Lorsque Voltaire écrit
«L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger»,
il justifie la nécessité de la gouvernance tout en posant la problématique de sa pertinence. Dans sa quête de la vérité, Voltaire tente de démontrer à quel point l’humain est fait du meilleur comme du pire et de fait s’acharne à prôner la tolérance. A cet égard, il démontre dans ce conte la vanité de la guerre autant que la faillibilité des gouvernants y compris, surtout (?) lorsqu’ils se prétendent d’inspiration religieuse.


Voltaire: BABOUC ou le monde comme il va
Voltaire, écrivain des lumières, libéral et philosophe, collaborateur à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, a écrit ce conte philosophique évoquant le monde comme il va sans nous dire où il va.

Ci-dessous le résumé de "Le Monde comme il va, vision de Babouc" ainsi qu'un lien vers le texte intégral.
Le Génie Ituriel décide d’envoyer le Scythe Babouc à Persépolis avant de la détruire. La ville s’est en effet attiré ses foudres depuis qu’elle est en guerre avec les Indiens. Babouc, qui ne connaît pas la région, n’est pas ravi de se voir confier la mission. Il se met pourtant en route et, lorsqu’il arrive, la paix est signée.
Chez une dame où il dîne, un magistrat, ayant juste acheté sa charge, confie à un vieil avocat le dossier d’une affaire qu’il s’apprête à juger. Un homme qui achète le droit de juger, se dit Babouc, peut bien vendre ses jugements. Quelle justice! Et ce n’est pas tout: les femmes sont légères, conciliant mari et amant - et les hommes ne font pas mieux. De quoi redouter crimes et vengeances dans les larmes et dans le sang!
Chez un marchand où il se rend, il apprend qu’il vient d’acheter des articles à dix fois leur prix. Ce n’est que justice, lui dit le marchand, je vends des objets de luxe, à vous comme aux autres. Cela m’enrichit; de plus, je nourris cent ouvriers.
Les comédiens restent pauvres. Les mages ayant fait vœu de pauvreté sont richissimes, les autres ennuyeux à souhait et tous ensemble se prétendent les meilleurs et les seuls à épargner. Les lettrés se montrent pédants et jaloux les uns des autres. Quelle étrange contrée! Que dire à Ituriel?
Alors que Babouc tergiverse, un vieil homme sage et lettré lui montre que chaque société de mages freine l’ardeur de ses rivales, que d’autres lettrés, à l’écart du monde, apportent une parole élevée au-dessus des préjugés et conforme à la vertu, que la justice est bien rendue, inspirée de la raison et non pas seulement des livres, que les marchands peuvent en une heure prêter à l’empire ce qui n’aurait pu être réuni autrement qu’en six mois et que les généraux ont acquiéscé à la paix.
Certes, se dit Babouc, ces hommes nouveaux, capables d’acheter leur charge, valent tout autant que les fils d’anciennes familles. Reste la galanterie des femmes…
Pour l’éclairer quant à ces mœurs extraordinaires, son hôtesse le convie chez Teone, une dame que, dans d’autres lieux, on aurait qualifiée de malhonnête. Celle-ci se montre si attentionnée à faire le bien autour d’elle que Babouc est conquis: il oublierait volontiers Ituriel pour Teone.
Ainsi, que dire au génie? Il décide de lui rapporter un objet créé des matières les plus nobles comme des plus vulgaires. Contemplant l’objet, Ituriel dit: tout n’est pas bien, mais tout est passable. Nous ne détruirons pas Persépolis.


On peut lire ou télécharger la version intégrale de ce texte libre de droits ICI
Dans ce conte, on notera que les seuls personnages nommés, à l’exception de Téone, sont liés aux divinités: Zerdust, le nom kurde de Zoroastre, et Jonas, un des 12 petits prophètes de la Bible. Téone, qui figure parmi «celles qu'on appelle quelquefois de malhonnêtes femmes [et qui] ont presque toujours le mérite d'un très honnête homme» aurait évincé l’ange Ituriel dans l’esprit de Babouc s’il était resté plus longtemps à Persépolis. Téone, par substitution, acquiert ainsi le rang de l’ange.
Toutefois, en entrant dans Persepolis, Babouc s’horrifie de voir des morts enterrés dans un temple et s’écrie: «Quoi ! leurs temples sont pavés de cadavres! … La pourriture des morts, et celle de tant de vivants rassemblés et pressés dans le même lieu, est capable d'empoisonner le globe terrestre.»
A propos des sociétés de religieux: «A entendre leurs apologies, ces sociétés étaient toutes nécessaires; à entendre leurs accusations réciproques, elles méritaient toutes d'être anéanties. Il admirait comme il n'y avait aucune d'elles qui, pour édifier l'univers, ne voulût en avoir l'empire. »
Si elles ne constituent pas le canevas du conte, ces remarques donnent un aperçu des opinions de Voltaire quant aux divinités et aux pratiques religieuses.
Quant aux enseignements que l’on peut tirer de ce conte, François Hollande ferait bien de s’en inspirer. S’il était l’ange Ituriel amené à évaluer le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault, la classe politique dans son ensemble et les Français qu’il gouverne, que pourrait-il bien conclure d’autre? Tout n’est pas bien, et le pire côtoie le meilleur, mais tout est passable. François Hollande, s’il échappe, même parfois difficilement, à la pression religieuse, n’en reste pas moins assujetti, comme nous tous, aux puissances financières.
Le 29/12/2012 à 22:30 | Commentaires {0} Facebook Twitter LinkedIn Digg Google Tape-moi Viadeo Pinterest