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Textes Littéraires
25/04/2007 - 22:53

Les enfants des ténèbres - 28 -

Roman - Chapitres 34 & 35

- C'est un enfant, un de ces enfants, il ne provoque plus de suicide, nous l'avons baptisé, il apprend ses prières." Bastard fulmina:
- Et où est il s'il vous plaît?" L'homme d'Eglise se leva:
- Je vous le présenterai, Messieurs, il est ici, à Paris, et même en ces murs. Quant au carnet bleu, il n'a plus d'importance. Il n'y a plus d'affaire, Messieurs. Par ailleurs, le mémoire expédié à la police par l'abbé marseillais Dupic a été détruit ... par mes soins."
Le noble vieillard paraissait pétrifié. On ne l'avait pas informé. Bastard se demanda pourquoi.



Chapitre 34 suite

Les enfants des ténèbres - 28 -
Lorsque Bébé entra, tous se levèrent. Bastard serra sa main entre les cuisses. Bébé, dans son petit costume vert, parla:
- Bonjour, je m'appelle Joseph."
Bastard roula jusqu'à l'enfant, sa main se détendait:
- Tu me reconnais Bébé?"
- Bonjour, je m'appelle Joseph."
VIENS, VIENS, N'AIES PAS PEUR
OH TOI LE GÉNITEUR
MERCI MON DIEU MERCI MARIE
JOSEPH N'EST PAS CE QUE L'ON DIT.

Bastard se savait seul à avoir entendu l'appel de Joseph. Sa peur revint, comme une vieille compagne que l'on n'aime pas mais que l'on est content de retrouver. Il se tourna vers les autres et les toisa. "Ta main tremble, Bastard."
Le cardinal se rapprocha d'eux. Léon T... pensa que l'ecclésiastique était fier d'avoir mis la main sur l'enfant. Toussotant pour capter l'attention, il dit:
- Voyez vous, Messieurs, Monseigneur a déjà informé le Ministre que les enfants ont disparu. Le jeune Joseph nous a conduit à leur lieu de réunion. En fait, notre commission n'a plus sa raison d'être. Pour une raison ou pour une autre, il semblerait que ce baptême ait annulé les effets de la mutation."
L'ecclésiastique posa une main rassurante sur l'épaule de Bastard qui soupira:
- Et les mamans, Docteur Nartan?"
- Nous avons procédé à certaines vérifications, Monsieur le préfet. Il ajouta, martelant les mots: Les foetus sont morts in vitro."
L'atmosphère se détendit parce que Bébé Joseph, ayant sorti de sa poche une jolie croix de bois, la brandissait en annonçant:
- C'est moi qui les fabrique. C'est joli, non?"
- Oui, c'est très joli, Bébé " répondit Bastard. Un léger frisson parcourut son corps. Il ne parvenait pas à le réprimer, cela le terrorisa. Bon Dieu, eut il envie de crier, où sont les enfants?


Chapitre 35

Le Père Supérieur Jean Ernest, du Monastère de Malmergues, eut l'idée de confier à Joseph l'entretien du rosier qui jouxtait la petite chapelle.
Parfois, l'enfant contemplait le massif, en caressait les fleurs à peine écloses. Quand il s'y piquait les doigts, il les portait à ses lèvres dans un discret mouvement de succion. Remarquait on que, tout de suite avant, il pressait de ses dents la fine blessure et que ses mains étaient prises d'un léger tremblement.

Il y avait déjà plusieurs semaines que Bébé avait été accueilli dans ce monastère périgourdin. D'autres enfants de son âge étaient également là, préparant leur entrée dans la vie ecclésiastique.

Les premiers jours, les enfants s'étaient méfiés de ce nouveau qu'ils trouvaient taciturne malgré ce sourire presque permanent qu'affichait Joseph. Mais il était si serviable, si adroit dans la fabrication des petites croix, que la communauté finit par l'adopter; sauf peut-être, quand, quelquefois, refusant de participer à un jeu, il rejetait la tête en arrière, riait longtemps, très longtemps.
Plus tard, se remémorant cette image, certains parlèrent de sournoiserie. Pourtant, l'avis des moines reste aujourd'hui unanime malgré les incertitudes qu'entraîne l'écoulement du temps : l'enfant se plaisait, montrait même une grande capacité d'adaptation.

