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Tribune Libre
13/04/2015 - 01:22

Le film "Le challat de Tunis" sorti le 1er avril

Le Challat de Tunis, premier long-métrage de la cinéaste Kaouther Ben Hania, brouille les frontières entre la fiction et le documentaire, le vrai et le faux, le fantasme et la réalité et, finalement, le bien et le mal, ne laissant au spectateur qu'une certitude: les femmes, de nos jours, subissent encore durement le machisme.



Le film "Le challat de Tunis" sorti le 1er avril
Dans ce film inspiré d'un fait-divers, la réalisatrice questionne le mensonge. Mais comment ne pas le faire quand on sait que les victimes étaient priées de reconnaître leur challat parmi des hommes dont elles ne voyaient que le dos. Bien sûr, la demande des policiers était fondée sur le fait que ces femmes, qui venaient d'être agressées, ne voyaient leur bourreau que de dos, continuant son chemin, sur sa motocyclette, après avoir leur balafré les fesses, comme en passant. Mais quelle justice peut condamner un homme sur le prétexte qu'on a reconnu son dos? Faute d'éléments pouvant le confondre, Jallel Dridi, d'abord soupçonné d'être le challat, a fini par être innocenté.
Mais qu'importe ? 11 femmes ont été balafrées, en août 2003, à Tunis. Elles ont été balafrées, comme ça, en passant. Et pas parce qu'elles étaient habillées à l'européenne : l'une des victimes portait une djellaba qui dissimulait ses formes. Voilà donc que des femmes, réduites à leurs fesses sont priées de reconnaître un homme, réduit à son dos. Il en faudrait peu pour conclure, que les balafres, que l'on ne voit pas, sauf l'une recouverte d'un tatouage, n'existent pas. C'est ainsi que prend forme le mensonge. C'est ainsi que Jallel Dridi joue son propre rôle et dit, dans les derniers  instants du film, une fois que l'on sait qu'il n'est pas challat : « fais comme si c'était moi ! » Un peu comme si, en quelque sorte, le machisme dont sont victimes les femmes n'existait pas. En tout cas, comme si la responsabilité en était mise à l'écart, éludée: une rumeur, une légende urbaine.
La réalisatrice introduit le mensonge par petites touches, à commencer par le panneau devant la prison (indiquant qu'il est interdit de filmer) sensé être aussi grand qu'une parabole, jusqu'à son paroxysme : le virginomètre, un appareil destiné à savoir si une jeune femme est bien vierge. Il ressemble à un ampèremètre doté d'une antenne de radio terminée par un bouchon que l'on trempe dans l'urine. Il est évident qu'il ne peut rien mesurer. Tout comme il est évident que la virginité des femmes - ou des hommes - ne peut pas se mesurer non plus.
Et patatras ! Au lieu de se demander quelle relation il peut y avoir entre le couteau du challat et l'antenne du virginomètre, une personne, lors de l'une des projections en Gironde ce week-end, demande à Kaouther Ben Hania, si, en Tunisie, le virginomètre existe. Pourquoi hésiter entre la réalité et la fiction justement devant le mensonge le plus criard du film ? Comme dans un désir, un inavouable besoin de diaboliser le peuple tunisien, lequel serait abêti par un islam qui ne pourrait être que barbare... Est-ce parce que le spectateur est prêt à croire les déclarations proférées un peu plut tôt par l'imam, une caricature encore ? Ou est-ce parce que nous sommes prêts à avaler tout cru tout ce qui ressemble à un documentaire ? Je n'ai pas la réponse. Mais qu'on se le dise: ce film n'est pas un documentaire, c'est une fiction, avec de l'humour. C'est une caricature. Il ne faut pas regarder autrement cette œuvre cinématographique.


Sylvie Delhaye S. D.








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