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Textes Littéraires
29/01/2006 - 00:58

Les enfants des ténébres -11-

Roman - Chapitre 12



Les enfants des ténébres -11-
Avant de partir pour l'Eguière, je fis quelques préparatifs, plus destinés à me rassurer qu'à véritablement représenter une sécurité pour quiconque.
J'eus du mal à retrouver ma vieille arme de service dans le fatras de mon armoire. Le cran de sûreté en était bloqué. Je tentai de chasser la goupille retenant le canon. En cédant, elle fit se propulser un minuscule ressort qui s'échoua quelque part dans la poussière. Désespérément, je le cherchai. Jusque sous l'évier, puis un peu partout en laissant mon flair me guider.
Finalement, je remontai le pistolet en pensant que la pièce perdue n'était sans doute destinée qu'à en augmenter le prix de revient. D'ailleurs, l'arme semblait en état de fonctionner.

En quittant l'appartement, j'empruntai à mon voisin de palier, policier en retraite, un fusil à pompe calibre 12. Le brave homme n'avait accepté que lorsque je lui avais fait part de ma participation à une descente de police dans le quartier arabe.
En route, je me déguisai mentalement en Agatha Christie pour le cas où mes petites matières grises se révéleraient être autre chose que la masse sanguinolente et visqueuse que l'homme appelle cerveau. Le fait que cet organe, fierté de l'espèce, ne soit que "ça", n'était pas pour me déplaire.
Les faits, Nom de Dieu! Quels sont les faits?
Premièrement, un prêtre que l'Évêché affirmait défroqué. Il avait désormais les yeux arrachés.
Deuxièmement, un clochard assassiné à mon nez et, si je puis dire malgré les quelques poils de mon menton, à ma barbe. Là n'est d'ailleurs pas la question. L'objectivité commande de se contenter du simple fait de l'assassinat.
Troisièmement, une série de meurtres sauvages, d'une violence inouïe.
Quatrièmement, les constatations du centre médico-légal selon lesquelles les meurtres ont en commun le fait d'avoir été perpétrés à mains nues.
Il y avait les enfants!
Des enfants qui n'ont pas disparu, ou tout au moins qui ne sont pas recherchés... Pas réclamés!
Il y avait "Bébé" et sa naissance ... Et il y avait moi, pauvre Bastard de flic bedonnant, la quarantaine sonnée, nageant dans l'ambiguïté de ma vieillesse prématurée.
Enfin, il y avait Laurence, cette moitié de Tam Tam dont je percevais les appels.
Le chemin de terre menant à l'Eguière était en vue. Je ne puis affirmer m'y être engagé le coeur léger.

J'en étais là de mes réflexions, pas mécontent du tout d'avoir si bien résumé les faits, lorsque mon pare-brise supposé en verre sécurit me vola en éclats dans la gueule.
Aussitôt, une douleur me vrilla l'épaule droite, un liquide chaud et poisseux s'en échappa. Je lâchai tout, mes deux pieds écrasèrent la pédale de frein.
Les enfants étaient là. Souriants, ils cernaient ma voiture. Se tenant par la main, ils dansaient leur farandole.
Mon front saignait et je n'avais pas une visibilité idéale. Il en est ainsi des poltrons qui, toujours, agissent en dépit du bon sens dont, pourtant, le critère communément admis est: "réfléchir avant d'agir". Je ne me souviens pas avoir réfléchi ... Lâchement, je saisis mon fusil à pompe des deux mains, en vidai le chargeur droit devant moi, en direction des enfants. Mes dents s'entrechoquaient, je voyais certains gosses, que l'impact faisait bondir, retomber sur le sol dans un bruit mou.
Je ne perçus pas tout de suite les sanglots qui secouaient mon torse, ni même l'engourdissement de mon bras blessé.
Le chant des enfants monta crescendo jusqu'à résonner comme un hymne:
AVE MARIA AVE MARIA
MERCI MON DIEU MERCI MARIE
LA MORT LORSQU'ELLE nous BÉNIT
ENFLAMME NOS COEURS
EMBRASE NOS VIES
MERCI MON DIEU MERCI MARIE
JOSEPH N'EST PAS CE que L'ON DIT
LAISSANT AUX MENTEURS LEUR PARADIS
NOUS PARTIRONS EN HALLALI

Ils s'en allaient ... du moins ceux qui pouvaient marcher. Trois gosses gisaient dans la poussière. La chevrotine avait déchiré leur chair mais ne les avait pas tués.
Il fallait y aller. Je dégainai mon pistolet. Le tenant de la main gauche, je quittai la voiture, me dirigeai vers les petits corps immobiles.
L'air frais me faisait du bien, je m'efforçai d'en inhaler de grandes bouffées.
Les jambes! Les gosses avaient trinqué aux jambes, rien qu'aux jambes. Je le vis trop tard. Déjà, des petits bras m'enserraient la taille, des dents lacéraient ma peau. Je me frappai le visage de mes mains. LA PEUR! La PEUR du crapaud qui saute des quatre pattes ...
Je me laissai tomber. Par réaction, l'étreinte des gosses se relâcha. Je déchargeai mon arme... où je le pus. Carnage. LEUR sang, en giclant, se mêlait à la bave de ma colère. La bave du crapaud.
A la fois terrassé et blindé, je repris le chemin de l'Eguière.

Arrivé là-bas, je fis une entrée héroïque!
Me voyant blessé, Laurence se précipita vers moi; je me laissais enlacer, me maudissant de ne plus pouvoir pleurer.
Fabien se tenait légèrement en retrait. Il m'observait:
- C'est un caillou, Crapeau. Ils t'ont planté un caillou dans l'épaule." diagnostiqua t il.
L'ermite tourna le dos. Il s'en allait vers la maison:
- Je vais préparer ma trousse. Tâchez de ne pas traîner."
Je ripostai ... par principe:
- Tu veux me faire un ange, doc?"
Il s'immobilisa, répondit d'une voix douce:
- Ferme la Crapeau. Ferme la au moins jusqu'à ce que je t'aie soigné. "
Laurence serra mon bras valide et je fondis comme neige au soleil. Rideau! Je dérivai puis m'écroulai comme une masse.


Henri Vario











1.Posté par Sylvie Fortier le 14/09/2006 18:04 | Alerter
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