Les moines eurent des inquiétudes lorsqu'ils constatèrent que Bébé manquait d'appétit et n'aimait pas les desserts. Le Supérieur et Frère Jérôme, le psychiatre de l'abbaye, en débattirent un jour que l'orage les avait fait renoncer l'un et l'autre à leur promenade en solitaire.
- Pourquoi ne pas lui en parler? avait suggéré Jérôme.
Ils lui rendirent visite sur-le-champ et le trouvèrent dans la petite cellule qu'il partageait avec un autre enfant. Ils dormaient enlacés, leurs petits corps recroquevillés l'un contre l'autre. Un peu de salive coulait des lèvres entrouvertes de Bébé. Le Père Jean Ernest toussa, les enfants se mirent sur leur séant.
- N'aie pas peur Joseph, nous vous rendons visite. "
L'autre enfant s'appelait Christian. C'était un rouquin taquin et frondeur. Il répondit:
- Joseph a peur de l'orage. " Puis, apercevant le regard sceptique des moines, il rectifia:
- Nous avons eu peur ... "

Jérôme alla à la fenêtre, l'ouvrit. Un vent glacé lui humidifia le visage. Dehors, dans la cour, des tourbillons de feuilles mortes se soulevaient, montaient vers le ciel en des sifflements baroques. Sous le peuplier, un chien était assis. N'eut été la distance, Jérôme aurait juré que l'animal observait la fenêtre, et qu'à ses pieds gisait une sorte de gros oiseau. Jérôme aimait beaucoup les oiseaux; il possédait quelques pigeons, les soignait avec tendresse et dévouement. "Ce n'est pas l'un des miens" murmura t il pour lui-même, sans se demander comment il pouvait en être aussi sûr.

- Les enfants ont froid Jérôme, fermez s'il vous plaît. "

Après avoir obtempéré, il se retourna vers l'intérieur de la chambre. Bébé était en train de se glisser hors du lit. Quelque chose tomba sur le sol en un bruit mou. Les moines avalent suivi l'objet des yeux. Le Supérieur se baissa pour le ramasser.
- N'est ce pas là des os? "
Une demi-douzaine de pilons de volailles enveloppés dans une feuille de cahier gisaient sur le carrelage.
- D'où tenez-vous cela, les enfants? "
Bébé se dessina un sourire. Sa réponse fit rire les frères, se serrer leur coeur. Le psychiatre s'agenouilla au pied du lit, commenta:
- C'est avec du bois qu'il faut faire les croix. "
- Nous n'en avions plus, mon Père, répondit Christian en enveloppant les os dans un nouveau papier qu'il prit sur la table de travail.

Personne n'eut véritablement envie de savoir d'où venaient des ossements si bien polis, intacts de toute souillure, blancs comme l'ivoire.
On veilla dès lors à ce que tous les enfants qui désiraient fabriquer des petites croix pussent disposer de suffisamment de bois.
Bientôt, ils en firent leur loisir préféré et les petites soeurs des pauvres, qui venaient en prendre livraison tous les lundis, en disposèrent aux têtes de lit des hospices. L'une d'elle s'appelait Marie Ange. Certains moines se souviennent toujours de ses longs cheveux dorés que l'on remarqua un jour que le vent avait emporté sa coiffe.
Elle venait au volant de sa 2CV camionnette, klaxonnait joyeusement en entrant dans la cour. A Malmergues, on ne sut pas qui lui avait offert la jolie petite croix de cire qui ornait sa poitrine. Soeur Marie Ange refusa t elle de le dire, ou bien était ce vrai qu'elle ne s'en souvenait plus? Dès qu'elle descendait de la voiture, les enfants, les bras tendus en signe de bienvenue, accouraient de toutes parts comme une volée de moineaux, s'égayant autour d'elle. Elle ne repartait qu'après avoir échangé sourires et plaisanteries avec chacun.

Un matin d'hiver, se frayant un passage à. travers ses petits admirateurs, frère Jérôme, les mains enfoncées dans les manches de sa bure, vint à sa rencontre. Le vent soufflait fort, Marie Ange eut le sentiment qu'il balayait les enfants. Ils s'étaient en effet respectueusement écartés des adultes.
- Bonjour ma soeur, pouvez vous m'accompagner à la chapelle? " Ce disant, il fit mine de ne pas remarquer que la religieuse haletait, sa poitrine se soulevant et s'abaissant avec difficulté.
- Venez, je vous prie, l'enfant m'a parlé. "
Marie Ange répondit en prenant appui sur la portière ouverte de sa voiture.
- Je ne peux rien vous dire. Je ne parlerai qu'en présence de notre Evêque. "
- Donnez-moi la croix, Marie Ange. Donnez-la-moi."



Henri VARIO-NOUIOUA







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