Sommaire
Textes Littéraires
24/11/2005 - 00:45

Les enfants des ténèbres -6-

Roman - Chapitre 5

Et l'identité judiciaire?"
Inconnu, non recherché. "
Le Curé? "
L'un des deux stagiaires, que nous exploitions tous sans le moindre scrupule, se dirigea vers moi muni d'un feuillet qu'il semblait vénérer comme sa propre mère.
J'ai le rapport, Monsieur le Commissaire. Nous avons localisé la victime à l'Hôtel Dieu. Ses yeux ont été arrachés. Selon les médecins, il se serait fait ça lui-même. "



Les enfants des ténèbres  -6-
Le soleil du matin inondait la rue. Je me pris à en être heureux au point d'en oublier ma "qualité" de flic. Vers la brasserie, je fouillai dans mes poches, non comme l'affirmeraient certains, à la recherche de monnaie, mais tout bêtement d'argent. Ma vie de nouveau célibataire ne me laissait guère le loisir de thésauriser. J'allais pousser la porte du bistrot lorsque je les aperçus. Ils étaient assis en rond à même le trottoir et fredonnaient langoureusement en balançant leur petit buste d'avant en arrière. Je ne sus jamais pourquoi je me contentai d'effectuer mes achats et de regagner mon bureau.

Antoine Vigalor, car tel était son nom, mangea à vrai dire sans émotion. Je le soupçonnai de s'être inventé une petite faim pour m'emmerder, sans doute aussi par principe. C'est d'ailleurs le cas de la plupart d'entre nous qui tomberions malades si on nous demandait de faire quoi que ce soit de gratuit.
- Bon alors, parle maintenant. "
Il se contorsionna sur son siège. Je flairai que sa grosse tête de barbu hirsute mijotait une tirade du genre de celle qui traînait sur mon bureau sous forme de PV d'audition.
- Attends, je vais t'aider..."
- Inutile, voici les faits: il était environ deux heures du matin, quand des gosses ont encerclé un curé et lui sont tombés dessus au point de l'assommer. Ils l'on ensuite caché sous un porche et se sont mis à danser et à chanter. J'ai vu aussi un grand gaillard quitter son immeuble en portant dans ses bras une femme les tripes à l'air. Il est monté dans une BM et a démarré très vite comme s'il avait le diable aux fesses. Et puis, ch'ais pas pourquoi, les gosses ont foutu la paix au curé qui s'est mis à les attaquer. L'un d'entre eux est tombé et les autres sont partis. Moi aussi d'ailleurs, mais pas dans la mime direction... Vous avez des cigarettes?"
- Attends ici."
Le quittant, j'entrai dans la salle des inspecteurs:
- Qui a amené le gus que j'ai? "
- Il est venu tout seul, patron. "
C'était le gros qui répondait, celui que le contrôleur général s'évertuait à désigner comme mon adjoint. Il est vrai qu'il avait une carrure malheureusement plus utile à l'actuelle police qu'une cervelle bien huilée.
- Et l'identité judiciaire?"
- Inconnu, non recherché. "
- Le Curé? "
L'un des deux stagiaires, que nous exploitions tous sans le moindre scrupule, se dirigea vers moi muni d'un feuillet qu'il semblait vénérer comme sa propre mère.
- J'ai le rapport, Monsieur le Commissaire. Nous avons localisé la victime à l'Hôtel Dieu. Ses yeux ont été arrachés. Selon les médecins, il se serait fait ça lui-même. "
J'interrompis le blanc bec d'un geste impératif de la main; mon fragile vase de Chine personnel commençant à vaciller, je lui hurlai:
- Non de Dieu c'est quoi aujourd'hui, un vent de folie, une crise d'hystérie collective? "
- Mais, patron... "
- y a pas de patron qui tienne, fichez moi tous le camp sur le terrain et tâchez de passer le quartier au peigne fin. Repérez-moi tous ceux qui ont ne serait ce que l'impression d'avoir vu ou entendu quelque chose."
Ca fait du bien, me dis je, en repartant vers mon seul témoin du moment.
L'unique était affalé sur mon bureau. Il n'avait pas hésité à y disperser les reliefs gras de son déjeuner. Je me préparai à réveiller le rustre lorsque j'aperçus l'écume de sang qui s'échappait de sa bouche ouverte. Je sautai jusqu'à l'entrée du commissariat pour interroger le planton:
- Qui est entré ici ? "
Le gardien, comme il se doit quand le commissaire s'adresse à lui, lissa sa moustache, rectifia sa position et, naturellement, finit par se décider à répondre. J'en bouillais !
- Seulement un petit gosse, Monsieur le Commissaire. " Il abaissa sa main jusqu'à mi-cuisse, pour me donner une idée de la taille de l'enfant. Constatant que ma fureur ne tombait pas, il ploya prestement les genoux en ajoutant:
- Un tout petit gosse, Patron. "
Bien sûr, ne s'agissant ni de l'ETA basque, ni de Mesrine, le brave homme ne s'était pas donné la peine de prendre l'identité du visiteur!
Mais au fait, d'où me venait donc la certitude de l'attentat?
Je regagnai mon bureau et appelai une ambulance. Je m'en voulais un peu de ne pas avoir pensé aux cigarettes du vieux.



Aller au chapitre 1 cliquer ici
Lire la suite
En vente sur: Abebooks
Manuscrit.com


Henri Vario










Flashback :
< >

Mercredi 2 Avril 2008 - 00:00 Sans domicile fixe

Mardi 4 Décembre 2007 - 22:11 Les enfants des ténèbres -34-

Les news de la Culture et des Lettres | Infos Junior | Textes Littéraires | Portraits d'Artistes | L. Robotti Séville






Partageons sur FacebooK
Facebook Sylvie EditoWeb Facebook Henri EditoWeb



Mobile
Facebook
Twitter
LinkedIn