"On cherche à nous exterminer depuis longtemps", a lancé le président, évoquant plus de mille ans de traite, un dernier marché aux esclaves fermé à Médine en 1962, et la castration systématique des captifs mâles pour empêcher toute descendance.
Le discours présidentiel mobilise des faits historiquement documentés. La traite dite orientale s'étend du VIIe au XXe siècle, avec un pic aux XVIIIe et XIXe siècles, soit une durée sans commune mesure avec le commerce triangulaire européen concentré sur trois siècles.
Les réservoirs humains de cette traite étaient multiples : l'Afrique subsaharienne d'abord, mais aussi l'Europe, avec les pays slaves dont le nom même a donné le mot "esclave" dans plusieurs langues européennes, le Caucase, l'Anatolie, les Balkans, et les côtes méditerranéennes chrétiennes razziées par les corsaires barbaresques.
Les ordres de grandeur donnent la mesure du phénomène. Selon les estimations, les marchands de Tunis, Alger et Tripoli ont vendu entre un million et 1,25 million d'esclaves non-musulmans entre le début du XVIe et le milieu du XVIIIe siècle. Constantinople aurait importé environ 2,5 millions d'esclaves originaires du pourtour de la mer Noire entre 1450 et 1700. Entre 1500 et 1650, le volume de la traite orientale dépassait largement celui de la traite atlantique.
Contrairement aux Amériques où la descendance des déportés africains constitue aujourd'hui des populations entières, l'aire de la traite orientale ne compte que des groupes résiduels. La castration des captifs mâles explique ce fait démographique frappant. Les Haratin du Maghreb, les Akhdam du Yémen, les Siddis d'Inde, les Afro-Turcs et Afro-Iraniens sont les héritiers de ces déportations massives.
Autre caractéristique : le statut religieux commandait tout. La traite des "infidèles" n'était pas prohibée, celle des coreligionnaires l'était. La conversion à l'islam permettait de hâter l'affranchissement, un mécanisme qui fut un puissant instrument d'islamisation.
Cette traite ne cesse qu'au XIXe siècle. Alger n'abolie qu'en 1816, sous la contrainte d'un bombardement naval. La Tunisie suit en 1846. La Mauritanie, quant à elle, n'a aboli l'esclavage qu'en 1981.
Le déséquilibre est mesurable : moins d'études, moins d'ouvrages, moins de films, moins de polémiques que pour la traite atlantique.
Deux explications sont généralement avancées. La rareté des sources d'abord, face aux registres douaniers et commerciaux abondants laissés par la traite atlantique. Et la susceptibilité de certains États musulmans, pour lesquels évoquer leur passé négrier reviendrait à relativiser la traite transatlantique.
Aucun État arabe n'a jamais présenté d'excuses pour sept siècles de commerce d'êtres humains. Aucune loi mémorielle, aucune commémoration, aucun manuel scolaire français ne l'exige.
La sortie de Traoré s'inscrit dans une séquence politique précise. Le président burkinabè annonce vouloir rapatrier les étudiants inscrits en filières de charia dans les universités arabes - environ un millier en Arabie saoudite selon ses chiffres - sous menace de déchéance de nationalité.
Parallèlement, l'imam sunnite Mohamed Issaque Kindo a été interpellé à son domicile après avoir critiqué un projet de loi restreignant les prières dans l'espace public. La Grande Mosquée Ahl al-Sunna a été fermée, et des informations non confirmées font état de centaines de fidèles interpellés, dont quatre-vingts envoyés au front comme volontaires pour la défense de la patrie.
Traoré, né dans les Hauts-Bassins, région à majorité musulmane, a été membre de l'Association des étudiants musulmans durant son cursus universitaire. Sa posture reste résolument laïque : la Charte de la Transition garantit l'égalité des droits sans distinction de confession.
Devant les forces vives de la Nation, Traoré a estimé que les discours extrémistes constituaient l'une des principales causes du terrorisme au Burkina Faso. Il a accusé des puissances extérieures de chercher à instrumentaliser le canal religieux, l'islam en particulier, pour déstabiliser le pays.
Le discours présidentiel mobilise des faits historiquement documentés. La traite dite orientale s'étend du VIIe au XXe siècle, avec un pic aux XVIIIe et XIXe siècles, soit une durée sans commune mesure avec le commerce triangulaire européen concentré sur trois siècles.
Les réservoirs humains de cette traite étaient multiples : l'Afrique subsaharienne d'abord, mais aussi l'Europe, avec les pays slaves dont le nom même a donné le mot "esclave" dans plusieurs langues européennes, le Caucase, l'Anatolie, les Balkans, et les côtes méditerranéennes chrétiennes razziées par les corsaires barbaresques.
