Tuer pour tuer, pour assister aux ultimes souffrances, aux soubresauts du dernier filet de vie. Tuer sans le moindre mobile, sans haine ni colère, voilà qui n’était pas ordinaire.
En revanche, perpétrer une série de meurtres nocturnes, après s'être humblement tapi dans une porte cochère ou derrière un arbre, ne me semblait pas être de nature à satisfaire l'âme et l'esprit. Je n’agirais pas ainsi. Ce serait d’une vulgarité innommable.
Nul doute qu'en la matière, il me fallait innover, ne point procéder comme l'ignoble individu qui sévissait dans la ville, éventrant et violant sans élégance.
La Justice m'avait soumis, en ma qualité de légiste occasionnel et bénévole, quelques-unes de ses victimes. Toutes des femmes, ce qui dénotait, chez le meurtrier, un machisme intolérable.
Il y avait aussi cette affaire de grille-pain qui m’indisposait au plus haut point. L’appareil était capricieux, il lui arrivait de confisquer mon toast pour me le rendre entièrement carbonisé. Le bricoler, consulter des réparateurs agréés de la marque, rien ! Le grille-pain demeurait imprévisible! Et incompétent!
Imprévisible! C’était tout à fait cela : tuer pour tuer, ôter la vie. Pourquoi? Pour rien. A qui? ... Des gens de rencontre, agréables et de bonne humeur. J’étais, par principe, contre le fait d’agir comme notre assassin, d’infliger la mort à ces tarées qui hantent les rues de jour comme de nuit.
Cet assassin était décidément incompréhensible!
Parfois, en salle d'autopsie, j'avais même été appelé à donner une certaine esthétique à ses méfaits. Eventrer, oui, mais encore fallait-il que l'instrument effectuât une rotation permettant aux excréments de quitter leurs hôtes. Ce geste, j'étais - à chaque fois - dans l'obligation de le pratiquer. Et le sang qui s’écoulait ! Il m’était parfois possible, grâce à un drain délicatement posé, d’en prélever qui ne soit point souillé. Je n’en faisais rien, sinon en stocker les bocaux soigneusement stérilisés dans un réfrigérateur acquis spécialement à cet effet.
Je m’étais également rendu propriétaire de quelques organes, particulièrement les foies. Au contact du formole, ils prenaient une coloration particulière, un vert de gris assorti de mauve.
Et les ongles ! Il m’avait fallu les arracher pour en examiner au microscope la face postérieure, où siégeaient parfois des mycoses qui survivaient à leurs titulaires. Tout cela par acquis de conscience et amour de l’art.
Tuer par ennui? Certainement pas, j'étais un médecin de renom, tout au moins dans cette ville de dix mille habitants. Mes loisirs étaient amusants, exaltants même: bateau sur le lac, delta plane, lecture de vieux grimoires procurés à grand prix, pratique de la musique et surtout de la chanson.
Il m'arrivait bien de mettre fin à la vie d'un malade immunodéprimé, un de ceux qui ne passaient habituellement 1'hiver qu'envahis d'une multitude d'assauts bactériens. Mais ce n'était pas des meurtres, seulement de l'euthanasie. J’en étais là de mes réflexions, assis à la table de la cuisine, devant ma tasse à café vide.
Mon grille-pain. Il était débranché, froid.
Il y avait aussi Adèle, la femme de ménage. Nous avions décidé, une fois pour toutes, de suspendre ma blouse - chacun pour ce qui le concernait - au porte-manteau, dans le couloir jouxtant mon cabinet. Le vêtement devait toujours être éclatant de blancheur. N’était-il pas l’attribut de la gravité de ma profession?
En revanche, perpétrer une série de meurtres nocturnes, après s'être humblement tapi dans une porte cochère ou derrière un arbre, ne me semblait pas être de nature à satisfaire l'âme et l'esprit. Je n’agirais pas ainsi. Ce serait d’une vulgarité innommable.
Nul doute qu'en la matière, il me fallait innover, ne point procéder comme l'ignoble individu qui sévissait dans la ville, éventrant et violant sans élégance.
La Justice m'avait soumis, en ma qualité de légiste occasionnel et bénévole, quelques-unes de ses victimes. Toutes des femmes, ce qui dénotait, chez le meurtrier, un machisme intolérable.
Il y avait aussi cette affaire de grille-pain qui m’indisposait au plus haut point. L’appareil était capricieux, il lui arrivait de confisquer mon toast pour me le rendre entièrement carbonisé. Le bricoler, consulter des réparateurs agréés de la marque, rien ! Le grille-pain demeurait imprévisible! Et incompétent!
Imprévisible! C’était tout à fait cela : tuer pour tuer, ôter la vie. Pourquoi? Pour rien. A qui? ... Des gens de rencontre, agréables et de bonne humeur. J’étais, par principe, contre le fait d’agir comme notre assassin, d’infliger la mort à ces tarées qui hantent les rues de jour comme de nuit.
Cet assassin était décidément incompréhensible!
Parfois, en salle d'autopsie, j'avais même été appelé à donner une certaine esthétique à ses méfaits. Eventrer, oui, mais encore fallait-il que l'instrument effectuât une rotation permettant aux excréments de quitter leurs hôtes. Ce geste, j'étais - à chaque fois - dans l'obligation de le pratiquer. Et le sang qui s’écoulait ! Il m’était parfois possible, grâce à un drain délicatement posé, d’en prélever qui ne soit point souillé. Je n’en faisais rien, sinon en stocker les bocaux soigneusement stérilisés dans un réfrigérateur acquis spécialement à cet effet.
Je m’étais également rendu propriétaire de quelques organes, particulièrement les foies. Au contact du formole, ils prenaient une coloration particulière, un vert de gris assorti de mauve.
Et les ongles ! Il m’avait fallu les arracher pour en examiner au microscope la face postérieure, où siégeaient parfois des mycoses qui survivaient à leurs titulaires. Tout cela par acquis de conscience et amour de l’art.
Tuer par ennui? Certainement pas, j'étais un médecin de renom, tout au moins dans cette ville de dix mille habitants. Mes loisirs étaient amusants, exaltants même: bateau sur le lac, delta plane, lecture de vieux grimoires procurés à grand prix, pratique de la musique et surtout de la chanson.
Il m'arrivait bien de mettre fin à la vie d'un malade immunodéprimé, un de ceux qui ne passaient habituellement 1'hiver qu'envahis d'une multitude d'assauts bactériens. Mais ce n'était pas des meurtres, seulement de l'euthanasie. J’en étais là de mes réflexions, assis à la table de la cuisine, devant ma tasse à café vide.
Mon grille-pain. Il était débranché, froid.
Il y avait aussi Adèle, la femme de ménage. Nous avions décidé, une fois pour toutes, de suspendre ma blouse - chacun pour ce qui le concernait - au porte-manteau, dans le couloir jouxtant mon cabinet. Le vêtement devait toujours être éclatant de blancheur. N’était-il pas l’attribut de la gravité de ma profession?













