soudan un État musulman et il a mené une guerre contre la population du sud du pays. L’Éthiopie et l’Égypte ont utilisé la situation pour annexer de grands territoires de terres fertiles. Environ deux millions de soldats ont perdu la vie.

La production de sucre et de gomme arabique a été privatisée, comme les ports et les aéroports. Des tonnes d’or ont été transportées vers la France et les Émirats arabes. Des milliards de dollars de l’exportation du pétrole ont disparu dans les poches du régime. L’argent a été mis à l’abri dans des banques d’Europe, des Émirats arabes et de Malaisie, malgré l’embargo. Pendant trente ans, le pays a été pillé, plongé dans des guerres et son tissu social a été entièrement démantelé.

Comment le régime a-t-il pu rester si longtemps au pouvoir ?

Salwa Salman.
Chaque révolte a été écrasée dans le sang. En septembre 2013, des centaines d’étudiants ont été assassinés dans les rues de Khartoum, et il y a eu une vague d’arrestations. El-Bechir avait très peur d’un coup d’État militaire. Il a remplacé les hauts dirigeants de l’armée par des sympathisants à qui il a donné beaucoup d’argent. Des milices gouvernementales armées jusqu’aux dents comme les Janjawids au Darfour ont écrasé toute forme de résistance de manière impitoyable.

El-Bechir a dépensé énormément d’argent pour fonder des partis politiques qui sont en fait une prolongation du régime. Il s’est lui-même entouré d’une armée de politiciens corrompus. Le Soudan est devenu une prison pour la population et un paradis pour cette élite super-riche. La deuxième femme d’el-Bechir possède des villas à Dubaï et en Malaisie, elle fait du commerce illégal d’or et est à la tête de plusieurs sociétés. Le pillage des caisses de l’État a entraîné l’écroulement de la valeur de la Livre soudanaise. L’économie a implosé.

Le soulèvement populaire contre le régime vous redonne certainement de l’espoir ?

Salwa Salman
. Oui. Le 19 décembre 2018, la bombe de la révolte a éclaté et des millions de gens sont descendus dans la rue. Le régime a fait tirer depuis les toits sur les manifestants. Il y a ensuite eu des arrestations massives de leaders et meneurs supposés de la révolte et des razzias brutales dans les hôpitaux. Le peuple a répondu par des manifestations encore plus grandes, où les gens ont scandé : « Nous préférons mourir que de continuer à vivre sous ce régime. »

A partir du 6 avril, le quartier général de l’armée a été occupé par les manifestants et el-Bechir a été contraint de quitter le pouvoir. Tous les syndicats, organisations professionnelles et de femmes, ONG et partis indépendants sont du côté du peuple. Parmi les six millions de Soudanais à l’étranger, beaucoup sont revenus pour soutenir la révolution.

Comment cela s’organise-t-il ?

Salwa Salman.
Toutes les organisations concernées forment une coalition citoyenne dirigeante. En effet, le pouvoir de l’ancien régime est loin d’être anéanti : les milices ne sont pas dissoutes et le conseil militaire qui détient actuellement le pouvoir reste loyal au régime. Le peuple continue toutefois à occuper une partie considérable de l’espace public. Des milices du régime ont récemment tenté de prendre les barricades, faisant dix morts et deux cents blessés.

En réaction, quatre millions de Soudanais sont descendus dans les rues. Il y a actuellement des négociations entre les dirigeants de la révolution et le conseil militaire. Le peuple exige un gouvernement de transition civil, sans militaires et sans Frères musulmans. Le conseil militaire est soutenu par l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, qui lui ont donné trois milliards de dollars de soutien. Il faut savoir que quelque 8000 soldats soudanais se battent au Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite. El-Bechir a fait du Soudan une colonie de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Salwa Salman.
Je suis très optimiste. La barrière de la peur est brisée. Avant le soulèvement, les parents ne voulaient pas que leurs enfants aillent manifester de peur qu’ils se fassent tuer. Maintenant, ils les encouragent.

La population comprend très bien que le pouvoir instrumentalise l’islam pour l’opprimer. Les imams qui soutiennent le régime ont été chassés des mosquées. Le soulèvement est massif et en outre bien organisé. Cela fait cinq mois que le pays est à l’arrêt. Le monde entier a les yeux tournés vers le Soudan. Si la révolution porte ses fruits, le Soudan deviendra un des premiers pays démocratiques dans le monde arabe.

Staf Henderickx
Solidaire, journal du PTB

Nicolas Maury
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Perspective COMMUNISTE
Nicolas Maury
Nicolas Maury
Militant communiste, membre du Parti Communiste Français (PCF), Fédération du Rhône (69) - Ancien secrétaire de la section de Vaulx-En-Velin. (Membre du Cairde Sinn Féin / de l'Assemblée nationale catalane / et de la CGT)

Adhérent au Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF) de 2004 à 2014 - Coordinateur de l'Union de ville Ouest-Etang-de-Berre (Istres, Fos, Martigues, Port de Bouc, Saint Mitre) de 2007 à 2009, Secrétaire à l'organisation de la Fédération des Bouches-du-Rhône du MJCF (2009-2011) et Coordinateur Fédéral du MJCF du Rhône (mars- novembre 2014), membre du Conseil National du MJCF de 2009 à 2014.

Perspectiva comunista (CAT)

i[Militant comunista, membre del Partit Comunista Francès (PCF), Federació de Rhône (69) - ex-Secretari de la secció de Vaulx-en-Velin, (Membre de Cairde Sinn Féin, Assemblea Nacional Catalana i dels CGT)

En complir amb el Moviment de Joves Comunistes de França (MJCF) 2004-2014 - Coordinador de la unió de ciutats oest estany de Berre (Istres, Fos, Martigues, Port de Bouc, Sant Mitre) a partir del 2007 al 2009, Secretari d'organització de la Federació del Boques del Rhône dels MJCF (2009-2011) i Coordinador Federal dels MJCF del Rhône (de març a novembre de 2014), membre del Consell Nacional MJCF 2009-2014.

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