Les ordres de grandeur donnent la mesure du phénomène. Selon les estimations, les marchands de Tunis, Alger et Tripoli ont vendu entre un million et 1,25 million d'esclaves non-musulmans entre le début du XVIe et le milieu du XVIIIe siècle. Constantinople aurait importé environ 2,5 millions d'esclaves originaires du pourtour de la mer Noire entre 1450 et 1700. Entre 1500 et 1650, le volume de la traite orientale dépassait largement celui de la traite atlantique.
Contrairement aux Amériques où la descendance des déportés africains constitue aujourd'hui des populations entières, l'aire de la traite orientale ne compte que des groupes résiduels. La castration des captifs mâles explique ce fait démographique frappant. Les Haratin du Maghreb, les Akhdam du Yémen, les Siddis d'Inde, les Afro-Turcs et Afro-Iraniens sont les héritiers de ces déportations massives.
Autre caractéristique : le statut religieux commandait tout. La traite des "infidèles" n'était pas prohibée, celle des coreligionnaires l'était. La conversion à l'islam permettait de hâter l'affranchissement, un mécanisme qui fut un puissant instrument d'islamisation.
Cette traite ne cesse qu'au XIXe siècle. Alger n'abolie qu'en 1816, sous la contrainte d'un bombardement naval. La Tunisie suit en 1846. La Mauritanie, quant à elle, n'a aboli l'esclavage qu'en 1981.
Le déséquilibre est mesurable : moins d'études, moins d'ouvrages, moins de films, moins de polémiques que pour la traite atlantique.
Deux explications sont généralement avancées. La rareté des sources d'abord, face aux registres douaniers et commerciaux abondants laissés par la traite atlantique. Et la susceptibilité de certains États musulmans, pour lesquels évoquer leur passé négrier reviendrait à relativiser la traite transatlantique.
Aucun État arabe n'a jamais présenté d'excuses pour sept siècles de commerce d'êtres humains. Aucune loi mémorielle, aucune commémoration, aucun manuel scolaire français ne l'exige.
La sortie de Traoré s'inscrit dans une séquence politique précise. Le président burkinabè annonce vouloir rapatrier les étudiants inscrits en filières de charia dans les universités arabes - environ un millier en Arabie saoudite selon ses chiffres - sous menace de déchéance de nationalité.
Parallèlement, l'imam sunnite Mohamed Issaque Kindo a été interpellé à son domicile après avoir critiqué un projet de loi restreignant les prières dans l'espace public. La Grande Mosquée Ahl al-Sunna a été fermée, et des informations non confirmées font état de centaines de fidèles interpellés, dont quatre-vingts envoyés au front comme volontaires pour la défense de la patrie.
Traoré, né dans les Hauts-Bassins, région à majorité musulmane, a été membre de l'Association des étudiants musulmans durant son cursus universitaire. Sa posture reste résolument laïque : la Charte de la Transition garantit l'égalité des droits sans distinction de confession.
Devant les forces vives de la Nation, Traoré a estimé que les discours extrémistes constituaient l'une des principales causes du terrorisme au Burkina Faso. Il a accusé des puissances extérieures de chercher à instrumentaliser le canal religieux, l'islam en particulier, pour déstabiliser le pays.
Les réactions ne se sont pas fait attendre
Un imam mauritanien accuse Traoré de détourner l'attention de ses difficultés intérieures et l'invite à distinguer histoire arabe et conflits politiques contemporains. Le cheikh Ould al Zeïn Ould al Imam dénonce de "graves distorsions".
La nature de la réponse est significative : non pas une réfutation des faits, mais une contestation de la légitimité à les énoncer.
L'instrumentalisation politique n'annule pas la véracité historique. Une junte peut se servir d'un fait vrai - cela reste un fait vrai.
Les programmes scolaires français consacrent des chapitres entiers au commerce triangulaire, mais restent muets sur mille trois cents ans de traite orientale, sur les Slaves vendus par les marchands italiens, sur les côtes européennes razziées jusqu'en Islande, sur les milliers de Bretons, Normands, Provençaux et Corses qui ont fini leur vie enchaînés.
La nature de la réponse est significative : non pas une réfutation des faits, mais une contestation de la légitimité à les énoncer.
L'instrumentalisation politique n'annule pas la véracité historique. Une junte peut se servir d'un fait vrai - cela reste un fait vrai.
Les programmes scolaires français consacrent des chapitres entiers au commerce triangulaire, mais restent muets sur mille trois cents ans de traite orientale, sur les Slaves vendus par les marchands italiens, sur les côtes européennes razziées jusqu'en Islande, sur les milliers de Bretons, Normands, Provençaux et Corses qui ont fini leur vie enchaînés.








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