Le département des Hauts-de-Seine, qui se vante de ses grandes réalisations, vient de révéler une des nouvelles facettes de sa conception de l’égalité sociale. Patrick Devedjian, le président UMP du conseil général, a décidé de supprimer la subvention annuelle de 900 000 euros qu’il versait depuis quatre ans, dans le cadre d’un contrat d’objectifs pluriannuels, à l’université de Nanterre. Il s’agit bien de l’université publique et non pas de l’université privée Léonard-de-Vinci, inaugurée sous l’ère Pasqua, qui a englouti en quinze ans (elle fête cette année son quinzième anniversaire) des millions d’euros de subventions. Patrick Devedjian a expliqué à l’AFP qu’il était « ouvert » à une reconduite de la subvention « à la condition que cela corresponde à un projet en relation avec la politique départementale, c’est-à-dire le développement de métiers qui sont exercés à la Défense ou dans le département » !
La majorité UMP des Hauts-de-Seine s’arroge donc le droit d’orienter les projets d’une université sise sur son territoire, en quelque sorte elle la « départementalise ». Nanterre, université Paris-X, avec ses 32 000 étudiants et 2 150 permanents, est priée de former des emplois tertiaires pour le centre d’affaires que Nicolas Sarkozy promet aux plus hautes destinées. Le groupe socialiste au conseil général a dénoncé, hier, un nouveau désengagement, alors que le département continue de financer, à hauteur de 10 millions d’euros par an, le pôle Léonard-de-Vinci et ses 3 000 étudiants. Les élus communistes dénoncent également une décision prise sans concertation avec l’assemblée départementale. Ils rappellent le « puits sans fond de 431,6 millions d’euros d’argent public – 216,6 millions pour l’acquisition, les études, la construction et la mise à niveau des installations, et 215 millions de subvention de fonctionnement sur dix ans –, dénoncé à chaque budget par les élus communistes et citoyens ».
Patrick Devedjian a, par le passé, critiqué la création de l’université Léonard-de-Vinci, la « fac Pasqua », et il déclare aujourd’hui avoir diminué de moitié la subvention depuis son arrivée au conseil général en 2007. Il n’empêche, la face privée fait l’objet de toutes ses attentions. Elle a d’ailleurs accueilli récemment 500 étudiants d’une douzaine de formations de l’université Paris-Dauphine, à l’étroit dans ses locaux. Cinq cents étudiants supplémentaires sont attendus en septembre 2010. Le président de Paris-Dauphine déclarait d’ailleurs à propos de ce mercato universitaire : « La Défense est une place d’affaires internationale avec de grandes banques, des grands cabinets d’audit et de grands groupes d’assurance. Or, nous avons beaucoup de filières à Dauphine dans ces domaines. Il était donc logique que nous cherchions à nous en rapprocher. » Il est logique que Paris-X soit priée de se fondre dans le moule…