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Tribune Libre
08/06/2007 - 16:44

Dans le Web de l'HUMA: Agriculture et pénuries d’eau

Sécheresses Cultiver malgré tout


Agriculture . Les pénuries d’eau devraient se multiplier. Un paramètre que les agriculteurs devront intégrer, au risque d’en pâtir. Entretien avec le chercheur Alban Thomas. Il y a encore vingt ans, les sécheresses, en France, restaient ponctuelles. Depuis 1989, elles se sont faites plus régulières. Cette tendance devrait devenir la règle, prévoient les spécialistes.



l'HUMANITE Journal
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Avec quelles conséquences sur l’agriculture ? Quelles parades les producteurs peuvent-ils développer ? Autant de questions auxquelles ont tenté de répondre un groupe de chercheurs de l’INRA (Institut national de recherche agronomique) dans une expertise commandée par le ministère de l’Agriculture en 2006.

Son titre : « Sécheresse et agriculture : réduire la vulnérabilité de l’agriculture à un risque accru de manque d’eau ». Entretien avec

l’un des auteurs de l’étude, Alban Thomas, membre du Laboratoire d’économie

des ressources naturelles, à Toulouse.

Connaît-on le coût des sécheresses sur l’agriculture ?

Alban Thomas. Nous n’avons pas de réponse définitive, pour plusieurs raisons. D’abord parce que les sécheresses répétées sont récentes et qu’estimer de façon précise leur impact, en termes de coûts, est difficile. Nous nous basons pour l’instant sur des estimations fournies par le ministre de l’Agriculture, qui évalue plutôt les impacts au niveau du revenu des producteurs d’une année à l’autre. Cette approche doit être affinée, dans la mesure où beaucoup de facteurs changent en même temps : la réforme de la politique agricole commune (PAC), le contexte économique, etc. Pour extirper de tout cela le « pur » effet sécheresse, cela demande du temps et des données que nous commençons seulement à exploiter. Pour l’heure, nous pouvons évaluer l’impact en termes de baisse de production, en particulier dans le secteur des grandes cultures, dont le maïs, et celui de l’élevage. Le maïs est un secteur emblématique car il consomme énormément d’eau et représente environ 50 % des surfaces irriguées en France, et jusqu’à 75 % dans le Sud-Ouest. On ne doit pas oublier le cas des prairies, qui servent à produire le fourrage des bêtes. Or ce fourrage manque de façon récurrente, ce qui implique de compléter avec des concentrés industriels qui coûtent cher.

La sécheresse, en France, n’est pas un phénomène nouveau. Les pratiques agricoles ont-elles évolué ces dernières décennies ?

Alban Thomas. Elles ont évolué, mais pas à cause de la sécheresse. Encore une fois, il n’est pas simple d’identifier les causes de ces modifications. En effet, dans le même temps, la réforme de la PAC a rendu certaines cultures plus profitables que d’autres et le contexte économique a été moins favorable au maïs en 2006 qu’en 2003. La modification des pratiques intervient timidement depuis 2005. En pratique, certains secteurs se préparent dès le printemps à modifier leur production s’ils ont confirmation d’un été sec. Le problème est que des choix de production restent difficiles à modifier en cours d’exploitation. L’anticipation pourrait se traduire plutôt par une diversification des cultures et un recours à des cultures plus économes en eau, comme le sorgho. Une des conversions possibles consiste aussi à passer du maïs en grain au maïs

en sillage, pour les animaux.

Dans quelle mesure la production intensive et l’usage accru de pesticides, ces dernières décennies, ont-ils affecté les ressources en eau ?

Alban Thomas. L’impact de ce mode de production est très fort. Cependant, les producteurs se savent pointés du doigt. D’ailleurs, la directive cadre sur l’eau de 2000 doit bientôt être appliquée. Ce texte prévoit d’évaluer pour chaque zone hydrographique les ressources disponibles en eau, les usages, le coût environnemental de telle ou telle pratique, etc., et de proposer des solutions pour gérer l’eau de façon plus durable.

Dans l’expertise à laquelle vous avez participé, il est écrit qu’il n’existe pas de solution générale : il faut appréhender le problème à l’échelle du « bassin versant ». De quoi s’agit-il ?

Alban Thomas. Le fait que plusieurs régions soient spécialisées en cultures plus ou moins économes en eau induit des solutions localisées. Plutôt que de s’atteler au problème à l’échelle administrative traditionnelle (régions, départements, etc.), il est plus malin de le faire sur une unité hydrographique pertinente, le « bassin versant ». On établit les ressources disponibles à gérer collectivement, avec les agences de l’eau et les systèmes d’aménagement d’eau. Pour autant, il faut poursuivre le plan national de vigilance sécheresse, de façon à ce que le ministère prévienne assez tôt du niveau de recharge des nappes.

Justement, comment réduire la vulnérabilité de l’agriculture aux sécheresses ?

Alban Thomas. Au niveau socio-économique et politique, il existe tout un système de gestion de l’eau. Tout dépend du mode d’approvisionnement. Certains producteurs ont leur puits privé. D’autres sont organisés collectivement, à une échelle réduite. Enfin, il existe de gros établissements de bassin, comme la compagnie du Bas-Rhône Languedoc ou la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne qui sont d’importants opérateurs qui tarifent l’eau. Ces trois systèmes cohabitent, plus ou moins représentés suivant les régions. La loi sur l’eau de 2006 a permis de réaffirmer une pression politique en incitant les producteurs à gérer l’eau collectivement. L’idée est que, lorsque des producteurs

se connectent à des systèmes de gestion collective, la loi prévoit des différentiels

de tarif avantageux pour eux.

Quel rôle peut jouer la génétique ?

Alban Thomas. Il y a un débat entre les généticiens américains et français. Les premiers estiment que les semences génétiquement modifiées sont la solution. Elles permettraient d’avoir à peu près les mêmes rendements avec un usage de l’eau beaucoup plus faible. Nos collègues de l’INRA contestent cette solution « miracle » et affirment que l’utilisation réduite d’eau sur de nouvelles semences entraînera forcément une baisse de rendement. Il y a un arbitrage à faire : soit utiliser des semences usuelles qui nécessitent beaucoup d’eau, mais avec un rendement fort. Ou alors avoir recours à de nouvelles semences, avec des productions plus faibles.

Qu’est-ce qui dictera le choix de ces semences ? Uniquement le rendement ?


Suite de l'Entretien réalisé par Vincent Defait,dans l'HMANITE journal du 7 juin 2007 en pièce jointe:


H.V/Source Web











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